OnNousCacheTout... Index du Forum

OnNousCacheTout...
"Faits de société, politique, pouvoir, conspirations, mensonges et vérités..."

 FAQFAQ   RechercherRechercher   MembresMembres   GroupesGroupes   S’enregistrerS’enregistrer 
 ProfilProfil   Se connecter pour vérifier ses messages privésSe connecter pour vérifier ses messages privés   ConnexionConnexion 

Football, Sport Business

 
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    OnNousCacheTout... Index du Forum ->
Les forums
-> Les dessous du sport de haut niveau
Sujet précédent :: Sujet suivant  
Auteur Message
Marine
Administrateur

Hors ligne

Inscrit le: 11 Mar 2014
Messages: 3 412
Féminin Cancer (21juin-23juil) 蛇 Serpent
Point(s): 471

MessagePosté le: Mar 15 Juil 2014 - 21:51    Sujet du message: Football, Sport Business Répondre en citant

Années 1970

La matrice du foot-business Les USA ont Ronald Reagan, l’Angleterre a Margaret Thatcher, l’Europe a Jacques Delors, le football a João Havelange. L’élection, le
10 juin 1974, du Brésilien à la tête de la Fifa va faire entrer le football dans une nouvelle ère.

Les multinationales suivront bientôt, et l’argent coulera à flot.

Adidas-Fifa : même combat !

« Si ce n’est pas assez, n’hésite pas à me le dire…» Le même mot est glissé dans chaque enveloppe à bulle, discrète. Elles
sont déposées dans les chambres des dirigeants de fédérations, à l’hôtel Steingenberger de Francfort, ce 10 juin 1974 en
soirée. Et c’est Horst Dassler, le richissime patron d’Adidas, qui se charge des cadeaux.

Le lendemain se déroule l’élection à la présidence de la Fifa, l’organisme qui dirige le monde du football et sa Coupe. Entre
le conservateur anglais Stanley Rous et son challenger João Havelange, Horst Dassler a choisi son poulain : l’homme
nouveau, capable de transformer le football en produit. 

C’est que l’homme d’affaires a déjà fait ses preuves au Brésil : il détient Cometa, la première entreprise de transport
de bus, des parts importantes dans l’industrie chimique et les assurances. Depuis quelques années, il dirige la fédération
brésilienne comme « son entreprise », et son équipe de rêve avec le dieu Pelé remporte tout : « J’ai amené les compétences
que j’ai acquises dans le business pour l’adapter à la fédération », se vante-t-il. À bord de son avion privé, il
parcourt les continents, et promet notamment aux Africains d’exclure l’Afrique du Sud de la Fifa pour cause d’apartheid.

LOGOS OBLIGATOIRES


Sa campagne a marché : Havelange est élu au deuxième tour, 68 voix contre 52 face à son adversaire britannique. Voilà qui apparaît, d’abord, comme une victoire du Sud contre le Nord. Mais cette bonne nouvelle cache une autre mutation, plus profonde : l’argent arrive dans le foot.

Pas des caisses noires à la papa, du gros business : « Il y a dans ma défaite un symbole du changement des habitudes et des standards,
reconnaît Stanley Rous. Dans le football, désormais, tout tourne autour de l’argent, et mon manque d’intérêt personnel sur ce point a peut-être semblé ringard et amateur. »

 Sitôt élu, Havelange annonce la couleur : « Je suis là pour vendre un produit appelé football. » La Fifa signe alors,
évidemment, un partenariat avec Adidas, puis avec Coca-Coladès 1976, les deux « sponsors obligatoires ». Toutes les
fédérations, même en Chine, même au Maghreb, même dans les pays socialistes, sont contraintes d’arborer ces logos à la
moindre Coupe des Juniors : de quoi s’ouvrir des marchés jusqu’alors fermés.

Surtout, grâce à la télévision, le football devient un spectacle planétaire… qu’une société de Horst
Dassler, ISL, commercialise avec profit. À la fin des années 70, la mécanique est en place.

Avec les années 80 et l’ère libérale qui approche, le moteur va bientôt tourner à plein. EXPORTER LE PRODUIT
Car faire du football un produit ne suffit pas. Il faut, en plus, un produit qui s’exporte. Alors qu’il l’élève au titre de Grand
Officier de la Légion d’honneur, le 11 juillet 1998, Jacques Chirac résume l’ambition de João Havelange : «

Dès votre élection, vous souhaitiez que le football sorte de l’Europe, son berceau, et de l’Amérique du Sud, où il a grandi dans la
ferveur, pour conquérir le monde. Vingt-quatre ans plus tard, vous avez réalisé votre pari. Grâce à cette politique
d’expansion dont vous vous êtes fait l’avocat et l’ambassadeur infatigable au cours de vos voyages incessants autour du
monde, le football épouse peu à peu la planète tout entière et la Coupe du Monde, qui en est la compétition reine, enregistre
à chaque édition de nouveaux progrès.

En 1982, à Séville, en Espagne, elle met en compétition non plus seize, mais vingt-quatre
équipes. En 1994, vous tentez une greffe sur le seul territoire, les États-Unis, qui échappe encore à l’enthousiasme
contagieux que génère le football. Et quatre ans plus tard, en 1998, ce sont trente-deux nations que la France reçoit pour la
Coupe. Enfin, en 2002, ce sera l’Asie qui célébrera ses noces avec le football. » Jusqu’à l’Afrique en 2010.

La World Cup voyage, mais jamais au hasard. Les USA pour l’Amérique, le Japon et la Corée du Sud pour l’Asie, l’Afrique
du Sud pour le continent noir : la Coupe va où il y a l’argent. En deux décennies et plus de règne, sous la férule du Brésilien, la
Fifa est ainsi devenue une multinationale alliée aux multinationales. Aux marques mondialisées, pour qui le
football est une autoroute globale vers l’argent facile.

Sepp Blatter : le digne successeur

Après 1974, avec l’axe Dassler-Havelange, le business s’empare de la Fifa. Mais, dans l’organisation, des hommes
résistent à cette révolution : Helmut Käser, par exemple, son secrétaire général. C’est André Guelfi, plus tard condamné
dans l’affaire Elf, à l’époque proche de Dassler, qui se charge de l’intimider : « Horst [Dassler] m’a dit : “Écoute, tu ne
pourrais pas t’arranger pour qu’on l’élimine, celui-là ?

L’éliminer, pas physiquement”. » Helmut Käser se plaint bientôt de harcèlement et d’espionnage : « Si on vous fait
suivre, lui explique gentiment Guelfi, c’est pour essayer de vous faire trébucher. Ils vont essayer de vous avoir d’une
façon ou d’une autre. Il vaut mieux que vous partiez la tête haute et que vous négociiez votre sécurité. » Le dirigeant
acceptera finalement une « compensation ».

On n’est jamais mieux servi que par soi-même : le patron d’Adidas choisit directement le nouveau secrétaire de la Fifa !
Ce sera Sepp Blatter, alors directeur des relations publiques des montres de luxe Longines. Pendant plusieurs mois, Blatter
travaille dans un bureau à Landersheim, le siège d’Adidas : « On déjeunait souvent ensemble, se rappelle André Guelfi. On
voyait bien comment il était, comme devant Dieu. Je l’ai trouvé complètement insignifiant. Il n’espérait même pas être
nommé à la place de Käser et il savait très bien que seul Horst Dassler pouvait s’en charger. »

En mai 1981, c’est chose faite. Plus de gêneurs, plus d’obstacles. Les hommes de main sont en place : le marketing du foot peut devenir une véritable industrie, drainant des centaines de millions et bientôt des milliards…

100 000 $ LA VOIX

Ce pacte initial n’est toujours pas rompu : c’est le si indépendant, si irréprochable, si propre sur lui Sepp Blatter
qui succède à João Havelange, depuis 1998 à la tête de la Fifa.

Et au vu des méthodes utilisées pour cette élection, l’élève a sinon dépassé, du moins égalé le maître.
Le Somalien Farah Addo, ancien vice-président de la Fédération africaine (CAF), dénonce : « La Confédération
africaine avait décidé d’apporter la totalité de ses 51 voix à [son adversaire] Lenart Johansson, président de l’UEFA. C’est
alors que j’ai reçu un appel téléphonique d’un ambassadeur de Somalie.

 Il m’a dit : “J’ai ici l’un de nos amis communs qui veut vous offrir 100 000 dollars pour changer votre vote. La moitié
en cash et la moitié en matériel sportif. Il peut m’envoyer le cash ou je peux passer le chercher”. » Addo refuse ce pot-devin.
Mais le jour du vote, à Paris, il découvre qu’il n’est plus accrédité, qu’un autre officiel somalien a obtenu l’accréditation
de la Fifa. Sepp Blatter est élu.

Deux mois plus tard, dans une déposition signée, le vice président de la fédération somalienne, Mohidian Hassan Ali,
témoigne : « Nous avons accepté de l’argent pour voter, au nom de la Somalie, en faveur de Blatter lors de l’élection
présidentielle à Paris. » Et Addo ne décolère pas : « Je l’ai vu de mes propres yeux. La nuit précédant l’élection, des gens
faisaient la queue à l’hôtel Méridien Montparnasse pour recevoir de l’argent. Après la victoire de Blatter, j’ai fait ma
propre enquête et j’ai découvert que dix-huit participants africains au vote avaient accepté de l’argent pour voter pour
Blatter. » La réponse du nouveau président à ces accusations ?

« Le match est fini, les joueurs sont déjà retournés au vestiaire, je ne répondrai pas. »

DES VOLEURS ?

Son élection est entachée, et sa gestion de l’institution n’est guère plus claire. En 2002, son propre secrétaire général, Michel Zen
Ruffinen, sort le bazooka : « Sepp Blatter règne sur la Fifa tel un dictateur.

 Des pertes ont été camouflées et les comptes arrangés. Rien n’a été fait dans la transparence. » La liste des
griefs est longue : violation des statuts, conflits d’intérêts, mais surtout corruption. Aussitôt réélu, Sepp Blatter s’empresse de
verrouiller la Fifa à double tour : Michel Zen Ruffinen est aussitôt remplacé, quant à Farah Addo il écope d’une
suspension de deux ans.

L’ancien attaquant brésilien Romario, aujourd’hui député, s’emportait au printemps 2014 : « Jérôme Valcke [nouveau
secrétaire général de la Fifa] est le maître-chanteur le plus important du sport mondial et Sepp Blatter, le président de la
FIFA est un voleur, corrompu et un fils de p… Ces gars-là vont être millionnaires au détriment de la Coupe du monde au
Brésil et rien ne se passe. »

Rien ne se passe, en effet.

Sources :
Carton Rouge !, les dessous troublants de la Fifa, Andrew
Jennings, Presse de la Cité, 2006.
Sport Business, Barbara Smit, Presses de la Cité, 2009.



Revenir en haut
Visiter le site web du posteur
Publicité






MessagePosté le: Mar 15 Juil 2014 - 21:51    Sujet du message: Publicité

PublicitéSupprimer les publicités ?
Revenir en haut
Marine
Administrateur

Hors ligne

Inscrit le: 11 Mar 2014
Messages: 3 412
Féminin Cancer (21juin-23juil) 蛇 Serpent
Point(s): 471

MessagePosté le: Mar 15 Juil 2014 - 21:55    Sujet du message: Football, Sport Business Répondre en citant

Saint-Étienne : le petit commerce

« Non seulement un climat affectif était né – ce qui est très important, car la sympathie est communicative – mais cela s’est caractérisé par des commandes véritables à l’exportation.

L’équipe de Saint-Étienne est un excellent tremplin pour vendre des produits. »

La « fièvre verte » qui saisit la France dans ces années 70, l’adulation qui entoure alors les Rocheteau, Curkovic, Revelli,
Sarramagna, Lacuesta, Lopez, Piazza, Repellini, Santini, Synaeghel, Bathenay, Janvion, Larqué, les entreprises en
profitent aussi. Manufrance espère bien « tirer des avantages de notre association avec l’AS Saint-Étienne » : la boîte coulera
en 1979, alors que l’épopée stéphanoise s’essouffle… George Berthomier, directeur du Comité départemental du
tourisme, rêve – comme on cause aujourd’hui – de « renforcer l’attractivité » de la ville minière : « Dans une première
génération, on venait au match uniquement.

Ensuite on venait un peu avant, un peu après pour visiter la ville. Maintenant on vient pour deux ou trois jours pour visiter la région. » Surtout,
des bretelles aux casquettes, des caleçons aux rubans, tous les produits dérivés portent ce label Vert. Jusqu’à l’hymne « Allez
les Verts ». Le marketing footballistique naît alors.

Avec le recul, « Sainté » paraît coincé entre deux époques : une petite boutique familiale – mais qui connaît les débuts du
foot-business. Son président, Roger Rocher, paiera le prix de la transition : il sera condamné à trois ans de prison (dont trentedeux
mois avec sursis) pour une « caisse noire » de vingt millions de francs qui lui servait à garder de meilleurs joueurs.
C’est que leurs salaires grimpaient. Les ficelles d’une PME
cèdent, quand le foot devient une grosse industrie.
_____
Source :
Saint-Étienne : l’industrie du football, vidéo INA,
04/05/1976.

Revenir en haut
Visiter le site web du posteur
Marine
Administrateur

Hors ligne

Inscrit le: 11 Mar 2014
Messages: 3 412
Féminin Cancer (21juin-23juil) 蛇 Serpent
Point(s): 471

MessagePosté le: Mar 15 Juil 2014 - 22:02    Sujet du message: Football, Sport Business Répondre en citant

Lumière dans la décennie : Un footballeur contre Pinochet

« Très peu de sportifs se sont fait connaître pour des prises de position politique ou sociale. Par peur. Parce qu’ils ont peur
qu’on leur fasse payer
. C’est d’ailleurs ce qui m’est arrivé. Je continue de payer la note aujourd’hui, car j’ai cru à la valeur de
la démocratie. »
Chili, 11 septembre 1973. La junte militaire renverse par un coup d’État le socialiste Salvador Allende, élu
démocratiquement. Durant les dix-sept années de dictature qui vont suivre, un joueur de football s’oppose au régime : le
buteur vedette de l’équipe chilienne, Carlos Caszely. Sa notoriété devient une arme politique, d’autant qu’il dispose
d’un avantage : il joue en Espagne, lorsqu’il revient au Chili les micros lui sont tendus et il critique ouvertement le régime.
« Je n’ai pas hésité un instant à quitter le Chili.
 
Je n’aurais pas pu alors dire tout ce que j’ai dit à l’époque, explique-t-il. J’étais
la voix du peuple qui souffrait. »

Car les Chiliens manquaient bel et bien de soutien. Même
dans le football.

LE STADE DE LA MORT
En novembre 1973, juste après le coup d’État, l’Union
Soviétique doit se rendre au Chili pour un match de barrage.
Qui devrait se tenir à l’Estadio Nacional, rebaptisé « le Stade de la Mort » : y sont détenus, et torturés, les prisonniers
politiques. Impossible de jouer dans ces conditions, estime la fédération russe.

Le journaliste chilien Vladimir Mimica, alors emprisonné, se souvient : « Nous, on dormait juste au-dessous de ces
tribunes. C’était la grande incertitude, on ne savait pas ce qu’allait être notre avenir, notre destinée. Plusieurs
compagnons qui étaient partis à l’interrogatoire ne sont jamais revenus. Beaucoup d’entre nous ne s’étaient jamais vus, mais
nous avions tous un dénominateur commun : nous avions soutenu Salvador Allende. »

Gênée, la Fifa tergiverse puis, après une rapide visite, décrète qu’au Chili « le cours de la vie est normal, il y a
beaucoup de voitures et de piétons, les gens ont l’air heureux et les magasins sont ouverts ». Quant à « l’Estadio Nacional »,
la délégation n’y voit qu’« un simple camp d’orientation ». L’URSS refuse, néanmoins, de se déplacer. S’ensuit alors le
match le plus ridicule de l’histoire : devant quarante mille spectateurs, l’équipe chilienne entre seule sur la pelouse et
entame un match sans adversaires !

Au bout d’un moment, Francisco Chamaco Valdes pousse la balle dans le but vide. La Fifa avalisa le score de 1-0 et la qualification du Chili. Carlos
Caselzy en garde un goût amer : « Ça a été le show le plus débile qui ait eu lieu. Et j’ai été acteur de ce show. »

NON-POIGNÉE DE MAIN


Qualifiée pour le Mondial de 1974 en Allemagne, la sélection chilienne est reçue par le général Pinochet en personne avant
son envol pour l’Europe. Carlos Caslezy décide de frapper fort : « D’un coup les portes s’ouvraient et il y avait ce type avec une
cape, des lunettes noires et une casquette. Avec une figure aigre. Sévère. Il commence à marcher… Et à saluer les joueurs
qualifiés pour le Mondial en Allemagne. Et quand il arrive très près, très près, je mets mes mains derrière moi. Et quand il
me tend la main, je ne lui serre pas. Et il y a eu un silence qui pour moi a duré mille heures. Ça a dû être une seconde ? Et il a
continué.

Moi, comme être humain, j’avais cette obligation parce que j’avais un peuple entier derrière moi en train de
souffrir, et que personne ne faisait rien pour eux. Jusqu’à arriver à un moment où j’ai dit stop… Non à la dictature ! Au
moins, laissez-moi protester. Au minimum, laissez-moi le dire.

 
Au minimum, laissez-moi dire ce que je ressens. » Son geste, l’attaquant le paiera très cher. À son retour
d’Europe, sa mère lui confie, en larmes, qu’elle a été arrêtée et torturée. Le joueur ne peut y croire : « Je lui ai dit “arrête
maman il ne faut pas plaisanter avec ce genre de choses”. Elle m’a montré sa poitrine avec ses brûlures et j’ai pleuré comme
un enfant. Ils m’ont fait payer ça sur ce que j’avais de plus cher. Ma mère. »

LE CLIP THÉRAPIE


En 1988, Pinochet organise un référendum pour sa réélection. Carlos Caszely enregistre un clip de campagne, avec
sa mère qui témoigne, pour que le peuple vote « non », contre le général. « Ce clip fut une libération pour ma mère. Elle a pu
dire les choses publiquement et j’ai senti que ce fut une forme de thérapie », confie-t-il. Cette prise de position, d’une icône
nationale, a un grand impact sur les Chiliens. Selon les analystes, elle aurait convaincu près de 7 % des indécis à voter
« non ». Le 6 octobre, les résultats tombent : 44,01 % des voix aux partisans de Pinochet, contre 55,99 % à ses adversaires
victorieux.
Caszely l’emporte après les prolongations…

Sources :

Les rebelles du foot, documentaire de Gilles Rof et Gilles
Perez, 2012.
« Chili-URSS 73, les fantômes du Nacional », Alexandros
Kottis, les Cahiers du football, 2006.
Revenir en haut
Visiter le site web du posteur
Marine
Administrateur

Hors ligne

Inscrit le: 11 Mar 2014
Messages: 3 412
Féminin Cancer (21juin-23juil) 蛇 Serpent
Point(s): 471

MessagePosté le: Mar 15 Juil 2014 - 22:09    Sujet du message: Football, Sport Business Répondre en citant

Années 1980

Le libéralisme des pelouses

C’est la décennie folle, de l’argent-roi, où toute la société bascule dans le culte du profit.
Le football se tape le même délire, avec ses droits télés faramineux, ses présidents
escrocs, ses transferts indécents. On s’est habitués à tout ça, depuis.

Le veau d’or de la télé

« Donner la parole à toutes les associations qui le souhaitent », diffuser « des séries éducatives grand public », se
« tourner davantage vers des retransmissions et des problèmes de culture » : avant son lancement, voilà les
objectifs que fixait le pouvoir mitterrandien à Canal +. Qui verra finalement grimper son cours de bourse grâce aux
films X et… aux matches de foot.

« On cherchait une idée, se souvient Pierre Lescure, le patron de Canal. Un jour, Brochand est arrivé en disant
“Pourquoi on n’irait pas voir les gens du foot et proposer d’acheter des matches de championnat ?” C’était l’idée. »
Cette « idée »-là ne paraît plus originale : elle se répand comme une banalité, avec Rupert Murdoch en Angleterre, Léo
Kirch en Allemagne, Berlusconi en Italie. « Seules trois choses amènent des abonnés aux réseaux de télévision payante,
résumera Robert Louis-Dreyfus, le patron d’Adidas et de l’OM. Le cinéma, le foot et le porno. Si vous êtes dans ce
métier-là, il faut donc en avoir au moins deux. » (L’Équipe, 5 mars 1999).

Durant ces années 80, la privatisation des ondes produit une inflation de foot. Et une inflation des tarifs du foot : en 1980 un
club pro vivait de ses ventes de billets, de ses fanions et de ses baraques à frites. Les droits télés ne représentaient que 1 %
de ses recettes – contre plus de 50 % aujourd’hui…

L’EMPRISE


La Fifa adapte le football à la télé, prête à tout pour satisfaire les chaînes. Lors du Mondial 1986 au Mexique les
joueurs, et à leur tête Maradona, se plaignent : les matches se jouent à midi sous un soleil de plomb. Le goal allemand, Harald
Schumacher raconte : « Je transpire. J’ai la gorge sèche.

L’herbe est comme de la crotte sèche : dure, étrange et hostile. Le soleil tombe à pic sur le stade et éclate sur nos têtes. Nous
n’avons pas d’ombres. Il paraît que c’est bon pour la télévision. » Avec le décalage horaire, midi à Mexico, c’est le
prime time en Europe. « Qu’ils jouent et qu’ils la ferment », ordonne João Havelange, le président de la Fifa. Qui encaisse
les gros chèques : les droits TV pour les Coupes du Monde flambent, de 30,5 millions d’euros en 1986, ils atteignent
907,8 millions en 2002 et 2 100 millions en 2010… soit une hausse d’environ 6285 % en moins de quinze ans.

Idem pour les championnats nationaux, l’anglais en première ligne : pour la Premier League, l’opérateur
britannique de télécom BT a raflé la mise, pour les trois prochaines années, avec une offre de 897 millions de livres,
soit 1,07 milliard d’euros.

Symptôme de cette emprise : Jérôme Valcke. Journaliste à Canal +, il prend ensuite la direction de la chaîne Sport +, puis
travaille pour l’agence de droits sportifs Sportfïve, qui a son siège à Genève. Avant de rejoindre Zürich et la Fifa en 2003,
comme « directeur du marketing et de la télévision ». Il en devient finalement le secrétaire général, bras droit de Sepp
Blatter, suite à la démission – bienvenue – du Suisse Urs Linsi.

La télé tient ainsi, très directement, les manettes. Et Jérôme Valcke peut y défendre les valeurs chères au
quatrième pouvoir : « Un moindre niveau de démocratie est parfois préférable pour organiser une Coupe du monde,
déclare-t-il ainsi. Quand on a un homme fort à la tête d’un État qui peut décider, comme pourra peut-être le faire Poutine en
2018, c’est plus facile pour nous les organisateurs qu’avec un pays comme l’Allemagne où il faut négocier à plusieurs
niveaux. »

CONTRE L’INCERTITUDE

Grands argentiers du football, les groupes de communication investissent directement dans des clubs : le
PSG pour Canal +, le Milan AC pour Berlusconi, Manchester United, Leeds United, Sunderland, Chelsea et Manchester City
pour Murdoch.
 
Qui paie l’orchestre choisit la musique : le trio Murdoch-Berlusconi-Kirch a ainsi imposé de nouvelles règles pour la
Coupe des Clubs Champions – devenue sous leur pression la Champions League. Finie, l’élimination directe en cas de
défaite : à la place, se joue un mini-championnat. Qui présente un double avantage : d’une part, il y a plus de matches à
retransmettre à la télé. D’autre part, la part de hasard diminue pour les équipes les plus riches. Et enfin, comme la
Ligue des Champions offre d’énormes revenus, les gros clubs peuvent acheter les meilleurs joueurs, en un cercle vertueux –
ou vicieux, selon les points de vue – où l’argent va à l’argent, le succès entraînant le succès, la domination d’une poignée
d’écuries se renforçant. Et on le mesure avec des statistiques :sur la période 2001-2007, quand une équipe a participé à la
Champions League, la probabilité qu’elle se qualifie l’année suivante est de 0,84 – contre 0,03 pour les clubs n’y ayant pas
participé.

L’aléa est l’ennemi de l’entreprise : il fallait réduire « la glorieuse incertitude du sport » pour stabiliser les profits.

Sources :
L’aventure vraie de Canal +, Jacques Buob, Pascal Mérigeau,
Fayard, 2001.
Amour, gloire et crampons, Erwan Poiraud et Thierry Teboul,
Les Petits Matins, 2007.
Économie du football professionnel, Bastien Drut, Repères La
Découverte, 2011.
Revenir en haut
Visiter le site web du posteur
Marine
Administrateur

Hors ligne

Inscrit le: 11 Mar 2014
Messages: 3 412
Féminin Cancer (21juin-23juil) 蛇 Serpent
Point(s): 471

MessagePosté le: Mar 15 Juil 2014 - 22:15    Sujet du message: Football, Sport Business Répondre en citant

Les présidents aux longues dents

Comment monter un club ? « Nous sommes rentrés dans le magasin et nous avons acheté », énonçait Jean-Luc Lagardère.
Voilà pour l’amour du sport. Jusque-là, les présidents de clubs étaient des petits notables locaux, le propriétaire de l’usine à
côté, le concessionnaire automobile, le marchand de meubles, comme dans le film Coup de tête, de Jean-Jacques Annaud,
tourné en 1979.

Avec les années 80, cette bourgeoisie du terroir est écartée : le football devient un business, qui réclame des businessmen.
Silvio Berlusconi, le modèle, au Milan AC. Bernard Tapie à Marseille. Claude Bez à Bordeaux. Et Jean-Luc Lagardère,
donc : le patron de Matra Hachette reprend alors le mythique Racing Club de France, qu’il rebaptise Matra Racing.

À coups de millions, le PDG de l’armement recrute des stars : Maxime Bossis, Luis Fernandez, Thierry Thusseau, David Ginola,
l’entraîneur Arthur George, etc. : le budget pub du Matra sert directement aux dépenses du Racing. Une emprise de l’argent
que les footeux acceptent volontiers : « Des hommes comme Tapie, Lagardère, parie Michel Hidalgo, entraîneur de l’équipe
de France, permettront de réduire considérablement l’écart entre les clubs français et les clubs étrangers. » Le « retard »
tricolore, encore et toujours.

DÉBANDADE

Mais ce club « mené comme une entreprise » vire à la débandade : il retombe en seconde division, et c’est une
contre-pub géante que s’offre Matra, cible des rieurs. En 1989, Jean-Luc Lagardère se désengage sans prévenir, laissant le
Racing au bord de la faillite et les joueurs sans salaires. Comme de vulgaires ouvriers…

Les plantages sont toujours marrants. Ça nous rassure : l’argent ne triomphe pas toujours. Mais c’est qu’il faut parfois
donner un coup de pouce au destin. Corruption, dopage, fraudes, tous les moyens sont bons pour réussir. Et pas
question de s’en cacher, les vainqueurs ont toujours raison. Au soir d’une défaite en Coupe d’Europe sur un but de la main en
1989, Bernard Tapie philosophe : « Depuis quelque temps, j’entends dire que l’OM est un petit club. Ce soir j’ai compris
pourquoi nous sommes un petit club. Mais moi j’apprends vite, il ne faut pas m’expliquer les choses deux fois. Je peux vous
dire que cela ne se reproduira plus. Un but comme ça ne sera jamais plus accordé. » Lui saura désormais recevoir les
arbitres : quatre ans plus tard, Marseille est Champion d’Europe… Mais cette même année 1993, l’OM est exclu de
l’UEFA pour « tentative de corruption».

PROXÉNÈTE DU FOOT

Claude Bez, lui, à Bordeaux, y allait encore plus franco : « La Coupe d’Europe, c’est une fête, énonçait ce gai luron. Par
tradition, il faut accueillir les gens correctement. Mettre des voitures à leur disposition, offrir des repas et des cadeaux et
surtout ne pas oublier les prostituées pour les arbitres. » Comme Tapie, le président de Bordeaux sera envoyé en
prison. Une issue qu’il avait envisagée : « Tant que je penserai être utile aux Girondins, je serai là. Même si j’allais en prison !
J’ai lu qu’un proxénète dirigeait ses affaires depuis la cellule. C’est plus facile de s’occuper d’un club que de prostituées. »




Revenir en haut
Visiter le site web du posteur
Marine
Administrateur

Hors ligne

Inscrit le: 11 Mar 2014
Messages: 3 412
Féminin Cancer (21juin-23juil) 蛇 Serpent
Point(s): 471

MessagePosté le: Mar 15 Juil 2014 - 22:17    Sujet du message: Football, Sport Business Répondre en citant

à suivre...
Revenir en haut
Visiter le site web du posteur
Contenu Sponsorisé






MessagePosté le: Aujourd’hui à 01:12    Sujet du message: Football, Sport Business

Revenir en haut
Montrer les messages depuis:   
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    OnNousCacheTout... Index du Forum ->
Les forums
-> Les dessous du sport de haut niveau
Toutes les heures sont au format GMT + 1 Heure
Page 1 sur 1

 
Sauter vers:  

Portail | Index | Creer un forum | Forum gratuit d’entraide | Annuaire des forums gratuits | Signaler une violation | Conditions générales d'utilisation
Powered by phpBB © 2001, 2005 phpBB Group
Traduction par : phpBB-fr.com