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Gouverner par le chaos - Axel Bauer

 
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Marine
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MessagePosté le: Mar 31 Juil 2018 - 09:54    Sujet du message: Gouverner par le chaos - Axel Bauer Répondre en citant

LA FABRICATION D'UN CONSENTEMENT 
 

 
 
 
Comment faire accomplir quelque chose à quelqu’un en lui donnant le sentiment que c’est lui qui a choisi librement de le faire ? Comment réussir à ce que la transgression de l’intégrité mentale des masses populaires reste inaperçue ? Comment faire en sorte que le pilotage des masses présente toutes les apparences de la démocratie et du respect de la souveraineté populaire ? Bref, comment violer quelqu’un sans qu’il ne s’en aperçoive ? Telles sont les questions de hacking social que se posent les élites dirigeantes. La journaliste au Point Sylvie Pierre-Brossolette déclarait le 16 janvier 2008 sur France Info à propos de l’Union Européenne : « Est-ce qu’il ne faut pas violer des fois les peuples un tout petit peu pour leur bien ? On le fait pour d’autres questions. La peine de mort, on l’a votée dans le dos des gens, ils n’en voulaient pas. L’Europe, c’est un peu pareil. » Quelques mois plus tard, dans l’émission « Bibliothèque Médicis » du 27 novembre 2008, Alain Minc tenait des propos semblables sur la chaîne de télévision Public Sénat. Ces appels répétés au « viol des peuples », Serge Tchakhotine en décrivait les formes dès 1939 dans son célèbre ouvrage, Le viol des foules par la propagande politique. Le viol est toujours celui de l’intelligence critique et rationnelle, au bénéfice des émotions et des affects primaires. Tchakhotine distinguait quatre impulsions primaires sur lesquelles surfe la manipulation : l’agressivité, l’intérêt matériel immédiat, l’attirance sexuelle au sens large, la recherche de la sécurité et de la norme. La manipulation la plus efficace sera celle qui instrumentalisera au mieux ces impulsions primaires en en promettant la satisfaction la plus pleine et rapide. Ces quatre impulsions peuvent se ramener en définitive à deux affects primordiaux : le sexe et la peur. L’utilisation adroite de ces deux affects, le jeu alternatif sur la carotte et le bâton, la séduction et l’angoisse, permet de mener un groupe par le bout du nez, de piloter son changement avec son consentement, donc de lui rendre imperceptible le viol de sa propre souveraineté mentale et politique. Le jeu sur ces deux affects peut, à son tour, se résumer à une seule motion psychique, de type fantasmatique et régressif. En effet, les techniques d’influence pour rendre désirable quelque chose, pour rendre « sexy et glamour »  
 
 
  
 
 
n’importe quoi, sont celles de la communication publicitaire ; or, toutes les mises en scènes de communication, de marketing et de séduction publicitaire ne sont que les déclinaisons à l’infini d’une seule et même motion mentale originelle, qu’en termes psychanalytiques on appellerait la structure élémentaire du fantasme, à savoir le désir de fusion de soi et d’autrui dans une unité indistincte abolissant la contradiction, ou en d’autres termes le fantasme de retour dans le ventre maternel. Egalement dénommé « sentiment océanique », il s’agit du fantasme primordial de régression pré-oedipienne sur lequel s’étayent tous les autres fantasmes qu’une vie humaine peut connaître. Le champ fantasmatique étant un puissant moteur de l’action, qui parvient le mieux à flatter les tendances régressives de l’humain en lui promettant le retour dans l’utérus emporte généralement l’adhésion du groupe. La culture de l’involution vers des stades archaïques du psychisme, avec en perspective le retour à un stade fœtal, se présente ainsi comme le fil conducteur de toute l’ingénierie psycho-politique mondialisée 
 
 


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MessagePosté le: Mar 31 Juil 2018 - 09:54    Sujet du message: Publicité

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MessagePosté le: Mar 31 Juil 2018 - 09:57    Sujet du message: Gouverner par le chaos - Axel Bauer Répondre en citant

LA FABRICATION D'UN CONSENTEMENT  
 
 

 
 
 
Le piratage d’un sujet aux fins d’obtenir son consentement peut aussi s’appuyer sur une régression mentale provoquée. Cette technique suppose, dans un premier temps, de ne s’adresser qu’aux émotions et à l’affectivité. Noam Chomsky et Edward Herman ont rendu célèbre l’expression de fabrication du consentement (ou encore fabrique de l’opinion), mais c’est Edward Bernays (1891-1995) qui l’a inventée. Neveu de Freud, grand lecteur de Gustave Le Bon et de sa Psychologie des foules, l’homme incarne à lui tout seul les transferts de compétence entre marketing et politique, et l’effacement de la limite entre les deux. C’est sous son impulsion que la politique a commencé de prendre comme modèle l’analyse des feed-backs des comportements de consommation, dans les grandes surfaces, les banques, les assurances, les services personnalisés, ainsi que la mise en œuvre de solutions qui en optimisent la gestion : analyse de marché, segmentation du public, définition d’un cœur de cible, création artificielle de nouveaux besoins, etc. Fondateur de la propagande moderne, qu’il prit soin de rebaptiser « Conseil en relations publiques » pour en améliorer l’image, Bernays a non seulement inventé diverses techniques publicitaires, mais il a encore orchestré des campagnes de déstabilisation de gouvernements latinoaméricains pour la CIA. Ce qui distingue les régimes démocratiques des dictatures n’est alors plus qu’une simple question de méthode, plus subtile en démocratie car parvenant à façonner l’opinion du peuple sans même qu’il ne s’en rende compte. Comme Bernays le dit luimême dans son ouvrage princeps de 1928, intitulé Propaganda, « La manipulation consciente, intelligente, des opinions et des habitudes organisées des masses joue un rôle important dans une société démocratique. Ceux qui manipulent ce mécanisme social imperceptible forment un gouvernement invisible qui dirige véritablement le pays. (...) Les techniques servant à enrégimenter l’opinion ont été inventées puis développées au fur et à mesure que la civilisation gagnait en complexité et que la nécessité du gouvernement invisible devenait de plus en plus évidente. (...) Et si, selon la formule consacrée, tel candidat à la présidentielle a été "désigné" pour répondre à "une immense attente populaire", nul n’ignore qu’en réalité son nom a été choisi par une dizaine de messieurs réunis en petit comité. » [Edward Bernays, Propaganda — Comment manipuler l’opinion en démocratie, Éditions La Découverte, 2007, pp. 31, 33, 50.]  
 
 


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MessagePosté le: Mar 31 Juil 2018 - 10:03    Sujet du message: Gouverner par le chaos - Axel Bauer Répondre en citant

LE TITTYTAINEMENT 
 
 
 
 
 
Les architectes de la mondialisation l’ont parfaitement compris : pour être vraiment efficace, la fabrique du consentement suppose l’abolition de toutes les frontières. En effet, c’est le maintien de frontières, à tous les niveaux de l’existence (en économie, le protectionnisme), qui rend possible la comparaison, la contradiction, la possibilité de dire « Non » et tout le jeu de la dialectique politique qui s’en suit. En visée ultime, l’ingénierie mondialiste cherche à élaborer ce fameux « village global » sans frontières, qui permettrait d’obtenir le consentement définitif des populations sur tous les sujets, de sorte à ne pas être contraint d’y travailler constamment. Avec l’abolition des frontières, c’est-à-dire du principe même de toute extériorité, s’abolit également la possibilité de toute comparaison et contradiction fondamentale, donc de tout contre-pouvoir critique et de toute résistance.  
 
 

 
 
 
Un monde mondialisé, unipolaire, sans frontières et politiquement unifié sous un gouvernement centralisé et un système unique de valeurs et de normes, en finirait une bonne fois pour toutes avec la possibilité même de penser « autrement ». À monde unique, pensée unique. À ce titre, l’ingénierie du Nouvel Ordre Mondial, comme effacement des frontières sous une tutelle unique, s’identifie à un processus de régression pré-oedipienne et d’infantilisation délibérée des populations. Du point de vue de la psychogenèse, le giron maternel est éprouvé par l’enfant comme une continuité de son vécu intra-utérin, c’est-à-dire comme ce monde unique et englobant, sans extériorité, sans limites, sans frontières, monde absolu, sans comparaison, ni relativisation, ni contradiction ; et l’enfance est cet âge de la vie sans politique, marqué par l’adhésion spontanée aux valeurs dominantes du corps social, l’immersion conformiste et grégaire dans les normes du monde environnant, et surtout l’impuissance à réagir contre une altération de ses conditions de vie. Construire la dépolitisation de l’humanité, construire le « Oui » à tout, le consentement global, passe donc par un abaissement provoqué de sa maturité psychique moyenne et son retour dans une espèce de giron maternel étendu au monde entier.  
 
 

 
 
 
Dans la perspective de bâtir cette docilité générale, Zbigniew Brzezinski, l’homme qui était derrière Oussama Ben Laden dans les années 198013, l’homme qui est aujourd’hui derrière Barack Obama, a proposé le concept de tittytainement. Deux journalistes allemands nous rapportent la naissance de cette notion à l’occasion d’une rencontre internationale d’une certaine élite intellectuelle et politique en septembre 1995 dans un grand hôtel californien : « L’hôtel Fairmont de San Francisco est un cadre idéal pour les rêves aux dimensions planétaires. (...) L’avenir, les pragmatiques du Fairmont le résument en une fraction et un concept : "deux dixièmes" et "tittytainement". Dans le siècle à venir, deux dixièmes de la population active suffiraient à maintenir l’activité de l’économie mondiale. (...) Mais pour le reste ? Peut-on envisager que 80% des personnes souhaitant travailler se retrouvent sans emploi ? "Il est sûr, dit l’auteur américain Jeremy Rifkin, qui a écrit le livre La Fin du travail, que les 80% restants vont avoir des problèmes considérables." (...) C’est un nouvel ordre social que l’on dessine au Fairmont, un univers de pays riches, sans classe moyenne digne de ce nom — et personne n’y apporte de démenti. L’expression "tittytainement", proposée par ce vieux grognard de Zbigniew Brzezinski, fait en revanche carrière.  
 
 

 
 
 
Ce natif de Pologne a été quatre années durant conseiller pour la Sécurité nationale auprès du président américain Jimmy Carter. Depuis il se consacre aux questions géostratégiques. Tittytainment, selon Brzezinski est une combinaison des mots entertainment et tits, le terme d’argot américain pour désigner les seins. Brzezinski pense moins au sexe, en l’occurrence, qu’au lait qui coule de la poitrine d’une mère qui allaite. Un cocktail de divertissement abrutissant et d’alimentation suffisante permettrait selon lui de maintenir de bonne humeur la population frustrée de la planète. (...) On voit émerger la société des deuxdixièmes, celle où l’on devra avoir recours au tittytainement pour que les exclus restent tranquilles. »14 Le songe creux et infantilisant dans lequel Brzezinski propose d’enfermer les populations pour mieux les contrôler présente les caractéristiques d’une sorte de réalité virtuelle complètement dépolitisée, un Disneyland global fondé sur la consommation et le spectacle. La sécurisation totale du pouvoir des élites s’appuie nécessairement sur la déréalisation de l’existence de la plèbe, déréalisation qui consiste en un « réenchantement du monde » forcené (thème de l’Université d’été 2005 du MEDEF), dont le but est de parvenir à faire creuser gentiment sa propre tombe à quelqu’un, puis à l’y faire descendre avec le sourire et à se recouvrir de terre dans la joie et la bonne humeur. On reconnaîtra ici la tendance sociologique dite du cocooning, jouant le rôle d’un nouvel opium du peuple, bien plus efficace que la religion car totalement dénué d’effet de sublimation. L’ingénierie sociale se donne ainsi pour objectif de rendre tolérable, et même désirable, une involution civilisationnelle profondément morbide en la parant de tous les traits du rajeunissement perpétuel, donc apparemment de la vitalité et de l’avenir, avec, pour visée ultime, la « fœtalisation » de l’humanité au moyen de son insertion dans un environnement social conçu à l’image d’un immense utérus artificiel, c’est-à-dire dénué de frontières et de contradictions.  
 
 

 
 
 
Le stade intra-utérin et, par extension, tous les stades immatures (nouveaux-nés, nourrissons, bébés et jeunes enfants) se caractérisent, certes par leur vitalité organique, mais surtout par leur plasticité mentale aisément manipulable ainsi que leur état d’aliénation totale, complètement à la merci d’autrui (la Hilüosigkeit freudienne). Il s’agit donc de reproduire dans l’extra-utérin les conditions d’une existence intra- utérine : fusion avec autrui dans un grand tout homogène et enveloppant, obéissance au mouvement général, jouissance continue et immédiate, complétude, identité unifiée, absence de tensions, de contradictions, de contestations, pure positivité, donc fin de l’Histoire, fin de tout, en un mot, le paradis, le cocon définitif ! De nombreux auteurs ont étudié d’un point de vue critique les aspects de cette régression pré-oedipienne globalisée, à commencer par Gilles Châtelet dans son Vivre et penser comme des porcs (De l’incitation à l’envie et à l’ennui dans les démocraties-marchés). Les autres titres ne sont pas moins éloquents, de Jean-Claude Michéa, L’enseignement de l’ignorance et ses conditions modernes, à Dany-Robert Dufour, L ’art de réduire les têtes : sur la nouvelle servitude de l ’homme libéré à l ’ère du capitalisme total, en passant par Charles Melman et Jean-Pierre Lebrun, L ’homme sans gravité — Jouir à tout prix, Michel Schneider, Big mother — Psychopathologie de la vie politique, et Jean- Claude Liaudet, Le complexe d’Ubu, ou la névrose libérale. Tous ces textes se consacrent à l’analyse du contrôle social contemporain dans ses spécificités inédites, à savoir la dépolitisation des masses par la mise en place d’un type de société reposant sur les caractéristiques du giron maternel, induisant un abaissement de l’âge mental moyen ainsi qu’un certain nombre de nouvelles pathologies mentales tournant autour de la dépression et de la perversion. En cherchant à abolir toutes les frontières, donc toutes les limites, et dans le même geste la notion même d’extériorité, de monde extérieur, objectif, réel, l’ingénierie mondialiste cherche ainsi à construire une forme de société déréalisée s’appuyant sur une culture de l’intériorité, de la fusion charnelle dans un bloc identitaire homogène et du rejet corrélatif de tout ce qui est hétérogène, autre, bref de tout ce qui rappelle le Père, c’est-à-dire l’instance qui fissure l’emprise exclusive et englobante du monde maternel pour introduire au « monde extérieur » et au réel.    
 
 
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MessagePosté le: Mar 31 Juil 2018 - 10:12    Sujet du message: Gouverner par le chaos - Axel Bauer Répondre en citant

Qu’est-ce que l’ingénierie sociale ?   

 
La culture de l’inégalité ne concerne pas que le domaine économique. Elle touche aussi à la configuration du champ perceptif. En effet, le fondement des théories de la surveillance, tel que résumé par le principe panoptique de Jeremy Bentham, est la dissociation du couple « voir » et « être vu ». La politique comme ingénierie sociale consiste alors à bâtir et entretenir un système inégalitaire où les uns voient sans être vus, et où les autres sont vus sans voir. Le but de la manœuvre est de prendre le contrôle du système de perception d’autrui sans être soi-même perçu, puis d’y produire des effets en réécrivant les relations de cause à effet de sorte qu’autrui se trompe quand il essaie de les remonter pour comprendre sa situation présente. Dans son livre sur la campagne présidentielle de Nicolas Sarkzoy en 2007, Yasmina Reza nous rapporte ces propos d’un de ses conseillers, Laurent Solly : « (...), la réalité n’a aucune importance. Il n’y a que la perception qui compte. »4 Ce constructivisme radical, issu de l’école de Palo Alto et très en vogue dans le milieu des consultants, n’hésite pas à considérer que la perception peut être détachée de tout référent objectif, réel.  

 
L’ingénierie des perceptions devient alors une activité quasi démiurgique de construction d’hallucinations collectives, partagées, normalisées et définissant la réalité commune, autrement dit un ensemble stabilisé de relations causales falsifiées. Ainsi que l’avance dans un essai le célèbre pirate informatique Kevin Mitnick, l’ingénierie sociale serait L’art de la supercherie ; plus précisément l’art d’induire autrui en erreur et d’exercer un pouvoir sur lui par le jeu sur les défaillances et les angles morts de son système de perception et de défense.  

 
Illusionnisme et prestidigitation appliqués à tout le champ social, de sorte à construire un espace de vie en trompe-l’œil, une réalité truquée dont les règles véritables ont été intentionnellement camouflées. Ces techniques de manipulation s’appuient sur ce que l’on appelle les « sciences de la gestion », nébuleuse de disciplines qui ont commencé à constituer un corpus cohérent à partir des années 1920 et dont la théorie de l’information et la cybernétique résument les grandes lignes idéologiques : à savoir, les êtres vivants et les sujets conscients sont des systèmes d’information susceptibles d’être modélisés, contrôlés, voire piratés au même titre que les systèmes d’information non-vivants et composés d’objets non conscients. Pour les plus connues, ces disciplines gestionnaires sont le marketing, le management, la robotique, le cognitivisme, la psychologie sociale et behaviouriste (comportementale), la programmation neurolinguistique (PNL), le storytelling, le social learning, le reality-building. Le point commun de ces disciplines réside dans leur rapport à l’incertitude, qu’elles tentent toujours de réduire au minimum, si possible à zéro. Le monde est ainsi perçu uniquement sous l’angle de systèmes d’échange et de traitement de l’information qu’il faut réussir à gérer du mieux possible, c’est-à-dire en réduisant l’incertitude de leur fonctionnement, en les contrôlant le plus précisément possible. En outre, contrairement aux sciences humaines et sociales, ces sciences gestionnaires ne se contentent pas d’observer et de décrire leur objet d’étude, elles interviennent aussi dessus dans le sens d’une ingénierie, donc d’un travail de reconfiguration d’un donné. Quand elle se fait à l’insu du système reconfiguré, la reconfiguration devient un viol furtif de l’intégrité du système et porte le nom de piratage, ou hacking. Et quand il s’applique à l’humain, cet interventionnisme reconfigurateur pirate se donne généralement pour but de reconfigurer le donné humain dans le sens d’une réduction de l’incertitude liée au comportement de ce donné humain, individuel ou groupal.  

 
La politique, en tant qu’ingénierie sociale, gestion des masses humaines, réduction de l’incertitude du comportement des populations, s’appuie donc tout d’abord sur une phase descriptive, constituée de travaux de modélisation de ces comportements populaires afin d’en définir les structures générales et les constantes. Ces travaux de modélisation mettent à jour les programmes, routines, conditionnements psychiques et algorithmes comportementaux auxquels obéissent les groupes humains. L’informatique est l’outil idéal, par exemple dans le calcul complexe (probabiliste et stochastique) des mouvements de foule, qui sert à la gestion des risques dans les instances professionnelles d’hygiène et de sécurité (évacuation des bâtiments), mais aussi à la police et l’armée pour encadrer et prévenir toute manifestation qui risquerait de déstabiliser le pouvoir.  

 
De plus, le travail d’espionnage d’une population, dans l’optique de modéliser ce qu’elle pense et ainsi désamorcer les nouvelles tendances critiques, requiert un travail de surveillance, de renseignement, de collecte d’informations et de fichage considérablement facilité par les développements de l’ « informatique ubiquitaire » (ou ambiante et diffuse dans l’environnement, telle que théorisée par Mark Weiser) ainsi que par les « systèmes experts » de croisement des bases de données électroniques locales, publiques et privées (interception des communications, paiements par cartes, etc.).  

 
Le recoupement de ces informations glanées sur les réseaux numériques permettant de calculer par profiling une estimation du taux de dangerosité qu’une population (ou un individu) représente pour le pouvoir, on comprend dès lors que l’informatisation de la société, pour y faire basculer le maximum d’éléments de la vie des populations, soit une priorité des politiques contemporaines. Dans son ouvrage Surveillance globale, Eric Sadin nous dresse une liste presque exhaustive de ces nouvelles formes de pouvoir à vocation non plus punitive mais anticipatrice et dont l’emprise est strictement coextensive à celle de la sphère technologique. Aux États- Unis, dans la foulée du « Patriot Act », sont apparus des programmes gouvernementaux de surveillance électronique tels que le « Total Information Awareness » (TIA) et le « Multistate Anti-Terrorism Information Exchange » (MATRIX). En France, dès 1978, Simon Nora et Alain Minc présentaient leur fameux rapport sur L’informatisation de la société. Dans la continuité, le Ministère de l’Education nationale se livre depuis quelques années à une scrutation de ses forums de discussion sur Internet, sous-traitée en 2008 par l’entreprise spécialisée en stratégies d’opinion « i&e ». L’appel d’offres pour 2009 comporte les missions suivantes : « Identifier les thèmes stratégiques (pérennes, prévisibles ou émergents). Identifier et analyser les sources stratégiques ou structurant l’opinion. Repérer les leaders d’opinion, les lanceurs d’alerte et analyser leur potentiel d’influence et leur capacité à se constituer en réseau. Décrypter les sources des débats et leurs modes de propagation. Repérer les informations signifiantes (en particulier les signaux faibles).  

 
Suivre les informations signifiantes dans le temps. Relever des indicateurs quantitatifs (volume des contributions, nombre de commentaires, audience, etc.). Rapprocher ces informations et les interpréter. Anticiper et évaluer les risques de contagion et de crise. Alerter et préconiser en conséquence. Les informations signifiantes pertinentes sont celles qui préfigurent un débat, un "risque opinion" potentiel, une crise ou tout temps fort à venir dans lesquels les ministères se trouveraient impliqués. (...) La veille sur Internet portera sur les sources stratégiques en ligne : sites "commentateurs" de l’actualité, revendicatifs, informatifs, participatifs, politiques, etc. Elle portera ainsi sur les médias en ligne, les sites de syndicats, de partis politiques, les portails thématiques ou régionaux, les sites militants d’associations, de mouvements revendicatifs ou alternatifs, de leaders d’opinion. La veille portera également sur les moteurs généralistes, les forums grand public et spécialisés, les blogs, les pages personnelles, les réseaux sociaux, ainsi que sur les appels et pétitions en ligne, et sur les autres formats de diffusion (vidéos, etc.) Les sources d’informations formelles que sont la presse écrite, les dépêches d’agences de presse, la presse professionnelle spécialisée, les débats des assemblées, les rapports publics, les baromètres, études et sondages seront également surveillées et traitées. Les interactions entre des sources de nature différente, les passages de relais d’un media à l’autre seront soigneusement analysés. (...) Clé de voûte du dispositif de veille, le passage en "mode alerte" visera à transmettre systématiquement les informations stratégiques ou les signaux faibles susceptibles de monter de manière inhabituellement accélérée. »5 Les Ministères de la Santé, de la Justice et de l’Intérieur ont également recours aux services d’entreprises offrant les mêmes prestations. Quant à la veille du paysage éditorial et au repérage des publications éventuellement subversives, elle est systématique, comme l’ont appris à leur dépend les neuf inculpés de Tarnac : « À cette même période, le criminologue Alain Bauer pianote un matin, comme à son habitude, sur le site internet de la Fnac et Amazon.com en quête des nouveautés en librairie lorsqu’il tombe par hasard sur L’insurrection qui vient (éd. la Fabrique). Le consultant en sécurité y voit la trace d’un "processus intellectuel qui ressemble extraordinairement aux origines d’Action directe" et, sans barguigner, achète d’un coup 40 exemplaires.  

 
Il en remettra un en mains propres au directeur général de la police nationale, Frédéric Péchenard, assorti d’une petite note. Rédigé par un "Comité invisible", l’ouvrage est attribué par les policiers à Julien Coupat, qui fait figure de principal accusé dans l’affaire de Tarnac. »6 Parvenu à un stade de modélisation de la population considéré comme suffisant, on peut alors passer à la deuxième phase, le travail d’ingénierie proprement dit, s’appuyant sur ces modèles découverts pour les reconfigurer dans le sens d’une standardisation accrue, et donc d’une meilleure prévisibilité des comportements. L’ingénierie politico-sociale consiste ni plus ni moins que dans un travail de programmation et de conditionnement des comportements, ou plutôt de re-programmation et de re-conditionnement, puisque l’on ne part jamais d’une tabula rasa mais toujours d’une culture déjà donnée du groupe en question, avec ses propres routines et conditionnements. Les sociétés humaines, en tant que systèmes d’information, peuvent ainsi être reconfigurées dans le sens d’une harmonisation, homogénéisation, standardisation des normes et des procédures, afin de conférer à celles et ceux qui les pilotent une meilleure vue d’ensemble et un meilleur contrôle, l’idéal étant de parvenir à fusionner la multitude des groupes humains hétérogènes dans un seul groupe global, un seul système d’information. Une administration centralisée et une gestion sécurisée : les architectes de la mondialisation ne poursuivent pas d’autres buts.                       
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