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La fin du modèle français

 
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Marine
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MessagePosté le: Mer 25 Juil 2018 - 10:19    Sujet du message: La fin du modèle français Répondre en citant

Tiré du livre du même titre
Michèle Tribalat     
ASSIMILATION     
La fin du modèle français     



« Sournoisement, le terme “intégration” a été phagocyté : son sens est devenu le contraire de ce qu’il était. Aujourd’hui, il désigne le maintien en l’état de la religion et de la culture de la communauté d’immigrés, et donc la protection contre l’influence de la société qui l’entoure et des individus rebelles au sein de la communauté d’immigrants elle-même. »
Jens-Martin Eriksen, Frederik Stjernfelt

 


L’assimilation est un processus social de convergence des comportements, auquel la mixité des mariages (et plus largement des unions) apporte une contribution décisive. C’est ainsi que des millions d’immigrés et d’enfants d’immigrés sont devenus des Français à part entière. Elle s’effectue dans un rapport inégalitaire entre la nation qui accueille et les nouveaux venus. C’est de ces derniers que sont attendus la plupart des efforts, sous la pression sociale exercée par la population environnante. Ce qui ne veut pas dire que cette dernière n’évolue pas. Si elle n’est pas disposée à se plier aux mœurs des nouveaux venus, elle se transforme pourtant elle aussi subrepticement, mais sans avoir l’impression que ses modes de vie ou ses pratiques culturelles sont profondément chamboulés, voire directement remis en cause. En république, tout cela se pratique à l’abri des grands principes et des valeurs auxquels la nation et les citoyens sont attachés.

L’assimilation nécessite que le corps social s’y engage sans réticence – en l’occurrence les classes populaires qui sont au front de la cohabitation inter-ethnique – et dans son entier, élites comprises.


Les Français continuent massivement de penser que ce sont aux étrangers d’adapter leurs comportements, comme l’indique encore le dernier sondage de la CNCDH2 : en décembre 2012, 94 % des personnes interrogées jugent indispensable que les étrangers qui viennent vivre en France adoptent les habitudes de vie françaises3. Vivemment critiquée et rejetée aujourd’hui, plus par les élites que par les citoyens ordinaires, l’assimilation a-t-elle encore un avenir ?
La question de savoir si l’immigration est faible ou importante n’est pas négligeable car elle pèse sur l’interrogation principale de cet ouvrage. Si l’immigration devait se tarir ou être dérisoire dans les années qui viennent, il n’y aurait pas grand motif d’inquiétude. Il s’agirait en gros de faire au mieux avec les migrants que nous avons accueillis et leurs descendants. C’est donc par là qu’il faut commencer. Qu’en est-il de l’immigration étrangère en France et à quoi peut-on s’attendre dans les années qui viennent ? Dans un précédent livre4, j’avais montré comment le système statistique et l’usage qui en était fait, jusque dans les médias, obscurcissaient plus qu’ils n’éclairaient la compréhension de la situation française. Je ne vais pas revenir longuement là-dessus, mais je vais plutôt tenter de discerner où l’on en est malgré la confusion qui entoure la connaissance du phénomène migratoire en France. Sommes-nous dans une phase d’apathie ou d’intensification migratoire ? Sommes nous sortis de l’histoire migratoire qui a caractérisé la France depuis la moitié du XIXe siècle, avec ses hauts et ses bas, et qu’y a-t-il à en attendre d’un point de vue démographique ? Ce sera l’objet de la première partie de cet ouvrage.

Dans une deuxième partie, je m’interrogerai sur ce que l’arrivée de l’islam change. Est-il vrai, comme on l’entend souvent, que la France étant un vieux pays d’immigration la nouvelle immigration en provenance de pays musulmans finira par subir le même sort que les précédentes ? Le télescopage des modes de vie constaté aujourd’hui n’aurait rien de nouveau. Ce ne serait qu’une question de patience. Nous avons la chance de disposer de données pas trop anciennes sur les affiliations religieuses, dans une enquête de l’Ined et de l’Insee5 qui comporte un nombre confortable de musulmans et permet ainsi d’apporter des réponses inédites à des questions pour lesquelles l’idéologie, l’acte de foi ou le doigt mouillé ont trop souvent fait office de réponses.


Tout d’abord, qu’en est-il du nombre de musulmans aujourd’hui, alors que les chiffres les plus farfelus continuent de circuler ? Peut-on être plus précis que Claude Guéant qui déclarait en 2011 qu’il y avait entre 5 et 10 millions de musulmans6? On le peut et c’est absolument nécessaire pour ne pas parler dans le vague. Comme on le verra, la France est, et probablement encore pour longtemps, le premier pays de l’UE277 par le nombre et la proportion de musulmans, Bulgarie exceptée. Contrairement à une légende qui voudrait faire de l’islam l’une des religions installées de longue date en France, les musulmans d’aujourd’hui sont presque exclusivement le produit de l’immigration récente. Deuxième religion de France par l’arithmétique de ses affiliés déclarés, l’islam n’est pas loin d’être la première au sein des plus fervents. Cette importance tient, on le verra, à ce que j’appelle la désécularisation des populations originaires de pays musulmans, mouvement parfaitement contraire à celui, galopant, de la sécularisation de la société française, dans son ensemble. Nous nous demanderons si ce « retour » vers la religion résulte, comme on le dit et l’écrit souvent, de conditions de vie particulièrement difficiles, auquel cas une politique sociale ambitieuse pourrait espérer en venir à bout, ou si elle touche tous les milieux sociaux, ruinant ainsi les espoirs de commentateurs tellement sécularisés qu’ils ne sont plus en état d’imaginer la religion autrement que comme le refuge des désespérés. Nous verrons comment la visibilité de l’islam a progressé dans les environnements favorisés ou non et comment, dans une société sécularisée, il peut compter sur une transmission qui s’est considérablement améliorée au fil des générations de même qu’une endogamie très stricte. Les musulmans s’assurent ainsi d’être en état d’échapper aux effets dissolvants d’une sécularisation menaçante, améliorant leur potentiel démographique bénéficiant déjà d’une fécondité supérieure à la moyenne française, d’une plus grande jeunesse et d’une immigration qui devrait se poursuivre. La France le souhaiterait-elle qu’elle n’a guère les moyens de couper les vannes de l’immigration, encore moins de l’immigration venant spécifiquement de pays musulmans, ce qui serait jugé discriminatoire, la politique migratoire étant désormais une compétence « partagée » avec l’UE – et les compétences qui lui restent se résument vraiment à la portion congrue.


Le potentiel démographique des musulmans est beaucoup plus considérable que celui des non musulmans, même s’il faut remiser les visions d’apocalypse des inquiets qui ont tendance à avoir la calculette un peu facile. Le plus grand danger qui guette la France n’est pas une submersion démographique, même à long terme, mais une certaine complaisance et un manque de volonté à défendre ses valeurs et ses modes de vie. Par ailleurs, une présence musulmane importante en France, et plus largement en Europe, expose notre pays aux tentations radicales qui fleurissent un peu partout dans le monde musulman et représentent, encore pour des décennies sans doute, un véritable danger, surtout si elles ne sont pas traitées avec vigilance ou font l’objet d’un relativisme complaisant. On lira dans l’épilogue en fin d’ouvrage le parcours d’un islamiste militant britannique – Maajid Nawaz – qui en est revenu et qui raconte la facilité avec laquelle la gauche britannique a été bernée – c’est transposable en France – dans le combat mené par l’islam politique.


Tout indique donc que l’islam ne sera pas facile à absorber. L’assimilation en question, tel sera l’objet de la troisième partie de cet ouvrage. Les difficultés posées par l’islam ne sont pas seules en cause. L’assimilation sera d’autant plus difficile qu’elle est contrariée par une évolution des mentalités des élites françaises, mais plus largement européennes, vers une grande intransigeance à l’égard des « autochtones » qui contraste vivement avec une tolérance à tout dès que l’Autre entre dans le champ de vision. C’est le produit d’une Europe taraudée par sa mauvaise conscience et d’élites transformées en « gardiens du temple » craignant toujours le pire et donnant tort a priori aux descendants d’Européens dont elles se souviennent qu’ils ont été justement capables du pire. Des élites qui imposent ainsi un ascendant moral qui sied à leur ego. Les gardiens du temple sont souvent à gauche, une gauche qui a abandonné les catégories populaires pour coller à un électorat qu’elle juge plus ouvert et plus moderne, mais qui est aussi plus composite. La défense des minorités fait partie de son nouvel agenda. Elle fait aussi partie de l’agenda d’une UE qui cherche à acclimater les peuples européens aux changements de peuplement jugés inéluctables. Les États de l’Union ont choisi collectivement un modèle d’intégration qui revient à accommoder la diversité et dont la finalité est d’ordre moral : favoriser la tolérance et le respect.


Tout ceci ne constitue pas un cadre très propice à la poursuite du modèle français d’assimilation. Si la mode est à la préservation des différences et de la diversité – conception écologique de la société – les croyants ne sont pas les pratiquants et ce sont les classes populaires qui héritent de la mise en œuvre. Ces dernières, acquises comme la plupart des Français à l’idée selon laquelle ce sont elles qui doivent servir de référent culturel8, jettent l’éponge et se mettent à l’abri. Les attentions manifestées par les pouvoir publics à l’égard des « quartiers populaires », expression désignant désormais exclusivement la banlieue que les classes populaires « autochtones » évitent soigneusement, ne peuvent que susciter du ressentiment chez ces dernières, alors même que l’État s’est désengagé des zones faiblement urbanisées où elles ont trouvé refuge. Elles ne semblent pas très séduites par la perspective d’avoir à entrer dans un dialogue des cultures qui a toutes les chances d’être épuisant et dont l’issue est incertaine. Désavouées par les élites, anxieuses d’échapper à la banlieue et incapables de se payer le luxe de la frontière dans les grandes métropoles, elles font sécession et habitent, lorsqu’elles le peuvent, là où elles sont en mesure de protéger leur mode de vie.


Désormais, l’assimilation, l’intégration, le multiculturalisme, la diversité, l’interculturalisme ou tout ce qu’on voudra bien inventer… ce sera sans elles. Or, sans les classes populaires, non seulement l’assimilation est impraticable, mais les autres options ne s’annoncent pas très bien non plus. Comment encourager le dialogue interculturel si l’on ne se côtoie plus ? Certes, l’UE incite les États européens à favoriser ce dialogue afin que les Européens se familiarisent avec les autres cultures. Imagine-t-on organiser des charters conduisant les habitants de, disons, Courtenay dans le Loiret, à Clichy-sous-Bois en Seine-Saint-Denis afin qu’ils s’instruisent sur les cultures des autres, s’ouvrent à la différence et apprécient la diversité ?
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MessagePosté le: Mer 25 Juil 2018 - 10:19    Sujet du message: Publicité

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