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Mythes racines universels

 
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Marine
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MessagePosté le: Dim 15 Fév 2015 - 11:11    Sujet du message: Mythes racines universels Répondre en citant

Depuis des temps lointains existe le fort désir de définir le mythe, la légende et la fable, de séparer la description véridique du conte et du récit peu probable. Un grand travail a été réalisé pour démontrer que les mythes sont l’habillement symbolique de vérités fondamentales ou bien des transpositions de forces cosmiques à des êtres doués d’intention. On a dit qu’il s’agissait de transformismes dans lesquels des personnages vaguement historiques s’élèvent au rang de héros ou de dieux. On a théorisé pour montrer les réalités objectives qui sont sous-jacentes à la déformation de la raison. On a fait des recherches pour découvrir dans ces projections le conflit psychologique profond. Et ainsi, cette énorme tâche s’est révélée utile car elle nous a aidé à comprendre, presque en laboratoire, comment les mythes nouveaux luttent avec les anciens pour gagner leur espace. Dans le domaine scientifique lui-même, nous pouvons observer ce phénomène : lorsque les théories se détachent du domaine qui leur est propre et se mettent à voler de leurs propres ailes sans démonstration, c’est parce qu’elles se sont installées en tant que croyance sociale et ont acquis la force plastique de l’image, si importante en tant que référence et tellement décisive dans l’orientation des conduites. Et dans cette nouvelle image qui surgit, nous pouvons reconnaître les avatars d’anciens mythes rajeunis par la modification du paysage social, modification qui exige des réponses adaptées à l’époque.
Le système de tensions vitales auquel est soumis un peuple se traduit en images, mais cela ne suffit pas pour tout expliquer, à moins de l’envisager en termes grossiers de défi et réponse. On doit comprendre que, dans toute culture, groupe, ou individu, il existe une mémoire, une accumulation historique à partir de laquelle on interprète le monde dans lequel on vit. Selon nous, cette interprétation est ce qui configure le paysage. Perçu comme externe, celui-ci est teinté par les tensions vitales qui surviennent dans ce moment historique ou qui sont arrivées il y a longtemps, et qui font partie, de façon résiduelle, du schéma interpératif de la réalité présente. Quand nous découvrons les tensions historiques fondamentales d’un peuple, nous nous approchons de la compréhension de ses idéaux, de ses appréhensions et de ses espérances ; ce ne sont pas de froides idées dans son horizon mais des images dynamiques qui entraînent des conduites dans une direction ou une autre. Et bien évidemment, certaines idées seront acceptées plus facilement que d’autres dans la mesure où elles sont en relation plus étroite avec le paysage en question. Ces idées seront vécues avec toute la saveur de l’engagement et de la vérité propres à l’amour et à la haine, parce que leur registre interne est indubitable pour celui qui les expérimente, même si ce n’est pas objectivement justifié. Pour donner des exemples : Les peurs de certains peuples se sont traduites en images d’un futur mythique dans lequel tout s’écroulera. Les dieux, les cieux, l’arc-en-ciel et toute construction tomberont ; l’air deviendra irrespirable et les eaux empoisonnées ; le grand arbre du monde responsable de l’équilibre universel mourra, et avec lui, les animaux et les êtres humains. Dans les moments critiques, ces peuples ont traduit leurs tensions au moyen d’inquiétantes images de contamination et de dévastation. Mais c’est cela même qui, dans leurs meilleurs moments, leur a donné l’impulsion pour “construire” avec solidité dans de nombreux domaines. D’autres peuples se sont formés dans le registre douloureux de l’exclusion et de l’abandon de paradis perdus, mais cela les a poussés aussi à améliorer et à connaître inlassablement pour atteindre le centre du savoir. Certains peuples semblent marqués par la culpabilité d’avoir tué leurs dieux, et d’autres se sentent affectés par une vision changeante et à plusieurs facettes, mais cela a mené certains à se racheter par l’action et d’autres à la recherche réflexive d’une vérité permanente et transcendante. Ici, notre désir n’est pas de transmettre des stéréotypes, ces observations fragmentaires n’expliquant pas l’extraordinaire richesse du comportement humain. Nous voulons plutôt amplifier la vision que nous avons habituellement des mythes et de la fonction psychosociale qu’ils accomplissent.
Aujourd’hui, les cultures séparées sont en train de disparaître et, par conséquent, leurs patrimoines mythiques également. On observe des modifications profondes chez les membres de toutes les communautés de la terre qui reçoivent non seulement l’impact de l’information et de la technologie mais également celui des us, des coutumes, des valorisations, des images et des conduites, leur point d’origine important peu. De cette mutation, on ne peut soustraire les angoisses, les espérances et les propositions de solution qui, en s’exprimant dans des théories ou des formulations plus ou moins scientifiques, portent en leur sein des mythes antiques et inconnus du citoyen du monde actuel.
Dans cette approche des grands mythes, nous avons revalorisé les peuples depuis la perspective d’une compréhension de leurs croyances fondamentales. Dans cette étude, nous n’avons pas touché aux beaux contes et légendes qui décrivent les exploits des demi-dieux et des mortels extraordinaires. Nous avons circonscrit ce travail aux mythes dont le noyau est occupé par les dieux, même si dans cette trame l’humanité joue un rôle important. Dans la mesure du possible, nous n’avons pas mélangé les questions de culte, considérant que l’on a cessé de confondre la religion pratique quotidienne et les images plastiques de la mythologie poétique. Par ailleurs, nous avons essayé de prendre comme référence de nos adaptations les textes originaux de chaque mythologie, prétention qui nous a valu de nombreux problèmes. Ainsi, à titre d’exemple, la richesse mythologique des civilisations crétoise et mycénienne a été rassemblée en un seul chapitre générique “Mythes gréco-romains”, parce que, dans ce cas précis, nous ne disposons pas des textes originaux de ces cultures. Il nous est arrivé la même chose avec les mythes africains, océaniques et, dans une certaine mesure, américains. De toutes façons, les progrès réalisés par les anthropologues et les spécialistes en mythes comparés nous font songer à un futur travail qui se baserait sur leurs découvertes.
Le titre de ce livre Mythes racines universels exige quelques précisions. Nous avons considéré comme “racine” tout mythe qui, passant de peuple en peuple, a conservé une certaine durabilité dans son argument central, même si des modifications se sont produites au fil du temps dans le nom des personnages considérés, dans leurs attributs et dans le paysage dans lequel se déroule l’action. L’argument central, celui que nous désignons par “noyau d’idéation”, subit également des changements, mais à une vitesse relativement plus lente que celle des éléments que nous pouvons considérer comme accessoires. De cette façon, ne tenant pas compte de la variation du système secondaire de représentation, nous n’avons pas non plus accordé une importance décisive à situer le moment précis dans lequel le mythe a surgi. Une autre prétention ne saurait être soutenue car l’origine d’un mythe ne peut être rattachée à un moment précis. En tous cas, ce sont les documents et les différents vestiges historiques qui rendent compte de l’existence du mythe, entrant ainsi dans le cadre d’une datation plus ou moins précise. D’autre part, la construction du mythe ne semble pas relever d’un seul auteur, mais de générations successives d’auteurs et de commentateurs qui vont s’appuyer sur un matériel en lui-même instable et dynamique. Les découvertes auxquelles sont actuellement parvenues l’archéologie, l’anthropologie et la philologie, agissant comme auxiliaires de la mythologie comparée, nous montrent que certains mythes, que nous considérions comme originaires d’une culture, appartiennent en fait à des cultures antérieures ou à des cultures contemporaines qui en ont subi l’influence. Selon ce que nous venons de commenter, nous n’avons pas trouvé d’intérêt particulier à placer les mythes par ordre chronologique, mais plutôt selon l’importance qu’ils semblent avoir acquis dans une culture déterminée, même si celle-ci est postérieure à une autre culture dans laquelle le même noyau d’idéation était déjà en train d’agir.
Par ailleurs, il est clair que la présente étude ne prétend être ni un recueil, ni une comparaison, ni une classification basée sur des catégories pré-déterminées, mais une mise en évidence de noyaux d’idéation qui perdurent et agissent sous différentes latitudes et dans des moments historiques différents. À ceci, on peut objecter que la transformation des contextes culturels fait également varier les expressions et les significations qui existent en leur sein. Mais c’est précisément pour cela que nous avons pris des mythes qui ont acquis une importance majeure dans une culture et à un moment donné, même s’ils ont existé en d’autres occasions, sans remplir pour autant de fonction psychosociale importante.
Quant à certains mythes apparus en des lieux apparemment déconnectés, qui gardent entre eux d’importantes similitudes, il faudra entièrement réviser si une telle déconnexion historique a vraiment eu lieu. Dans ce domaine, les progrès sont très rapides et aujourd’hui personne ne pourrait plus affirmer, par exemple, que les cultures d’Amérique sont totalement étrangères à celles d’Asie. On pourra dire que lorsque les migrations eurent lieu par le détroit de Béring, il y a plus de 20 000 ans, les peuples d’Asie ne possédaient pas de mythes développés ; ceux-ci prendront leur propre caractère seulement lorsque les tribus se seront sédentarisées. En tous cas, la situation pré-mythique fut semblable chez les peuples que nous avons mentionnés, et c’est là que se trouvent peut-être les lignes directrices qui, même si elles se sont développées de façon disparate dans leurs diverses situations culturelles, ont maintenu certains modèles communs. Quoi qu’il en soit, cette discussion n’est pas close et il serait prématuré d’adhérer à une quelconque hypothèse parmi celles aujourd’hui en lutte. En ce qui nous concerne, l’originalité du mythe importe peu, mais, comme nous l’avons dit plus haut, ce qui compte, c’est l’importance qu’il a dans une culture déterminée.

Silo
Mendoza (Argentine) 17/12/90
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(05/03/15)
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MessagePosté le: Dim 15 Fév 2015 - 11:11    Sujet du message: Publicité

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Marine
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MessagePosté le: Dim 15 Fév 2015 - 11:13    Sujet du message: Mythes racines universels Répondre en citant

I - Mythes suméro-akkadiens*

Gilgamesh
(Poème du Seigneur de Kullab)
Gilgamesh et la création de son double (1)
Celui qui sut tout et saisit le fond des choses, celui qui vit et enseigna tout, celui qui connut les pays du monde, ce fut le glorieux Gilgamesh. C’est lui qui construisit les murs d’Uruk, qui entreprit un long voyage et qui sut tout ce qui arriva avant le Déluge. En rentrant chez lui, il grava toutes ses prouesses sur une stèle.
Car les grands dieux le créèrent, deux tiers divin et un tiers humain. Après qu’il eût lutté contre tous les pays, il revint à Uruk, sa patrie. Mais les hommes murmurèrent avec haine contre lui car Gilgamesh avait pris le meilleur de la jeunesse pour ses exploits et gouvernait d’une main de fer. C’est pour cela que les gens en vinrent à se plaindre auprès des dieux, et les dieux auprès d’Anu. Anu fit remonter la réclamation jusqu’à Aruru et dit ces paroles : « Oh, Aruru, toi qui créas l’humanité, crée maintenant un homme qui ressemble à Gilgamesh, crée une copie de Gilgamesh pour que tous deux s’affrontent lors de leur rencontre et que personne ne dérange notre ville. » La déesse Aruru se concentra sur elle-même, humidifia ses mains et prenant un bloc d’argile, le modela et donna forme au vaillant Enkidu. Le héros naquit avec un corps velu, au poil épais comme l’orge des champs(2). Il ne connaissait ni homme, ni contrée, et son intelligence demeurait fermée. Comme un animal sauvage, il se nourrissait d’herbes et s’abreuvait aux sources d’eau avec le bétail.
Un jour, un chasseur rencontra Enkidu et la peur contracta son visage. Il se dirigea vers son père et lui conta qu’il avait vu les prouesses de cet homme sauvage. Le vieillard envoya alors son fils à Uruk pour demander l’aide de Gilgamesh.
Quand Gilgamesh eut entendu l’histoire de la bouche du chasseur, il lui recommanda de prendre une belle servante du temple, une fille de joie, de l’emmener avec lui et de la mettre à portée de l’intrus. « Ainsi, quand il verra la jeune fille, il en tombera amoureux et il oubliera ses animaux, et ses animaux ne le reconnaîtront pas. » Après que le roi eût parlé, le chasseur procéda selon les indications données, arrivant après trois jours sur le lieu de la rencontre. Quelques jours de plus passèrent avant que les animaux n’arrivent à la source pour s’abreuver. Derrière eux apparut l’intrus qui vit la servante assise. Mais quand celle-ci se leva et se dirigea vivement vers lui, Enkidu fut captivé par sa beauté. Il resta avec elle sept jours jusqu’à ce qu’il décide de retourner près de ses bêtes, mais les gazelles et le troupeau du désert s’éloignèrent de lui. Enkidu ne put courir mais son intelligence s’ouvrit et il commença à penser et à sentir comme un homme. Il revint s’asseoir à côté de la femme et celle-ci lui dit : « Pourquoi vis-tu avec le bétail comme un sauvage? Viens, je te guiderai à Uruk, le sanctuaire d’Anu et de la déesse Ishtar jusqu’à Gilgamesh que personne n’a jamais vaincu. » Cela plut à Enkidu car son cœur cherchait un rival et un ami, et c’est pour cela qu’il laissa la jeune fille le guider jusqu’aux pâturages fertiles où se trouvaient les étables et les bergers. Il tétait le lait des animaux et ne connaissait ni le pain, ni le vin, jusqu’à ce que la jeune fille les lui fit goûter. L’esclave sacrée le massa avec des huiles, un barbier tondit le duvet de son corps et, vêtu comme un jeune roi, il prit sa lance pour lutter contre les bêtes sauvages. Ainsi, il libéra les bergers et leur permit de dormir sans crainte. Alors un émissaire arriva jusqu’à Enkidu et lui demanda son aide pour en finir avec les injustices de Gilgamesh, roi d’Uruk. Enkidu rendu furieux, promit de changer l’ordre des choses.
Gilgamesh avait vu le sauvage en songe, et il avait compris qu’ils allaient s’entendre au combat ; aussi, lorsque son opposant croisa sa route, il s’élança avec la force du taureau sauvage. Les gens se rassemblèrent pour contempler la lutte féroce et célébrer la ressemblance d’Enkidu avec le roi. Devant la maison de l’Assemblée, ils luttèrent, réduisirent les portes en miettes et démolirent les murailles, et quand le roi parvint à jeter Enkidu au sol, celui-ci s’apaisa, louant Gilgamesh. Alors tous deux s’étreignirent, scellant leur amitié.
La forêt des cèdres
Gilgamesh fit un rêve et Enkidu dit : « Voilà la signification de ton rêve : ton destin est celui d’un roi, non d’un immortel. En conséquence, sois juste avec ceux qui te servent, sois juste aux yeux du dieu Shamash. Utilise ton pouvoir pour libérer, et non pour opprimer. » Gilgamesh médita alors sur sa vie et découvrit qu’il n’avait pas accompli son destin ; voilà pourquoi il dit à Enkidu : « Je dois me rendre au Pays de la Vie, là où poussent les cèdres, et je dois écrire mon nom sur une stèle, là où sont écrits les noms de ceux qui méritent la gloire. »
Enkidu s’attrista car lui, en tant que fils de la montagne, connaissait les chemins qui menaient à la forêt de cèdres. Il pensa : « De n’importe quelle entrée de la forêt, il y a dix mille lieues jusqu’à son centre. Au cœur de la forêt vit Jumbaba (dont le nom signifie “énormité”). C’est lui qui souffle le vent de feu et son cri est la tempête. »
Mais déjà Gilgamesh avait décidé d’aller dans la forêt pour en finir avec le mal du monde, le mal de Jumbaba. Et résolu comme il l’était, Enkidu se prépara à le guider, non sans lui avoir auparavant expliqué les dangers. « Un grand guerrier qui ne dort jamais, dit-il, garde les entrées. Seuls les dieux sont immortels et l’homme ne peut atteindre l’immortalité ; il ne peut lutter contre Jumbaba. »
Gilgamesh s’en remit à Shamash, au dieu-soleil. Il lui demanda son aide dans cette entreprise. Et Gilgamesh se souvint des corps des hommes qu’il avait vu flotter dans la rivière, en regardant du haut des murailles d’Uruk. Les corps des ennemis et des amis, de gens connus et inconnus. Alors il pressentit sa propre fin et, emmenant deux chèvres au temple, l’une blanche sans tache et l’autre marron, il dit à Shamash : « L’homme meurt sans espoir et je dois accomplir ma mission. Un long chemin mène jusqu’au domaine fermé de Jumbaba. Si cette entreprise ne peut être menée à terme, pourquoi ô Shamash, as-tu rempli mon cœur avec l’espoir de pouvoir la réaliser ? » Et Shamash, compatissant, accepta les offrandes et les larmes de Gilgamesh et célébra avec lui un pacte solennel.
Gilgamesh et Enkidu donnèrent alors des ordres aux artisans afin qu’ils forgent leurs armes et les maîtres apportèrent les javelots et les épées, les arcs et les haches. Les armes de chacun pesaient dix fois 30 shekels et l’armure 90 de plus. Mais les héros partirent, et en un jour parcoururent 50 lieues. En trois jours, ils parcoururent autant de chemin que les voyageurs en un mois et trois semaines. Avant même d’atteindre la porte de la forêt, ils durent franchir sept montagnes. Une fois le chemin parcouru, c’est là qu’ils la découvrirent, de 70 coudées de haut et 42 de large. La porte était si éblouissante qu’ils ne la détruisirent pas du fait de sa beauté. Ce fut Enkidu qui s’y attaqua, la poussant avec ses mains jusqu’à ce qu’elle soit grande ouverte. Ils descendirent ensuite jusqu’au pied de la verte montagne. Immobiles, ils contemplèrent la forêt de cèdres, demeure des dieux. Les arbustes en couvraient le versant. Ils s’extasièrent durant 40 heures, regardant la forêt et parcourant des yeux ce magnifique chemin, celui que Jumbaba empruntait pour parvenir à sa demeure...
À la tombée du jour, Gilgamesh creusa un puits. Répandant de la farine, il demanda des rêves bénéfiques à la montagne. Assis sur ses talons, la tête sur ses genoux, Gilgamesh rêva et Enkidu interpréta les rêves de bon augure. La nuit suivante, Gilgamesh demanda des rêves favorables pour Enkidu, mais les rêves qu’offrit la montagne furent abominables. Après cela, Gilgamesh ne se réveilla pas et Enkidu, après quelques efforts, parvint à le mettre debout. Vêtus de leurs armures, ils chevauchaient la terre comme s’ils portaient des vêtements légers. Ils atteignirent l’immense cèdre. Alors, les mains de Gilgamesh, brandissant la hache, abattirent le cèdre.
Jumbaba sortit de sa demeure et fixa l’œil de la mort sur Gilgamesh. Mais le dieu-soleil, Shamash, dressa contre Jumbaba de terribles ouragans : le cyclone, le tourbillon. Les huit vents impétueux se jetèrent sur Jumbaba de telle sorte que celui-ci ne put ni avancer ni reculer, tandis que Gilgamesh et Enkidu coupaient les cèdres pour pénétrer sur ses domaines. C’est ainsi que Jumbaba finit par se présenter, doux et craintif, devant les héros. Il leur promit les plus grands honneurs et Gilgamesh était prêt à abandonner ses armes, lorsque Enkidu l’interrompit : « Non, ne l’écoute pas ! Non, mon ami, le mal parle par sa bouche ! Il doit mourir de nos mains ! » Grâce à l’avertissement de son ami, Gilgamesh se reprit. Prenant la hache et dégainant son épée, il blessa Jumbaba au cou, tandis que Enkidu en faisait autant, jusqu’à ce que, au troisième coup, Jumbaba s’écroulât, mort. Silencieux et mort. Alors ils lui séparèrent la tête du cou et, à ce moment-là, le chaos se répandit car celui qui gisait sur le sol était le Gardien de la Forêt de Cèdres. Enkidu coupa les arbres de la forêt et arracha les racines jusqu’aux rives de l’Euphrate. Puis, mettant la tête du vaincu dans un suaire, il la montra aux dieux. Quand Enlil, seigneur de la tourmente, vit le corps sans vie de Jumbaba, furieux, il retira aux profanateurs le pouvoir et la gloire qu’ils en avaient tirés et les donna au lion, au barbare, au désert. Alors, les deux amis sortirent de la forêt de cèdres.
Gilgamesh lava son corps et jeta au loin ses vêtements ensanglantés, il ceignit d’autres vêtements sans tache. Quand sur sa tête brilla la couronne royale, la déesse Ishtar posa ses yeux sur lui. Mais Gilgamesh la repoussa parce qu’elle avait perdu tous ses époux et les avait réduits, par le biais de l’amour, à la servitude la plus abjecte. Ainsi Gilgamesh dit :
« Tu es une maison en ruine qui ne protège pas de la tempête, tu es les joyaux des palais pillés par des voleurs, tu es le venin caché dans des mets exquis, tu es une fondation en pierre molle, tu es un sortilège qui vous abandonne au danger, tu es une sandale qui fait trébucher dans la course. »
Le Taureau Céleste, la mort d’Enkidu et la descente aux enfers
Furieuse, la princesse Ishtar s’adressa à son père Anu et menaça de rompre les portes de l’enfer pour en faire sortir une armée de morts, plus nombreuse que celle des vivants. Ainsi elle vociféra : « Si tu ne lances pas le Taureau Céleste sur Gilgamesh, c’est moi qui le ferai » Anu le lui accorda en échange de la fertilité des champs pendant sept ans. Et immédiatement, il créa le Taureau Céleste qui arriva sur terre. Dès le premier assaut, la bête tua 300 hommes. Au cours du second, d’autres centaines tombèrent. Au troisième, elle chargea Enkidu, mais celui-ci la retint par les cornes et, sautant par-dessus la bête, il la fit tomber. Alors que la bête crachait une écume de sang, Enkidu s’accrochait à elle ; mais sur le point de défaillir à cause de l’effort, il réussit à crier : « Gilgamesh, nous avons promis aux dieux que nos noms perdureraient, enfonce ton épée dans le corps de notre ennemi ! » Et Gilgamesh planta son épée acérée entre la nuque et les cornes du Taureau Céleste et le tua. Immédiatement après, les amis lui ôtèrent le cœur encore palpitant et l’offrirent à Shamash. Mais la déesse Ishtar escalada la muraille la plus haute d’Uruk et de là, proféra une malédiction sur Gilgamesh. Lorsque Enkidu eut entendu la malédiction de la princesse, il ne put contrôler sa fureur et il scella son destin en arrachant les parties génitales du Taureau Céleste, les jetant au divin visage d’Ishtar.
Quand arriva le jour, Enkidu eut un rêve. Dans ce rêve, les dieux étaient réunis en conseil. Anu, Enlil, Shamash et Ea. Ils discutèrent à propos de la mort de Jumbaba et du Taureau Céleste et décrétèrent que des deux amis, Enkidu devait mourir. Après ce rêve, il se réveilla et raconta ce qu’il avait vu. Il recommença à rêver et voilà ce qu’il relata :
Les instruments musicaux de Gilgamesh tombèrent dans un vaste espace. Gilgamesh les chercha, mais en vain, car il ne put atteindre les profondeurs dans lesquelles ils se trouvaient. De ses mains, il chercha la harpe et la flûte et avec ses pieds, il essaya de les toucher. Assis devant l’espace qui communique avec les mondes souterrains, Gilgamesh pleura amèrement, suppliant que quelqu’un lui ramène ses instruments des profondeurs des enfers. Alors Enkidu lui dit : « Je descendrai chercher ta flûte. » Immédiatement, le fossé qui menait aux enfers s’ouvrit et Enkidu y descendit. Passa un temps ; Gilgamesh supplia avec tristesse : « Que Enkidu puisse revenir et qu’il parle avec moi ! » Tel un souffle, l’esprit d’Enkidu sortit des profondeurs et les deux frères parlèrent : « Toi qui connais le monde souterrain, dis-moi si tu as vu ceux qui sont tombés en plein combat et ceux qui moururent abandonnés sur les champs de bataille. » « Celui qui est mort dans la bataille est soutenu par ses parents mais celui dont le cadavre fut abandonné au champ ne connaît pas le repos dans les enfers. J’ai vu aussi celui qui erre sans que personne ne rende un culte à son esprit ; il maraude, toujours inquiet et s’alimente des restes laissés par les gens. » Les deux frères restèrent silencieux. (3)
Enkidu tomba malade et mourut. Gilgamesh dit alors :
« Souffrir. La vie n’a pas d’autre sens que de mourir ! Vais-je mourir comme Enkidu ? Je dois aller à la recherche de Utnapishtim que l’on appelle “Le Lointain”, pour qu’il m’explique comment il est parvenu à l’immortalité. En premier lieu, je porterai le deuil, ensuite je revêtirai la peau du lion et, invoquant Sin, je me mettrai en route. »
Gilgamesh avait parcouru tous les chemins jusqu’à parvenir aux montagnes, aux portes même du Soleil. Là, il s’arrêta face aux hommes-scorpions, les terribles gardiens des portes du Soleil. Il demanda après Utnapishtim : « Je désire l’interroger sur la mort et sur la vie. » Alors les hommes-scorpions tentèrent de le dissuader d’une telle entreprise. « Pas un de ceux qui entrent dans la montagne ne voit la lumière », dirent-ils. Mais Gilgamesh demanda qu’ils ouvrent la porte de la montagne et finalement, ainsi fut fait. Parcourant la profonde obscurité des heures et des heures durant, il vit au loin une clarté et en arrivant à elle, il sortit face au Soleil. Aveuglé par la luminosité, il parvint à voir un immense jardin. Il parcourut les chemins qu’empruntent les dieux jusqu’à trouver un arbre dont les branches étaient de lapis-lazuli. À ces branches pendait le fruit du rubis.
Vêtu de la peau du lion et mangeant de la viande d’animaux, Gilgamesh erra dans le jardin sans savoir dans quelle direction aller. Quand Shamash le vit, il s’apitoya et lui dit : « Quand les dieux engendrèrent l’homme, ils se réservèrent pour eux-mêmes l’immortalité. La vie que tu cherches, jamais tu ne la trouveras. »
Mais Gilgamesh continua son chemin et arriva à la plage où il trouva le batelier du Lointain. Une fois en mer, ils aperçurent la terre. Utnapishtim qui les vit arriver, demanda des explications à celui qui accompagnait son batelier. Gilgamesh lui dit son nom et expliqua le sens de sa traversée.
Le déluge universel
Et Utnapishtim lui dit : « Je vais te révéler un grand secret. Il y avait jadis une cité antique nommée Surupak, sur les rives de l’Euphrate. Elle était riche et souveraine. Là-bas, tout se multipliait, les biens comme les êtres humains croissaient en abondance. Mais Enlil, gêné par leur vacarme, dit aux dieux qu’il ne lui était plus possible de trouver le sommeil et il les exhorta à mettre fin à l’excès en déchaînant le déluge. Alors, dans un rêve, Ea me révéla le dessein d’Enlil. « Abats ta maison et sauve ta vie, construis une barque aussi longue que large qui devra être couverte. Ensuite, tu emporteras sur la barque la semence de tout être vivant. Si on te pose des questions sur ton travail, tu diras que tu as décidé d’aller vivre dans le golfe. » Mes petits amenèrent le bitume et les grands firent tout ce qui était nécessaire. Je couvris la barque et sous le plancher, je construisis sept coursives, chacune divisée en neuf enceintes.À la fin, je fis glisser la lourde construction sur de gros troncs jusqu’à ce qu’elle ait touché l’eau et qu’elle soit immergée aux deux tiers. Le septième jour, la barque était achevée et chargée avec tout le nécessaire. Je chargeai dans la barque ma famille, des parents et des artisans, et je fis monter ensuite les animaux domestiques et sauvages. Quand l’heure arriva, ce soir-là, Enlil envoya le Cavalier de la Tourmente. J’entrai dans la barque et je la fermai avec du bitume et de l’asphalte et comme tout était prêt, je donnai la barre au batelier Puzur-Amurri. Nergal ouvrit les vannes des eaux inférieures et les dieux dévastèrent les champs et les montagnes. Les juges de l’enfer, les Anunnaki, lancèrent leurs torches et il fit nuit en plein jour. Jour après jour, la tempête redoublait et semblait s’alimenter elle-même. Au septième jour, le déluge s’arrêta et la mer devint calme. J’ouvris les écoutilles et le soleil brilla pleinement. En vain, je scrutai l’horizon, tout était mer. Je pleurai pour les hommes et les êtres vivants transformés de nouveau en boue. Finalement, la barque s’arrêta au sommet du mont Nisir. Je lâchai une colombe et une hirondelle qui revinrent car elles ne pouvaient se poser sur aucune terre. Après plusieurs jours, je libérai un corbeau qui s’éloigna en croassant et ne revint pas. Par la suite, les dieux se réunirent en conseil et reprochèrent à Enlil le châtiment si dur qu’il avait infligé aux créatures. C’est ainsi que Enlil vint à la barque et nous faisant agenouiller, ma femme et moi, il toucha nos fronts en disant : « Tu étais mortel mais à présent, toi et ta femme, vous vivrez pour toujours dans l’embou­chure des rivières et tu seras connu comme Le Lointain. » Quant à toi Gilgamesh, pourquoi les dieux devraient-ils t’accor­der l’immortalité ? »
Le retour
Utnapishtim soumit Gilgamesh à une épreuve. Celui-ci devait essayer de ne pas dormir pendant six jours et sept nuits. Mais dès que le héros s’assit sur ses talons, un sommeil cotonneux s’abattit sur lui. « Regarde-le, regarde-le celui qui cherche l’immortalité », dit ainsi Le Lointain à sa femme. En se réveillant, Gilgamesh se plaignit amèrement de l’échec : « Où irai-je? La mort est sur tous mes chemins. » Utnapishtim, contrarié, ordonna au batelier de ramener l’homme mais, non sans pitié pour lui, il décréta que ses vêtements ne vieilliraient jamais ; ainsi, de retour dans sa patrie, il aurait une apparence splendide aux yeux des mortels. En prenant congé, Le Lointain lui murmura : « Il y a, au fond des eaux, une plante dont la feuille épineuse peut déchirer tes mains, mais si tu t’empares d’elle et que tu arrives à la conserver, tu pourras être immortel. »
Gilgamesh entra dans les eaux, attachant à ses pieds de lourdes pierres. Il s’empara de la plante et entreprit le chemin du retour, se disant à lui-même : « Avec elle, j’alimenterai mon peuple et je pourrai également récupérer ma jeunesse. » Ensuite, il chemina pendant des heures et des heures dans l’obscurité de la montagne jusqu’à franchir la porte du monde. Après ces travaux, il vit une fontaine et s’y baigna, mais un serpent, sorti des profondeurs, lui arracha la plante et plongea hors de portée de Gilgamesh. (4)
Ainsi revint le mortel, les mains vides, le cœur vide. Ainsi il revint à Uruk, aux bonnes murailles. Ainsi s’accomplit le mandat des dieux. Avec le pain, nous rendons hommage au gardien de la porte ; avec le pain, nous nous adressons au dieu-serpent, Seigneur de l’Arbre de la Vie. Avec le pain, nous remercions Dumuzi, le berger qui rend la terre fertile ! (5)
Celui qui sut tout, celui qui saisit le fond des choses, celui qui vit tout, celui qui enseigna tout, celui qui connut les pays du monde, ce fut le glorieux Gilgamesh. C’est lui qui construisit les murs d’Uruk, qui entreprit un long voyage et qui sut tout ce qui arriva avant le Déluge. En rentrant chez lui, il grava toutes ses prouesses sur une stèle.
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MessagePosté le: Dim 15 Fév 2015 - 11:13    Sujet du message: Mythes racines universels Répondre en citant

II - Mythes assyro-babyloniens

Enuma Elish
(Poème de la Création)(1)
Le chaos originel
Quand dans les hauteurs, le ciel n’avait pas été nommé et dans les profondeurs, la terre n’avait pas été mentionnée, de l’abîme et de l’impétuosité, les eaux se mélangèrent. Ni les dieux, ni les marécages, ni les jonchères n’existaient. Dans ce chaos furent engendrés deux serpents, qui longtemps grandirent en taille, donnant naissance aux horizons marins et terrestres. Ils séparèrent les espaces et ils devinrent les limites des cieux et de la terre. De ces limites naquirent les grands dieux qui se regroupèrent dans les différentes parties de ce qu’était alors le monde. Ces divinités continuèrent à engendrer, perturbant ainsi les grands formateurs du chaos originel. Alors, l’abyssal Apsu se dirigea vers son épouse Tiamat, mère des eaux océaniques, et lui dit : « La façon de procéder des dieux m’est insupportable, le boucan qu’ils font ne me laisse pas dormir, ils s’agitent de leur propre chef alors que nous n’avons fixé aucune destinée. »
Les dieux et Mardouk
Ainsi parla Apsu à Tiamat, la resplendissante. Ce fut dit de telle manière que Tiamat, rendue furieuse, se mit à crier : « Nous allons détruire ces turbulents, ainsi nous pourrons dormir. » Elle était enragée et elle s’agitait en criant. Ce fut de cette façon que l’un des dieux, Ea, comprenant ce projet destructeur, répandit un enchantement sur les eaux. Laissant ainsi Apsu profondément endormi (tel était son désir), il l’enchaîna. Finalement, il le tua, déchiqueta son corps et sur lui établit sa demeure. C’est là que vécut Ea avec son épouse Damkina jusqu’à ce que Mardouk naquit de cette union.
Le cœur d’Ea s’exalta en voyant la perfection de son fils, achevé par sa double tête divine. La voix de l’enfant brûlait en flammes, tandis que ses quatre yeux et ses quatre oreilles observaient toutes choses. Son corps énorme et ses membres inconcevables étaient baignés d’un éclat extrêmement fort, tandis que les éclairs tourbillonnaient autour de lui.
La guerre des dieux
Tandis que Mardouk grandissait et ordonnait le monde, certains dieux s’approchèrent de Tiamat et lui reprochèrent son manque de courage, en lui disant : « Ils ont tué ton conjoint et toi, tu t’es tue, et maintenant nous non plus, nous ne pouvons pas nous reposer. Tu vas devenir notre force vengeresse, nous marcherons à tes côtés et nous irons au combat. » Ainsi ils grognèrent et s’amassèrent autour de Tiamat jusqu’à ce que celle-ci, cogitant sans cesse, décidât finalement de modeler des armes pour ses dieux. Furieuse, elle créa les monstres-serpents aux crochets venimeux, les monstres-tempêtes, les hommes-scorpions, les lions-démons, les centaures et les dragons volants. Tiamat créa 11 monstres invincibles, ensuite, parmi ses dieux, elle désigna Qingu qu’elle éleva au rang de chef de son armée (2). Elle confia à Qingu la direction de ses troupes et de ses armes, et le faisant asseoir à l’assemblée, elle dit :
« J’ai prononcé en ta faveur la conjuration qui te donne le pouvoir de diriger les dieux. Maintenant, tu es mon époux et les Annunaki doivent exalter ton nom. Je te donne maintenant les tablettes du Destin et je les fixe à ton cou. Rien ne changera dans ce commandement et ta parole fera autorité (3) ! »
Mais Ea, ayant eu de nouveau connaissance de ces desseins pervers, chercha de l’aide auprès d’autres dieux et proclama :
« Tiamat, notre génitrice, nous abhorre. Elle a dressé autour d’elle et contre nous les terribles Anunnaki. Elle a opposé la moitié des dieux contre l’autre moitié. Comment pourrons-nous la faire renoncer ? Je demande que les Igigi se réunissent en conseil et trouvent une solution. »
Et c’est ainsi que les nombreuses générations d’Igigi se réunirent, mais personne ne put résoudre le problème. Avec le temps, ni les émissaires, ni les vaillants ne purent changer les desseins de Tiamat. Le vieux Anshar se dressa et réclama Mardouk. Alors Ea se rendit auprès de son fils et le pria de prêter son aide aux dieux. Mais Mardouk lui répliqua qu’il devait, dans ce cas, être élevé au rang de chef. Ainsi parla Mardouk et il se rendit au conseil.
Les dieux gonflèrent leur corps avec une douce liqueur et le pain cérémoniel. Exaltés, ils acclamèrent Mardouk, le nommèrent leur vengeur et fixèrent son destin. Ils érigèrent un trône, le firent asseoir au milieu des rites et des exhortations et le firent présider. Ils placèrent un vêtement devant lui et lui dirent : « Ta parole sera suprême pour créer ou détruire, ouvre la bouche et tout s’accomplira. » Mardouk parla et le vêtement disparut en fumée sous les yeux de tous. De nouveau, il prononça quelques paroles et le vêtement réapparut, resplendissant. Quand les dieux constatèrent son pouvoir, ils dirent: « Tu es le roi ! Prends le sceptre et le palu ; prends l’arme sans rivale et avec elle, détruis nos ennemis. Empare-toi du sang de Tiamat et fais qu’il se répande dans des lieux cachés. »(4)
Le Seigneur fit un arc et le pendit à son côté avec son carquois. Il fit un filet pour attraper Tiamat. Il leva la massue et mit l’éclair sur son front, tandis que son corps s’emplissait de feu. Ensuite, il retint les vents pour que rien de Tiamat ne puisse s’échapper, mais il créa les ouragans et fit surgir la tourmente diluvienne, tout en montant lui-même sur le char-tempête. Il attela le quadrige aux noms terrifiants et il fila, telle la foudre, vers Tiamat. Celle-ci tenait entre ses mains une plante qui expulsait du venin, mais le Seigneur s’approcha pour scruter son intérieur et percevoir les intentions des Anunnaki et de Qingu.(5)
« Es-tu si important pour t’élever au-dessus de moi comme dieu suprême ? » mugit Tiamat, enragée.
« Tu t’es fortement exaltée et tu as élevé Qingu à un pouvoir illégitime. Tu hais tes enfants et tu leur procures le mal. Maintenant, en garde, et affrontons-nous en combat ! » répondit Mardouk, tandis que les dieux affûtaient leurs armes.
Tiamat conjura, récita ses formules et les dieux entrèrent en lutte. Alors le Seigneur lança son filet et la terrible Tiamat ouvrit son énorme bouche. À ce moment-là, Mardouk lâcha les ouragans qui pénétrèrent en elle et il lança la flèche qui lui transperça le ventre. Ensuite, il lui arracha ses obscures entrailles jusqu’à la laisser sans vie. L’horrible armée se dispersa et, en pleine confusion, les armes aiguisées furent brisées. Enserrés dans le filet, les prisonniers furent jetés dans les prisons des espaces souterrains. L’arrogant Qingu fut dépouillé des tablettes du Destin qui ne lui appartenaient pas et fut aussi incarcéré avec les Anunnaki. Ainsi, les 11 créatures que Tiamat avait créées, furent transformées en statues pour que jamais ne soit oublié le triomphe de Mardouk.
La création du monde
Après avoir renforcé la prison de ses ennemis, scellé et fixé les tablettes du Destin à sa poitrine, le Seigneur revint sur le corps de Tiamat. Impitoyablement, il lui écrasa le crâne avec la massue, il sépara les conduits de son sang que l’ouragan emporta vers des endroits secrets et, voyant la chair monstrueuse, il conçut des idées artistiques. C’est ainsi qu’il coupa le cadavre dans le sens de la longueur, comme s’il était un poisson, soulevant une des parties jusqu’au sommet du ciel. Là, il l’enferma et il plaça un gardien pour qu’il interdise la sortie des eaux. Ensuite, traversant les espaces, il inspecta les régions et, mesurant l’abîme, il établit dessus sa demeure. Il créa ainsi les cieux et la terre et établit leurs limites. Alors, il construisit des maisons pour les dieux, les illuminant avec les étoiles.
Après avoir créé l’année, il détermina en elle 12 mois au moyen de ses figures(6). Il divisa celles-ci jusqu’à préciser les jours. Sur les côtés, il renforça les verrous à droite et à gauche, plaçant le zénith entre les deux. Il attribua à Shamash(7) la séparation du jour et de la nuit et il plaça la brillante étoile de son arc(8) à la vue de tous. Il chargea Nebiru(9) de la division des deux sections célestes, au nord et au sud. Au milieu de l’obscurité, il s’en remit à Sans Illuminer pour ordonner les jours et les nuits. Le Seigneur s’adressa à lui ainsi :
« Tous les mois, tu prendras ta couronne pleinement. Pendant six jours tu montreras tes cornes, et au septième jour tu seras une demi-couronne. Au 14ème jour, quand Shamash te rejoindra à l’horizon, tu diminueras ta couronne et tu feras décroître sa lumière. Ainsi tu évolueras, t’approchant et t’éloignant du soleil, mais au 29ème jour, tu te mettras de nouveau en opposition avec lui. » (10)
Ensuite, se tournant vers Tiamat, il prit sa salive et forma les nuages. Avec sa tête, il produisit les collines et de ses yeux, il fit couler le Tigre et l’Euphrate. Finalement, avec ses mamelles, il créa les grandes montagnes et il perça des sources pour que les puits donnent de l’eau.
Enfin, Mardouk solidifia le sol et éleva sa luxueuse demeure et son temple, les offrant aux dieux pour qu’ils y logent lorsqu’ils venaient assister aux assemblées dans lesquelles ils devaient fixer les destins du monde. Par conséquent, il nomma ces constructions “Babylone”, ce qui veut dire “la maison des grands dieux”. (11)
La création de l’être humain
Ayant terminé son œuvre, le Seigneur fut exalté par les dieux et, alors, en signe de reconnaissance, il leur dit :
« Tous les dieux seront révérés, mais je les diviserai en deux groupes(12) pour qu’ils règnent sur les régions hautes et les régions basses. Avec mon sang, je pétrirai et formerai l’homme pour qu’il maintienne vivant l’hommage et le culte. Les dieux doivent rester satisfaits. »
Mais Ea, le juste, lui répondit : « Que seulement l’un des frères périsse pour donner son sang à l’humanité. L’assemblée doit décider qui a été le coupable de tous les malheurs(13). »
Mardouk fit amener les Anunnaki captifs et leur demanda, sous serment, qui était le coupable de l’insurrection, en promettant la vie sauve à ceux qui déclareraient la vérité. Alors les dieux accusèrent Qingu. Immédiatement, ils amenèrent le prisonnier, ils l’attachèrent en le récriminant et ils procédèrent à la séparation de son sang avec lequel ils modelèrent l’humanité. Ea fit alors libérer les dieux captifs et il imposa à l’humanité le service et la dévotion envers les dieux. Malgré cela, cette œuvre fut incompréhensible. (14)
Et ainsi, le Seigneur rendit leur liberté aux dieux et les divisa en 300 en haut, et 300 en bas, les constituant gardiens du monde. Reconnaissants, les Anunnaki édifièrent un sanctuaire, élevèrent le sommet de l’Esagila et, après avoir édifié une tour à degrés, ils établirent en elle une nouvelle demeure pour Mardouk. (15)
Quand les grands dieux se réunirent en assemblée, ils louèrent Mardouk et se penchèrent vers la terre, tout en prononçant une conjuration pour mettre la vie de l’humanité en danger. Ils jurèrent par l’eau et l’huile de mettre en péril la vie de l’homme(16). Ils dirent alors : « Les “têtes noires” doivent attendre de nous le salut et bien qu’elles puissent appeler Mardouk de ses 50 noms, c’est lui le Seigneur. » (17)
Et les étoiles brillèrent et tous les êtres créés par les dieux se réjouirent. L’humanité se reconnut aussi dans le Seigneur. Que l’on garde en mémoire tout ce qui est arrivé. Que les fils apprennent cet enseignement de leurs pères. Que les sages scrutent le sens du Chant de Mardouk qui vainquit Tiamat et parvint à régner. (18)



Dernière édition par Marine le Dim 15 Fév 2015 - 11:15; édité 1 fois
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MessagePosté le: Dim 15 Fév 2015 - 11:14    Sujet du message: Mythes racines universels Répondre en citant

III - Mythes égyptiens

Ptah et la création (1)
Il n’y avait qu’une mer infinie, sans vie, et dans le silence absolu. Alors arriva Ptah sous la forme des abîmes et des distances, des solitudes et des forces. C’est pour cela que Ptah voyait et écoutait, sentait et percevait l’existence dans son cœur. Mais ce qu’il percevait, il l’avait auparavant imaginé en son intérieur. Ainsi, il prit la forme d’Atoum et dévorant sa propre semence, il donna naissance au vent et à l’humidité qu’il expulsa de sa bouche, créant Nout, le ciel, et Geb, la terre. Atoum, le non-existant, fut une manifestation de Ptah. Ainsi, les neuf formes fondamentales et l’univers avec tous les êtres que Ptah avait conçus en son intérieur étaient inexistants et par sa seule parole, il les mit dans l’existence. Après avoir tout créé de sa bouche, il se reposa. Pour cela, jusqu’à la fin des temps, tu seras invoqué : « Être immense, créateur des mondes. Appelle à la vie ceux qui ne sont pas encore nés mais qui sont en toi. Appelle à la vie ceux qui moururent mais qui sont en toi. » (2)
Les formes des dieux sont des formes de Ptah, et c’est seulement parce que cela convient aux humains que Ptah est adoré sous de nombreux noms, et que ces noms changent et s’oublient ; de nouveaux dieux succèdent aux anciens mais Ptah reste étranger à tout cela. Il créa le ciel comme conducteur et il entoura la terre de mer ; il créa également le tartare pour que les morts s’apaisent. Il fixa sa route à Ra, de l’horizon à l’horizon dans les cieux, il fit en sorte que l’homme ait son temps et son domaine, et il fit ainsi avec le pharaon et chacun des règnes.
Dans son chemin à travers les cieux, Ra réforma ce qui était établi et apaisa les dieux qui étaient mécontents. Il aimait la création et il donna l’amour aux animaux pour qu’ils soient heureux, luttant contre le chaos qui mettait en danger leur vie. Il mit des limites à la nuit et au jour et il fixa les saisons. Au Nil, il donna un rythme afin qu’il inonde tout le territoire et qu’il se retire ensuite pour que tous puissent vivre du fruit de ses eaux. Il soumit les forces de l’obscurité. Parce qu’il était celui qui apporta la lumière, il fut nommé Amon-Ra par ceux qui croyaient qu’Amon était né d’un œuf qui, en se brisant en un éclair, donna naissance aux étoiles et aux autres lumières.
Mais la généalogie des dieux commence avec Atoum qui est père-mère des dieux. Il engendra Shou (le vent) et Tefnout (l’humidité) et d’eux naquirent Nout (le ciel) et Geb (la terre). Ces frères s’unirent et de cette union naquirent Osiris, Seth, Nephtys et Isis. C’est l’Énnéade divine dont tout découle.


Mort et résurrection d’Osiris
Les parents d’Osiris voyaient que leur fils était plein de force et de bonté ; aussi le chargèrent-ils de gouverner les territoires fertiles et de prendre soin de la vie des plantes, des animaux et des êtres humains. À son frère Seth, ils attribuèrent les grands territoires désertiques et étrangers. Ils confièrent à ses soins tout ce qui est sauvage et fort, les troupeaux et les fauves. Osiris et Isis formaient le couple resplendissant de l’amour. Mais le brouillard de la jalousie troubla Seth ; c’est pourquoi, il monta un complot : avec l’aide de 72 membres de sa suite, il invita son frère à une fête pour l’anéantir. Cette nuit-là, les conjurés et Osiris arrivèrent. Seth présenta à l’assistance un magnifique sarcophage et promit de l’offrir à celui qui, en l’essayant, montrerait que les mesures lui correspondaient le mieux. Ainsi les uns après les autres y entrèrent et en sortirent jusqu’au moment où vint le tour d’Osiris. Ils baissèrent alors aussitôt le couvercle et le clouèrent. Prisonnier, Osiris fut ainsi amené jusqu’au Nil et jeté dans ses eaux, avec l’intention qu’il se noie dans les profondeurs. Cependant, le sarcophage flotta et, arrivant à la mer, il s’éloigna d’Égypte. Un long temps s’écoula jusqu’à ce qu’un beau jour le sarcophage arrive en Phénicie(3) et que les vagues le déposent au pied d’un arbre. Ce dernier grandit jusqu’à atteindre une hauteur gigantesque, enroulant son tronc autour du sarcophage. Le roi de la région, émerveillé par cet imposant spécimen, le fit abattre puis transporter dans son palais afin de l’utiliser comme colonne centrale. Entre-temps, Isis eut la révélation de ce qui était arrivé ; c’est ainsi qu’elle se rendit en Phénicie et, entrant au service de la reine, put rester auprès du corps de son époux. Mais la reine, comprenant que sa servante était Isis, lui remit le tronc afin qu’elle en dispose selon son désir. Isis, rompant l’écorce qui le recouvrait, sortit le cercueil et retourna en Égypte avec son chargement. Mais déjà Seth avait appris ce qui était arrivé et, ayant peur qu’Isis réanime son mari, lui vola le corps. Sans perdre de temps, il se donna pour tâche de le réduire en 14 morceaux qu’il dispersa ensuite à travers toutes les terres. Ainsi débuta le pèlerinage d’Isis pour recueillir les morceaux du cadavre.
Cela faisait déjà un moment que l’obscurité régnait suite à la mort d’Osiris. Personne ne prêtait attention aux animaux, aux plantations et aux hommes. La dispute et la mort remplacèrent pour toujours la concorde.
Quand Isis réussit à récupérer les différentes parties du corps, elle les unit entre elles et, les ajustant fortement avec des bandages, elle réalisa ses conjurations(4). Ensuite, elle construisit un énorme four, une pyramide sacrée(5), et dans ses profondeurs, elle plaça la momie. La serrant contre elle, elle lui insufla son haleine en faisant entrer l’air comme le fait le potier pour augmenter la chaleur du feu de la vie...
Il se réveilla, connut le rêve mortel, voulut maintenir son vert visage végétal(6). Il voulut conserver la couronne blanche et son plumet pour rappeler quelles étaient les terres du Nil qui lui appartenaient(7). Il reprit également l’époussette et la crosse pour séparer et réconcilier, de même que les pasteurs le font avec leur bâton au bout recourbé(8). Mais, quand Osiris une fois debout, vit la mort autour de lui, il abandonna son double, son ka(9), en lui demandant de protéger son corps pour que personne ne revienne le profaner. Il prit la croix de la vie, l’ankh(10) de la résurrection, et avec elle dans son ba(11), il partit sauver et protéger tous ceux qui, seuls et terrifiés, pénètrent dans l’Amenti(12). C’est pour eux qu’il partit vivre à l’Ouest, attendant ceux qui, déshérités, sont exilés du règne de la vie. Grâce à son sacrifice, la nature ressurgit à chaque fois et les êtres humains créés par le potier divin(13) sont un peu plus que de la boue animée. Depuis lors, on invoque le dieu de nombreuses façons et c’est également depuis lors que l’exhalation finale est un chant d’espoir.
« Osiris bienfaiteur ! Envoie Thot(14) pour qu’il nous guide jusqu’au sycomore(15) sacré, jusqu’à l’Arbre de la Vie, jusqu’à la porte de la Dame d’Occident(16), pour qu’il nous fasse éviter les 14 demeures, cernées de stupeur et d’angoisse dans lesquelles les pervers subissent des peines terrifiantes. Envoie Thot, l’ibis savant, le scribe infaillible des événements humains gravés sur le papyrus de la mémoire indélébile. Osiris bienfaiteur ! En toi, le victorieux attend la résurrection après le jugement où Anubis, le chacal juste(17), pèsera ses actions. Osiris bienfaiteur ! Permets que notre ba aborde la barque céleste, et séparé du ka, fais que celui-ci puisse protéger les amulettes(18) dans notre tombe. Ainsi, nous naviguerons vers les régions de la splendeur du nouveau jour. »
Horus, la vengeance divine (19)
Après qu’Isis eût aidé à la résurrection d’Osiris, elle donna le jour à leur fils. Elle prit le nouveau-né et le cacha dans les champs de roseaux du Nil pour le protéger de la fureur de Seth, de Min(20) et des assaillants du désert. Ce fut lui l’enfant qui apparut rayonnant dans la fleur de lotus et qui, révéré comme un faucon, orienta son œil dans tous les coins du monde. Ce fut lui, en tant qu’Horus Haredontes, le vengeur de son père quand le temps fut venu. Ce fut lui, Horus, dieu de toutes les terres, fils de l’amour et de la résurrection.
L’enfant grandit et sa mère le prépara à réclamer les domaines dont Seth s’était emparé. Ce dernier, qui n’avait des droits que sur les déserts et les pays étrangers, s’était aventuré sur le Nil. Lors de son voyage à l’ouest, vers les terres d’Amenti qu’il dominait alors, Osiris mandata Isis pour récupérer tout le Nil pour son fils. Voilà donc pourquoi les adversaires se rendirent devant l’assemblée de l’Énnéade. Horus dit : « Un fratricide indigne a usurpé les droits que mon père avait laissés, en s’appuyant sur une force aveugle que les dieux n’ont pas consacrée... » Mais le discours fut interrompu par Seth qui, dans un cri de colère, repoussa la demande provenant d’un enfant, incapable d’exercer de telles requêtes. Alors, brandissant leurs armes, ils se ruèrent l’un sur l’autre en combat singulier et, dans leur lutte, ils dévalèrent des montagnes et les eaux effrayées sortirent de leur lit. Cette lutte dura 80 longues années jusqu’à ce que Seth arrache les yeux d’Horus et que celui-ci pulvérise les parties vitales de son adversaire. Tant de fureur prit fin lorsque, défaillants, les deux combattants tombèrent à terre. Alors, Thot soigna leurs blessures et rétablit une paix fragile, réclamée par le monde jusque-là négligé.
Un verdict fut demandé aux dieux. Ra (qui avait toujours été aidé par Seth dans sa lutte contre le mortel Apophis(21)) faisait pencher la balance contre Horus tandis qu’Isis défendait son fils avec courage. Finalement, les dieux rétablirent l’enfant dans ses droits mais Ra, irrité, s’éloigna de l’assemblée en maugréant. Ainsi donc, les dieux furent divisés en nombre et pouvoir sans que cette discussion ne prît fin. Alors, avec ruse, Isis fit en sorte que Seth prononçât un discours dans lequel il donnait raison à celui des deux qui empêcherait un étranger d’occuper les trônes : par cette erreur, Seth lui-même demeurait étranger aux terres qu’il revendiquait. Alors, Ra exigea une nouvelle épreuve qui déciderait de tout.
Transformés en hippopotames pleins de force, ils reprirent la lutte. Mais, de la rive du fleuve, Isis lança un harpon qui, par erreur, atteignit Horus. Celui-ci, vociférant, se jeta sur sa mère et lui arracha la tête(22). En remplacement, les dieux donnèrent à Isis une tête de vache. Bientôt, elle se remit dans la bataille avec son harpon et finit par atteindre Seth qui sortit des eaux en rugissant. C’est pourquoi, une nouvelle épreuve fut recommandée, laissant les autres dieux en dehors du conflit. Les deux adversaires devaient naviguer sur des barques en pierre. Seth tailla la sienne dans du roc et elle coula, mais Horus présenta sa barque, conforme en apparence à ce sur quoi ils s’étaient tous mis d’accord. Grâce à son génie, il avait recouvert de stuc sa barque qui, en vérité, était en bois. Horus naviguait, réclamant la victoire, mais Seth, de nouveau transformé en hippopotame, le fit naufrager. Ce n’est que sur la plage qu’Horus prit sa revanche méritée, en déchargeant sa masse sur Seth et en enchaînant ses membres. Il le traîna ainsi devant le tribunal où les dieux attendaient. Face à la menace de la mort de Seth et devant toute l’assemblée, Ra préféra donner raison à Horus. Et les dieux, réjouis, couronnèrent l’enfant-faucon comme seigneur suprême tandis qu’il posait son pied sur la nuque du vaincu. Seth promit une obéissance solennelle et mit un terme au conflit en s’éloignant à jamais dans ses domaines du désert et parmi les étrangers. Thot organisa avec sagesse les nouvelles responsabilités et Horus aida Ra à détruire le perfide serpent Apophis qui avait menacé jusqu’alors sa barque rayonnante. Les cieux se teignent parfois de rouge, du sang de la bête antique et Ra, naviguant dans sa barque céleste, disperse la houle qui va vers l’Occident.


L’anti-mythe d’Aménophis IV (23)
Il y eut un pharaon bon et sage qui avait compris l’origine de Ptah et la mutation de ses noms. Il rétablit le principe lorsqu’il vit que les hommes opprimaient d’autres hommes en leur faisant croire qu’ils étaient la voix des dieux. Un matin, il vit comment un vassal était jugé dans le temple pour n’avoir pas payé le tribut aux prêtres, pour n’avoir pas payé ce qui était dû aux dieux. Alors, il sortit de Thèbes vers On(24) et là, il demanda aux théologiens les plus savants quelle était la véritable justice. Telle fut la réponse :
« Aménophis, bon est ton foie et bonnes les intentions qui partent de lui, mais la vérité la plus généreuse apportera du malheur pour toi et pour notre peuple. En tant qu’homme, tu seras le plus juste, en tant que roi, tu seras la perdition... mais ton exemple ne sera pas oublié et de nombreux siècles après toi, on reconnaîtra ce qui aujourd’hui (bientôt) sera considéré comme une folie. » De retour à Thèbes, il regarda sa femme comme quelqu’un qui scrute le jour qui se lève, il vit sa beauté et, pour elle et pour son peuple, il chanta un bel hymne. Néfertiti pleura à cause de la piété du poète et sut alors sa gloire et son tragique destin. D’une voix entrecoupée, elle l’acclama comme le véritable fils du soleil. « Aken-Aton ! », dit-elle, et ensuite elle se tut. À ce moment-là, ils scellèrent leur destin en acceptant ce qui est juste mais impossible. Ce fut ainsi la rébellion d’Akhenaton et le bref répit des fils du Nil quand un monde tituba un instant sous le poids des millénaires. Ainsi fut ébranlé le pouvoir de ceux qui mettaient dans la bouche des dieux leurs propres intentions.
Aménophis lV (Akhenaton) lança la lutte contre les fonctionnaires et les prêtres qui dominaient l’empire. Les seigneurs du Haut Nil s’allièrent aux secteurs accusés. Le peuple commença à occuper des positions auparavant interdites et le pouvoir aliéné lui fut rendu. Les greniers furent ouverts et les biens furent distribués. Mais les ennemis du nouveau monde dressèrent les armes et firent en sorte que le fantôme de la famine montre son visage. Akhenaton mort, toutes ses actions furent emportées par le vent et on voulut effacer son souvenir à jamais. Cependant, Aton conserva sa parole.

Voilà le poème qui déclencha l’incendie (25).
« La terre entière se met à l’ouvrage... car tout chemin s’ouvre lorsque tu surgis. Toi qui donnes le germe fécond aux femmes, toi qui produis la semence chez les hommes, toi qui fais vivre l’enfant dans le sein de sa mère, qui l’apaises pour qu’il ne pleure pas. Tu nourris celui qui s’abrite dans le sein, en donnant le souffle pour faire vivre tout ce que tu crées. Quand l’enfant sort du sein le jour de sa naissance, tu ouvres sa bouche pour qu’il appelle en pleurant et que plus tard il parle. Quand le poussin est encore dans l’œuf, tu lui donnes le souffle pour qu’il vive, tu l’aides à briser l’œuf, à sortir, à pépier et, à peine né, à marcher sur ses pattes. Ton visage est inconnu ô Dieu unique ! Tu as créé la terre selon ton désir, avec les hommes, les bêtes, les animaux de la forêt, tout ce qui est sur la terre et marche sur ses pieds, et tout ce qui est dans le ciel et vole de ses ailes.
« Tu as formé les pays étrangers, la Syrie, la Nubie et les terres d’Égypte. Tu as mis chaque homme à sa place et tu as pourvu à ses besoins ; chacun a son pain et chacun a son temps de vie. Leurs langues sont différentes en paroles ainsi que leur caractère et leur couleur de peau.
« Tu as différencié les peuples étrangers. Tu as fait un Nil dans le Douât et tu le fais surgir selon ta volonté pour donner aux personnes la vie telle que tu l’as créée. Toi, leur seigneur à tous qui te donnes tant de mal pour eux. Oh, Aton du jour ! Grand en dignité ! Tu aides tous ces pays étrangers et lointains pour qu’ils vivent également. Tu as placé un Nil dans le ciel qui descend pour eux et qui forme des vagues sur les montagnes, comme la mer qui baigne leurs champs et leurs contrées.
« Quelle perfection dans tes desseins, Seigneur de l’éternité ! Le Nil du ciel, c’est le don que tu nous as fait, que tu as fait aux étrangers, aux animaux, petits et grands, à tous les animaux du désert qui marchent sur leurs pattes.
« Tes rayons nourrissent toutes les plantes ; elles vivent et poussent pour toi. Tu produis les saisons pour que se développe tout ce qui fut créé ; l’hiver pour rafraîchir, l’été parce que cela te plaît. Tu as créé le ciel lointain pour resplendir en lui et pour tout voir. Toi, unique, qui resplendis sous ta forme d’Aton vivant, jaillissant et lumineux, lointain et proche. Tu as créé sous des millions de formes les villes, les villages, les champs, les chemins, les fleuves. Chaque œil te voit en face de lui, tu es Aton du jour. Quand tu t’éloignes et que chaque œil, par toi créé, s’endort, son regard ne peut plus te voir, car l’on ne voit plus ce que tu as créé, mais tu es toujours dans mon cœur... La terre est dans ta main, telle que tu l’as créée. Si tu resplendis, elle vit, si tu te caches, elle meurt. Tu es la durée même de la vie ! »

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IV - Mythes hébreux

L’arbre de la science et l’arbre de la vie
… Et Jéhovah Dieu fit naître de la terre tout arbre délicieux à la vue et bon à manger, ainsi que l’arbre de vie au milieu du jardin et l’arbre de la science du bien et du mal... Et Jéhovah Dieu donna cet ordre à l’homme en disant : « De tout arbre du jardin, tu pourras manger, mais de l’arbre de la science du bien et du mal, tu ne mangeras point, car le jour où tu en mangeras, certainement tu mourras. » (1)
Et ainsi, Adam et Ève vécurent dans l’Éden, ce lieu d’où sortait une rivière qui arrosait le jardin. Ce courant se divisait en quatre bras. Le nom du premier, celui qui entourait la terre de Havila où il y a de l’or, était Pison. Le nom du second, celui qui entourait la terre de Cues, était Gihon. Le nom du troisième, caché et sombre, allant vers l’orient d’Assyrie, était Hydekel, et celui du quatrième, celui aux bonnes et gazouillantes paroles, était l’Euphrate. L’Éden contenait toutes les plantes et tous les animaux ; aussi nos pères dotèrent tous les êtres vivants d’un nom. Comment nommer l’arbre de la vie et celui de la science du bien et du mal sans rien savoir sur eux, sans s’en approcher ? C’est pour cela que, n’ayant pas la science, ils désirèrent l’obtenir mais ne savaient comment. Ainsi Ève, troublée par la question, s’endormit une nuit et, en dormant, elle rêva et, en rêvant, elle vit l’arbre de la science qui resplendissait dans l’obscurité. Ainsi, Ève s’approcha de l’arbre et une inquiétante figure ailée se présenta soudain devant elle. Son allure était belle mais dans l’obscurité, elle n’arrivait pas à distinguer son visage qui était peut-être celui d’Adam. De ses cheveux humides de rosée s’exhalait une fragrance qui exhortait à l’amour. Et Ève voulut voir. Tandis qu’elle montrait l’arbre, la figure dit :
« Oh belle plante au fruit abondant ! N’y a-t-il personne qui soit digne de te soulager de ton poids et de goûter à ta douceur ? La science est-elle si dépréciée ? Serait-ce la jalousie ou quelque injuste réserve qui interdise de te toucher ? L’interdise qui veut, personne ne me privera plus longtemps des biens que tu offres ; sinon pourquoi es-tu là ? »
Ainsi dit la figure, et ne se retenant plus, d’une main téméraire, elle arracha le fruit et le goûta. Une horreur glaciale paralysa Ève dans son rêve en voyant l’audace de la figure ailée, mais aussitôt celle-ci s’exclama :
« Oh fruit divin, doux pour toi seul et beaucoup plus doux cueilli de la sorte alors que c’est interdit, semblant être uniquement réservé aux dieux tout en étant cependant capable de convertir les hommes en dieux ! Et pourquoi ne devraient-ils pas l’être ? Le bien augmente d’autant plus qu’on le répand et son auteur, loin d’y perdre, acquiert davantage de louanges. Approche-toi, heureuse créature, belle et angélique Ève ; partage ce fruit avec moi ! » (2)
Ève se réveilla en sursaut et communiqua son rêve à son compagnon. Alors Adam se demanda :
« Dieu ne parle-t-il pas au travers des rêves ? Si le jour il interdit et la nuit il invite, à quelle incitation devrai-je répondre, vu que je n’ai pas la science suffisante ? Nous devons acquérir cette science pour redresser nos destins puisque Jéhovah Dieu nous a créés mais sans nous dire comment nous construire nous-mêmes. »
Alors, il communiqua son plan à Ève pour s’emparer du fruit et courir avec elle jusqu’à l’arbre de la vie afin qu’ils soient immunisés du venin de la science. Ensuite, ils attendirent que Jéhovah se promène dans le jardin à la brise du jour et, en son absence, ils allèrent vers l’arbre. Alors, voyant un serpent qui se déplaçait entre les branches et parmi les fruits, ils pensèrent qu’il tenait son venin de cet aliment. Et ainsi, ils doutèrent, et tandis qu’ils doutaient, le temps passa, et Jéhovah Dieu entreprit son retour. Alors, ils crurent entendre le serpent susurrer : « Vous ne mourrez pas mais Dieu sait que le jour où vous mangerez ces fruits, vos yeux se dessilleront et vous serez comme Dieu qui connaît le bien et le mal. » (3) Le serpent ne mentait pas mais il voulait éviter qu’ils mangent de l’autre arbre, de l’Arbre de la Vie(4). Il était déjà très tard ; Adam et Ève goûtèrent le fruit et leurs yeux se dessillèrent ; mais quand ils voulurent atteindre l’arbre de l’immortalité, Jéhovah Dieu leur barra la route, les empêchant ainsi d’accomplir leur dessein.
Et Dieu Jéhovah dit : « Ainsi l’être humain est comme l’un de nous, il connaît le bien et le mal ; qu’il n’aille pas maintenant tendre la main, prendre aussi de l’arbre de la vie, en manger et vivre pour toujours. » Et Jéhovah le chassa du jardin d’Éden pour qu’il travaille la terre dont il était fait. Il jeta donc l’homme dehors, mit des chérubins à l’orient du jardin d’Éden et une épée ardente qui tournoyait en tous sens afin de garder le chemin de l’arbre de la vie(5).
Adam et Ève s’éloignèrent de l’Éden et leur regard était toujours tourné en direction du paradis dont seul l’éclat nocturne et la fumée de l’épée de feu révélaient la présence. Ils ne revinrent pas ; ils ne purent pas revenir mais ils commencèrent à offrir à Dieu des sacrifices de feu et de fumée, croyant que cela lui plaisait. Et, avec le temps, de nombreux peuples pensèrent que les dieux aiment les hautes montagnes et les volcans parce que ceux-ci sont le pont entre la terre et les cieux. Ainsi, le moment venu, Jéhovah Dieu leur livra depuis le feu, depuis la montagne, la loi que les hommes cherchaient pour redresser leur destin(6).
Abraham et l’obéissance
De nombreuses générations passèrent des premiers pères jusqu’au déluge. Après celui-ci, quand dans le ciel, Jéhovah tendit l’arc-en-ciel pour sceller son pacte avec les hommes, toute semence continua à se reproduire. Et ainsi, en Ur de Chaldée, Taré prit son fils Abram et sa bru Saraï et les mena aux terres de Canaan. Abram et Saraï allèrent ensuite en Égypte. Quelque temps après, ils revinrent vers Hébron. Le bétail et les biens d’Abram s’étaient accrus mais son cœur fut pris de tristesse car, à son âge, il n’avait pas eu de descendance.
Abram était déjà vieux quand il fit concevoir sa servante Agar. Mais Agar et Saraï se disputèrent. Agar partit donc dans le désert emportant avec elle son affliction. Alors un ange se présenta et lui dit :
« Tu as conçu, et en donnant le jour à ton enfant, tu l’appelleras Ismaël parce que Jéhovah a entendu tes prières. Ismaël voudra donc dire “Dieu entend” et sa descendance sera nombreuse et les peuples issus de lui habiteront les déserts et ils adoreront Dieu, non pour ce que l’œil voit mais pour ce que l’oreille entend. Ainsi ils prieront Dieu et Dieu les entendra. »
Bien après, Saraï conçut à un âge avancé. Mais sa descendance et celle d’Agar perpétuèrent la dispute qui avait commencé entre leurs mères bien qu’Abram fut père de tous et les aimait tous comme ses fils. En son temps, Dieu dit : « À partir de maintenant, tu ne t’appelleras plus Abram mais Abraham parce que tu seras père d’une multitude ; et Saraï sera nommée Sarah, comme princesse des nations. Quant au fils que tu auras de Sarah, tu l’appelleras Isaac. »
Il arriva ensuite que Dieu mit Abraham à l’épreuve et lui dit : « Abraham. » Et il lui répondit : « Me voici. » Et il dit : « Maintenant, prends ton fils Isaac que tu aimes, va à la terre de Moriah et offre-le là-bas en holocauste sur un des monts que je t’indiquerai. » Et Abraham se leva de bon matin, barda son âne et prit avec lui deux de ses serviteurs et son fils Isaac ; il coupa du bois pour l’holocauste, se leva et se rendit au lieu que Dieu lui indiqua. Au troisième jour, Abraham leva les yeux et, de loin, vit l’endroit. Alors Abraham dit à ses serviteurs : « Attendez ici avec l’âne ; nous irons, le garçon et moi, jusque là-bas ; nous prierons et nous reviendrons vers vous. » Et Abraham prit le bois de l’holocauste, en chargea Isaac son fils, il prit le feu et le couteau dans ses mains et ils partirent tous les deux ensemble. Alors Isaac parla à son père Abraham et dit : « Père. » Et il lui répondit : « Me voici, mon fils. » Et il lui dit : « Voilà le feu et le bois ; mais où est l’agneau pour l’holocauste ? » Et Abraham répondit : « Dieu pourvoira l’agneau pour l’holocauste, mon fils. » Et ils allèrent ensemble. Et quand ils atteignirent le lieu que Dieu lui avait indiqué, Abraham édifia un autel, entassa le bois, attacha son fils Isaac et le mit sur l’autel au-dessus du bois. Et Abraham étendit le bras et prit le couteau pour égorger son fils. Alors, du ciel, l’ange de Jéhovah se fit entendre et lui cria : « Abraham, Abraham. » Et il lui répondit : « Me voici. » Et il lui dit : « Ne lève pas la main sur l’enfant, ne lui fais rien ; je sais maintenant que tu crains Dieu, puisque tu ne m’as pas refusé ton fils. » Alors, Abraham leva les yeux et regarda derrière lui, il y avait un mouton, les cornes emmêlées dans un buisson. Abraham alla prendre le mouton et l’offrit en holocauste à la place de son fils. Et Abraham donna à ce lieu le nom de “Jéhovah y pourvoira”. (7)
L’angoisse de la terrible épreuve resta présente dans le cœur d’Abraham, peut-être jusqu’à sa mort. Et il se dit ainsi à plusieurs reprises :
« Jéhovah rejette le sacrifice humain et, plus encore, celui de son propre fils. S’il ordonne l’holocauste, je ne dois pas m’exécuter parce que ce serait désobéir à son interdiction. Mais refuser ce qu’il ordonne, c’est pêcher contre lui. Dois-je obéir à quelque chose que mon Dieu répudie ? Oui, si c’est lui qui l’exige. Mais ma raison, maladroite et tourmentée, lutte, de plus, contre le cœur d’un pauvre vieillard qui aime cet impossible que Jéhovah lui donna tardivement. Cette épreuve n’est-elle pas le prix à payer pour ce rire que j’ai réfréné à l’annonce de la naissance de mon fils(8) ? N’est-ce pas le rire que cacha Sarah quand elle entendit une telle prédiction(9) ? Ce n’est pas pour rien que Jéhovah nous indiqua le nom de “Isaac” qui signifie “rire”. Moi et ma femme étions déjà vieux quand on nous a dit que nous aurions ce fils, et nous ne pouvions croire qu’une telle chose fût possible. Est-ce que Jéhovah joue avec ses créatures comme un enfant avec du sable ? Ou est-ce que, connaissant sa colère et son châtiment, nous en oublions qu’il nous met à l’épreuve et nous enseigne aussi par la moquerie divine ?(10) »


L’homme qui lutta contre un dieu (11)
Cette nuit-là, il se leva, il prit ses deux femmes, ses deux servantes et ses 11 enfants et passa le gué de Jacob. Il les prit donc et leur fit passer le torrent ainsi qu’à tout ce qu’il possédait. Ainsi, Jacob resta seul et un homme lutta avec lui jusqu’aux premières lueurs de l’aube. Et quand l’homme vit qu’il ne pouvait le vaincre, il frappa l’articulation de sa cuisse et la cuisse de Jacob se luxa tandis qu’il luttait avec lui. Et il dit : « Laisse-moi, parce que l’aube se lève. » Et Jacob lui répondit : « Je ne te laisserai pas si tu ne me bénis pas. » Et l’homme lui dit : « Quel est ton nom ? » Et il lui répondit : « Jacob. » Et l’homme lui dit : « On ne te nommera plus Jacob mais Israël(12) parce que tu as lutté avec Dieu et avec les hommes et tu as vaincu. » Alors Jacob l’interrogea et dit : « Révèle-moi maintenant ton nom. » Et l’homme répondit : « Pourquoi me demandes-tu mon nom ? » Et là, il le bénit. Et Jacob donna à cet endroit le nom de Peniel(13) car il dit : « J’ai vu Dieu face à face et mon âme fut libérée. » Et quand il se fut éloigné de Peniel, le soleil lui apparut et il boitait de la hanche(14). C’est pour cela que, jusqu’au jour d’aujourd’hui, les fils d’Israël ne mangent pas du tendon qui s’est contracté, celui qui est dans l’articulation de la cuisse, parce que Jacob fut touché à cet endroit de la cuisse, dans le tendon qui s’est contracté(15).
Moïse et la loi divine (16)
Il arriva, il y a fort longtemps, que les fils d’Israël, installés en Égypte, s’étaient accrus en nombre et en puissance. Et ils appuyèrent avec joie les changements qu’introduisit un sage pharaon qui voulait l’égalité pour tous les peuples. Et le bon roi mourut au milieu d’une grande agitation que ses ennemis avaient déchaînée. Et les israélites passèrent d’une existence pacifique à la persécution et à l’humiliation. Quand ils décidèrent d’abandonner ces terres, le nouveau pharaon les en empêcha. Par ailleurs, durant ces sombres années, de nombreux égyptiens, partisans du roi juste, furent assassinés. D’autres finirent dans les prisons et dans les carrières, condamnés à y passer leur vie. Parmi ces derniers se trouvait un jeune qui, étant enfant, avait été sauvé des eaux du Nil par les femmes du bon pharaon. Éduqué à la cour, il avait appris la langue d’Israël bien qu’il l’eût toujours parlée avec difficulté. Moïse, le “sauvé des eaux” s’enfuit des carrières et alla se réfugier dans les champs, dans la maison d’un prêtre de Madian. Le prêtre était partisan du roi juste et parmi les persécutés. C’est pour cela qu’il accueillit Moïse quand il se réfugia chez lui et qu’il lui raconta son histoire du sauvetage des eaux, qui ressemblait tant aux légendes d’Osiris et de Sargon (celui-ci fut sauvé à Babylone selon ce que rapportent ceux qui accompagnaient Abraham depuis Ur de Chaldée). Et voilà que Moïse prit pour épouse la fille du prêtre. Et, un jour, faisant paître les brebis de son beau-père, il parvint à Horeb, la montagne de Dieu.
Et l’ange de Jéhovah lui apparut dans une flamme de feu, au milieu d’un buisson ; il regarda et il vit le buisson qui brûlait dans les flammes, le buisson ne se consumait pas. Alors, Moïse dit : « Maintenant, j’irai voir moi-même cette grande vision : pour quelle raison le buisson ne brûle-t-il pas ? » Jéhovah vit que Moïse allait voir et Dieu l’appela du milieu du buisson : « Moïse ! Moïse ! » Et il répondit : « Me voici. » Et il dit : « N’approche pas, ôte les sandales de tes pieds car le lieu sur lequel tu te trouves est une terre sainte. » Et il dit : « Je suis le Dieu de ton père, le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob. » Alors, Moïse se voila la face parce qu’il craignit de regarder Dieu. Jéhovah dit ensuite : « J’ai bien vu l’affliction de mon peuple qui est en Égypte et j’ai entendu sa clameur causée par ses poursuivants ; je connais ses angoisses et je suis descendu pour le libérer des Égyptiens et le sortir de ces terres pour aller vers une terre bonne et vaste, une terre ruisselante de lait et de miel... » Moïse dit à Dieu : « Voici que je vais aller vers les fils d’Israël et je leur dirai : Le Dieu de vos pères m’a envoyé vers vous. Et s’ils me demandent : Quel est son nom ? Que leur répondrai-je ? » Et Dieu répondit à Moïse : « Je suis qui je suis. » Et il dit : « Tu diras ainsi aux fils d’Israël : Je suis m’envoie vers vous. » De plus, Dieu dit à Moïse : « Tu parleras ainsi aux fils d’Israël : Jéhovah, le Dieu de vos pères, le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob, m’a envoyé vers vous. C’est là mon nom à jamais ; c’est ainsi qu’on m’invoquera pour les siècles des siècles. »(17)
Dès que Moïse rentra en Égypte, Aaron de la tribu sacerdotale de Lévi vint à sa rencontre. Il avait vu en rêve Moïse recevoir le commandement divin. Alors Aaron aida Moïse à porter la parole parmi les israélites et, parvenant jusqu’au pharaon, il l’adjura en disant : « Laisse mon peuple sortir d’Égypte. » Mais comme Pharaon était réticent, Aaron qui était prêtre, fit avec son bâton de grands prodiges aux yeux de tous. Mais Pharaon appela ses savants et ses prêtres qui montrèrent également leur pouvoir et Pharaon durcit son cœur. Alors, par l’intermédiaire de Moïse et d’Aaron, Jéhovah convertit l’eau du fleuve en sang rouge ; les poissons moururent et les grenouilles aussi en sortirent, envahissant tout, mais Pharaon ne tint pas compte de ces signaux. Alors, des fléaux de poux et de mouches, des fléaux dans le bétail, des fléaux d’ulcères, des fléaux de grêle et des fléaux de sauterelles s’abattirent sur les hommes et les bêtes. Mais Pharaon ne voulut pas libérer les fils d’Israël, prétendant que le torrent du fleuve qui avait débordé en emportant du limon rouge du Haut Nil, provoquait périodiquement ces désastres. Mais une grande obscurité tomba et persista pendant trois jours. Et les savants de Pharaon expliquèrent également comment les nuages d’eau qui s’évaporaient du fleuve en crue obscurcissaient le ciel... Alors Jéhovah envoya Moïse pour qu’il avertisse le Pharaon de la mort des fils aînés des égyptiens s’il ne rendait pas la liberté au peuple d’Israël. Et Pharaon n’écouta pas et les fils des égyptiens moururent cette nuit-là par l’ange du Seigneur. Et, à partir de ce moment-là, ce mois fut le premier mois de l’année, car le signe du sang de l’agneau pascal, avec lequel les israélites marquèrent leurs portes, les avait protégés de l’ange de la mort. Alors, Pharaon permit la sortie du peuple d’Israël et de tous les égyptiens persécutés. Les fils d’Israël partirent de Ramsès pour Soukhot, avec 600 mille hommes à pied, sans compter les enfants. Une grande multitude de toutes sortes de gens partit également avec eux. » (18)
Le peuple traversa la Mer Rouge à sec, les eaux étant retenues à droite et à gauche dans cette zone qu’Aménophis lV avait fait canaliser. Et voilà que Pharaon expédia ses soldats pour tuer ceux qui fuyaient ; mais alors, les pesants chars se renversèrent et l’armée tomba. Et l’eau se referma sur eux, tuant les poursuivants. Et, une fois de plus, Jéhovah sauva Moïse des eaux et avec lui la multitude qui fuyait d’Égypte (19).
Et les eaux amères(20) s’adoucirent avec l’arbre que Moïse mit en elles. Et Jéhovah donna au peuple à manger du “Qu’est-ce que ceci ?” (21). Et c’est ainsi que le peuple survécut, ne mourut pas dans le désert et arriva ainsi jusqu’au mont sacré du Sinaï.
Tout le mont Sinaï fumait parce que Jéhovah était descendu sur lui en feu ; la fumée montait comme la fumée d’un four et toute la montagne tremblait violemment. Le son du buccin devenait de plus en plus fort ; Moïse parlait et Dieu lui répondait d’une voix tonnante. Et Jéhovah descendit sur le mont Sinaï au sommet de la montagne, et Jéhovah appela Moïse au sommet de la montagne, et Moïse monta vers lui(22).
…Tout le peuple observait le fracas et les éclairs, le son du buccin et la montagne fumante. Voyant cela, le peuple trembla et se tint à distance(23).
Et Jéhovah Dieu remit alors aux hommes la loi qu’ils cherchaient depuis leurs premiers pères. Sur deux tables de pierre, Dieu grava les dix commandements que les hommes devaient observer pour s’approcher de lui. Et il leur donna également les lois qui leur serviraient à se former dans leur histoire. Ainsi, Moïse conduisit Israël à la terre promise par le Seigneur. Et il monta des champs de Moab jusqu’au mont Nébo au sommet du Pisga, qui était en face de Jéricho. Alors Moïse vit.
Et Jéhovah lui dit : « Voici la terre que j’ai promise à Abraham, à Isaac et à Jacob, en disant : je la donnerai à ta descendance. Je t’ai permis de la voir avec tes yeux, mais tu n’arriveras pas jusqu’à elle. » Et Moïse, serviteur de Jéhovah, mourut là, sur la terre de Moab, comme Jéhovah l’avait dit. Et il fut enterré dans la vallée, dans la terre de Moab, face à Bet-peor ; à ce jour, personne ne connaît l’endroit de sa sépulture(24). Et jamais plus en Israël ne se leva un prophète tel que Moïse, lui que Jéhovah avait connu face à face ; personne comme lui, avec autant de signes et de prodiges que Jéhovah l’envoya faire en terre d’Égypte, devant le Pharaon, tous ses serviteurs et tout son pays. Aucune personne telle que Moïse, avec le grand pouvoir et les faits grandioses et terribles qu’il fit aux yeux de tous(25).


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MessagePosté le: Dim 15 Fév 2015 - 11:16    Sujet du message: Mythes racines universels Répondre en citant

V - Mythes chinois

Le vide central (1)
« Il est toujours vide et ne peut être rempli. C’est le vide qui est antérieur au monde. Le tao est le vide antérieur aux dieux » (2)
30 rayons convergent vers le centre d’une roue mais c’est le vide médian qui rend la roue utile(3). Avec de l’argile, on moule un récipient mais c’est l’espace qui ne contient pas d’argile qu’on utilise comme récipient. Nous ouvrons portes et fenêtres dans une maison mais c’est par ses espaces vides que nous pouvons l’utiliser. Ainsi, de l’existence proviennent les choses et de la non-existence leur utilité.
Tout était vide et Pan Gu dormait à l’intérieur de ce qui était uni, de ce qui fut appelé “profondeur infinie”(4). Alors il se réveilla. Rapidement, de sa hache, il brisa l’œuf qui l’enfermait. Celui-ci se brisa immédiatement en mille éclats. Les parties les plus légères et les plus lourdes allèrent dans des directions différentes. Pour éviter qu’elles ne s’unissent à nouveau, Pan Gu se plaça au centre du vide, solidifiant le ciel et la terre. Il fut comme une colonne qui donna équi­libre à la création. Ensuite, il se reposa et s’endormit de nouveau jusqu’à ce que son corps donnât naissance à de nombreux êtres(5). D’un œil sortit le soleil et de l’autre la lune. De son sang se formèrent les rivières et les lacs. Les animaux sortirent de sa peau. Ses cheveux se transformèrent en herbes et ses os en minéraux.
En ces premiers temps vivaient sur la terre les dieux, les géants et les monstres. La déesse mère Nüwa était très belle dans sa moitié supérieure et ressemblait à un dragon dans sa moitié inférieure. Elle parcourut et visita tous les lieux pour finalement découvrir qu’il manquait des êtres plus parfaits et plus intelligents que les géants. Elle alla alors jusqu’à la Rivière Jaune et, avec de l’argile, modela les êtres humains primitifs. Elle les fit semblables à elle mais, au lieu d’une queue de dragon, elle leur donna des jambes pour qu’ils puissent marcher en se tenant debout. Les trouvant amusants, elle décida d’en faire un grand nombre. Pour cela, elle prit un jonc et lança des gouttes de boue qui, en tombant sur terre, se transformèrent en femmes et en hommes. Ainsi, quand ceux-ci commencèrent à se reproduire par eux-mêmes, la mère céleste se dédia à la création d’autres êtres.
Fuxi, compagnon de la déesse, vit que les hommes apprenaient et se chargea alors de leur enseigner à faire du feu en frottant des morceaux de bois. Ensuite, il leur donna des cordes et leur indiqua comment se protéger de la faim et des intempéries. Finalement, il leur octroya l’art des hexagrammes, qu’il appela I Ching(*), ce qui avec le temps, fut connu comme le Livre des transformations et de la divination.
Vint le jour où les immortels se disputèrent et, entrant en guerre, mirent en danger l’univers. Les déluges et les catastrophes dévastèrent la terre jusqu’à ce que, finalement, le dieu du feu l’emportât sur les eaux. Les géants voulurent encore disputer le pouvoir aux immortels mais les dieux, dans une indicible colère, leur coupèrent la tête, les faisant rouler jusqu’au fond des abîmes obscurs.


Le Dragon et le Phénix (6)
Quand les eaux n’étaient pas encore contrôlées et que les rivières en crue ravageaient les champs, la déesse mère engendra des descendants bienfaisants qui finirent par ordonner ce chaos diluvial. Ayant de plus en plus le contrôle des rivières, des lacs, de la mer et des nuages, les brillants dragons naviguèrent par les eaux et le ciel. De leurs griffes de tigre et de leurs serres d’aigle, ils déchirèrent avec fracas les grands rideaux d’en haut, qui, lançant des étincelles sous cet énorme assaut, laissèrent les pluies en liberté. Ils donnèrent un lit aux rivières, une retenue aux lacs et une profondeur aux mers. Ils firent des cavernes d’où l’eau jaillissait et ils la menèrent très loin par des conduits souterrains pour que des sources surgissent brusquement sans que l’assaut brûlant du soleil ne puisse l’arrêter. Ils tracèrent les sillons que l’on voit dans les montagnes pour que l’énergie de la terre s’écoule, équilibrant la santé de ces corps gigantesques. Et très fréquemment, ils durent lutter contre les obstructions que provoquaient les dieux et les hommes, occupés à leurs irresponsables travaux. De leurs gueules, telle une fumée, jaillissait le brouillard vivifiant et humide, créateur de mondes irréels. De leurs corps écailleux de serpents, ils arrêtaient les tempêtes et divisaient les typhons. Aucun obstacle n’était suffisant, aucun enchevêtrement ne pouvait résister à leurs puissantes cornes, à leurs dents effilées. Parfois dans leurs rêves, parfois dans les grottes, parfois au bord des lacs, ils aimaient apparaître aux mortels car ils cachaient en ces lieux leurs demeures de cristal dont les beaux jardins étaient ornés de fruits étincelants et des pierres les plus précieuses.
Le Long immortel, le dragon céleste, mit toujours son activité (son yang) au service du tao ; et le tao le reconnut en lui permettant d’être dans toutes les choses, de la plus grande à la plus petite, du grand univers à la particule la plus insignifiante. Tout a vécu grâce à Long. Rien n’est resté immuable sauf le tao innommable, parce que même le tao nommable change et se transforme grâce à l’activité du Long. Et pas même ceux qui croient au ciel et à l’enfer ne peuvent assurer sa permanence(7). Mais le Long aime le Feng, l’oiseau Phénix qui concentre le germe des choses, qui contracte tout ce que le Long étire. Et quand le Long et le Feng s’équilibrent, le tao resplendit telle une perle baignée de la lumière la plus pure. Le Long ne lutte pas avec le Feng car ils s’aiment, ils se cherchent, faisant resplendir la perle. C’est pour cela que l’homme sage règle sa vie selon l’équilibre entre le Dragon et le Phénix qui sont les images des principes sacrés du yang et du yin. Le sage se place dans le lieu vide, cherchant l’équilibre. Le sage comprend que la non-action génère l’action et que l’action génère la non-action ; que le cœur des êtres vivants, les eaux de la mer, le jour et la nuit, l’hiver et l’été, se succèdent au rythme que le tao leur donne.
À la fin de cette ère, quand l’univers aura atteint son grand étirement, il se contractera à nouveau comme une pierre qui tombe. Tout, même le temps, s’intervertira en revenant au commencement. Le Dragon et le Phénix se retrouveront. Le yang et le yin se complèteront et leur attraction sera si grande qu’ils absorberont tout dans le germe vide du tao. « Le ciel est en haut, la terre est en bas ; ainsi sont déterminés le créatif et le réceptif... ainsi se révèlent les changements et les transformations » (8). Mais personne ne peut savoir réellement comment ont été et comment seront les choses et, si quelqu’un le savait, il ne pourrait l’expliquer.
C’est pourquoi :
« Celui qui sait qu’il ne sait pas est le plus grand ; celui qui prétend qu’il sait, mais qui ne sait pas, a l’esprit malade. Celui qui reconnaît l’esprit malade comme esprit malade, n’a pas l’esprit malade. L’homme sage n’a pas l’esprit malade car il reconnaît l’esprit malade comme esprit malade. » (9)


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MessagePosté le: Dim 15 Fév 2015 - 11:17    Sujet du message: Mythes racines universels Répondre en citant

VI - Mythes indiens

Le Feu, la Tourmente et l’Exaltation (1)
Voici les dieux qui prirent tant de formes méconnaissables. Le Feu(2) et la Tempête(3) donnèrent lieu à la création, mais ils ne sont rien sans l’Exaltation(4) qui inspire le verbe du poète.
Ô ! Agni, toi qui rassembles les dieux(5), fils de deux mères, toi qui te présentes à l’homme sous différentes formes(6). Protège-nous de celui qui veut nous tuer. Ô ! Toi, le plus jeune des dieux(7), reçois nos louanges quand ta langue, pour nous, se fait de miel(8). Même Gautama te rend hommage(9), toi feu qui illumines les forêts et qui éclaires la nuit, toi qui chemines comme un animal libre, sans pasteur, toi qui avec ton visage noirci, savoures la terre. (10)
Je proclame les exploits d’Indra, seigneur de la foudre. Quand tu donnas la mort au premier des serpents, tu réduisis à néant les actions des démons, et donnas naissance au soleil, au ciel, à l’Aurore. Quand tu tuas Vrta, en le frappant avec un éclair dans le dos, il tomba comme un bœuf mis en pièces, et de ses orifices se libérèrent les eaux qui étaient retenues ; ces eaux, qui avaient l’aborigène pour maître, qui avaient le serpent pour gardien, ne furent plus contenues(11) et descendirent en mugissant droit vers l’océan. Invoquons Indra, celui qui boit le Soma, invoquons-le pour vaincre dans le combat, pour détruire les ennemis et pour s’emparer des butins. (12) Que la tempête soit le signe de la fureur d’Indra !
En toi, nous avons mis notre espoir, ô jus de Soma. La fille du soleil purifie le Soma qui passe à travers le filtre de poils de brebis ; ensuite les vaches avec leur lait finalisent cette créature pour qu’Indra s’enivre, frappe tous ses ennemis et dispense sa magnanimité(13). Le Soma, seigneur des dieux, bondit dans les récipients à travers le filtre de poils de brebis et les amis sautent et poussent des cris de joie dans leur Exaltation(14). Dieu rougeâtre, nous te rendons doux avec le lait. L’aigle t’a amené, obtenant le pouvoir d’Indra. Tu procures l’aide, tu es le très actif(15), quand tes forces se réveillent comme le mugissement de la rivière(16). Octroie-nous, ô jus de Soma, tous les dons du ciel et de la terre. (17)


Le temps et les dieux
Le Cantique de la création dit qu’il n’y avait alors ni l’existant ni le non-existant, que cette chose insondable respirait par sa propre nature, que cela était antérieur aux dieux, que lui créa tout, ou peut-être pas, que lui sait tout, ou peut-être pas(18).
Mais les dieux et les hommes ont été créés et ils ont leur temps. Oui, ils ont leur temps.
Un jour des dieux est égal à une année des mortels. C’est pourquoi une année des dieux est équivalente à 360 années mortelles. Or, il existe quatre ères (yugas) qui forment une grande ère (mahayuga) de 12 mille ans divins, correspondant à quatre millions 320 mille années mortelles. Ainsi, mille de ces grandes ères (kalpa) durent quatre mille 320 millions d’années ordinaires ou, simplement, un jour de Brahmâ. Mais à la fin de son jour, le dieu se repose et survient alors un effondrement dans l’univers. Pendant que Brahmâ dort sur son grand serpent, tout commence à être absorbé par lui. Les mondes, quittant leurs orbites, se heurtent entre eux ; toute terre se liquéfie, tout liquide s’évapore, toute vapeur se convertit en énergie et cette énergie est absorbée par le pouvoir de la nuit de Brahmâ. Et quand le dieu se réveille, sa grande fleur de lotus s’ouvre, la lumière s’échappe et un nouveau jour commence. En ce jour se succèdent 14 rythmes (manvantaras) au cours desquels sont créés les dieux et les mondes, les poissons, les oiseaux, les insectes, les animaux et les hommes. Pour chacun des 14 rythmes se succèdent environ 71 séries de grandes ères. Chaque rythme comprend alors 852 mille années divines ou 306 millions 790 mille années mortelles, pendant lesquelles l’énergie divine s’éloigne de son centre. Ainsi, l’histoire de l’humanité actuelle se trouve dans un rythme, et à l’intérieur de celui-ci, dans une des 71 séries de grandes ères. Comme chacune des grandes ères est divisée en quatre ères inégales, il se trouve que dans la première (krita yuga) s’écoulent quatre mille 800 ans divins ou un million 728 mille années ordinaires ; dans la seconde (treta yuga) trois mille 600 ou un million 296 mille années ; dans la troisième (dvapara yuga) deux mille 400 ou 864 mille années et dans la quatrième (kali yuga) mille 200 ou 432 mille années. Par conséquent, dans tout ce cycle, l’être humain devrait avoir quatre millions 320 mille années. Mais comme il se trouve déjà dans la quatrième ère, l’être humain, depuis sa création, a dû parcourir au moins trois millions 888 mille de ses années. En s’éloignant de la création originelle, tous les êtres déclinent et, bien entendu, l’être humain suit également cette tendance.
La krita est cette ère dans laquelle la justice est éternelle. Dans cette ère, la meilleure des yugas, tout a déjà été fait (krita) et rien n’est plus à faire. Les devoirs ne sont pas négligés et la morale ne décline pas. Plus tard, avec le passage du temps, cette yuga tombe dans un état inférieur. Dans cette ère, il n’y avait pas de dieux, il n’y avait ni achat ni vente, il n’y avait pas d’effort à faire. Le fruit de la terre s’obtenait par le simple désir, et la justice et le détachement à l’égard du monde prévalaient. Il n’y avait pas de maladie, ni d’involution des organes des sens avec le passage des années, il n’y avait pas de méchanceté, ni de pleurs, ni d’orgueil, ni de trahison ; il n’y avait pas non plus de dispute, de haine, de cruauté, de peur, d’affliction, de jalousie ou d’envie. De telle sorte que le suprême Brahmâ était la ressource transcendante de ces êtres parfaits. À cette époque-là, tous les humains étaient semblables dans l’objet de leur foi et dans leur connais­sance. On utilisait une seule formule (mantra) et un seul rite. Il n’y avait qu’un véda. Mais dans l’ère suivante, dans la treta yuga, commen­cèrent les sacrifices. La justice décrut d’un quart. Les hommes se rallièrent à la vérité et se consacrèrent à une juste dépendance des cérémonies. Les sacrifices prévalurent, tout comme les arts sacrés et une grande variété de rites. On commença à agir à des fins tangibles, cherchant récompense par les rites et les donations et déjà l’austérité et la simple générosité n’étaient plus objets de préoccupation. Plus tard, dans la dvapara yuga, la justice diminua de deux quarts. Le véda quadrupla. Certains étudièrent quatre védas, d’autres trois, d’autres deux et d’autres absolument aucun. En divisant de cette façon les écritures, les cérémonies furent célébrées sous des formes très diverses. Les gens, préoccupés par la pratique des austérités et des dons, se remplirent de passion. En raison de l’ignorance du véda unique, les védas se multiplièrent. Et avec le déclin du bien, seuls très peu restèrent fidèles à la vérité. Quand l’homme s’éloigna du bien, dans sa chute il se vit attaqué par un grand nombre de maladies, de désirs et de calamités causés par le destin ; c’est pour cela qu’ils subirent diverses afflictions et furent poussés à pratiquer des austérités. D’autres poursuivirent les plaisirs et le bonheur céleste et offrirent des sacrifices. Ainsi, l’iniquité amena l’homme à son déclin. Et dans la kali yuga, la justice ne fut maintenue que d’un quart.
Dans cette ère d’obscurantisme, les rites et les sacrifices cessèrent. Ici prévalurent diverses calamités, maladies, fatigues et péchés comme la colère. Dans cette ère la misère, l’anxiété, la faim et la peur se propagèrent. Les pratiques engendrées par la dégradation des yugas frustrèrent les intentions de l’homme. Ainsi la kali yuga se déroule depuis plusieurs siècles déjà.(19)
Mais la petitesse de l’histoire de l’homme n’aurait pas de sens si, en elle, il n’y avait Brahmâ. Car, que sont les 71 séries de mahayugas dans lesquelles l’homme se créé et se détruit, si ce n’est une seule des 14 manvataras ? Et qu’est tout ceci, si ce n’est un kalpa, un seul jour de Brahmâ ? À travers d’innombrables réincarnations, l’essence humaine se purifiera, reculant et avançant selon ses actions, elle préparera sa vie suivante, répondant ainsi à la loi universelle du karma. Mais à l’intérieur de chaque humain, dans sa profondeur la plus profonde, se trouve son atman. Ainsi, quand l’homme atteint l’atman, il se rend compte qu’il est Brahmâ. Cependant, cette déconcertante équivalence ne sera révélée que le jour où, renonçant à l’heureuse contemplation, il arrivera aux hommes la compassion du libéré vivant, connu au travers des siècles comme l’Illuminé(20). Que le verbe (om) appelle la gloire de Brahmâ(21), cause du temps et de l’espace sans limite, variable dans la forme, invariable dans la substance. Que l’on puisse éternellement adorer Brahmâ ! (22)
Les formes de la beauté et de l’horreur (23)
Pourquoi les dieux devraient-ils accorder leurs dons à la requête des insignifiants mortels ? En quoi de si grands êtres pourraient-ils s’intéresser à la bonne marche des affaires brèves, aux querelles et aux chagrins, aux espérances et aux dévotions ? Est-ce que de si énormes pouvoirs sont assignés à une petite région de l’insondable univers ? Est-ce qu’en chaque point où brille une étoile dansent d’autres dieux dont on n’a jamais connu ici les destins ? Quoi qu’il en soit, les dieux les plus proches marchent parmi nous et se transforment pour que nous puissions les voir. Ils s’incarnent également dans des mortels et, sous leurs mille avatars, parcourent l’existence. Les anciens disaient que, grâce aux oblations, et à notre action empreinte de droiture, les dieux augmentent leur pouvoir. Ceci explique que souvent, nous recevons d’eux des faveurs et qu’à maintes occasions, ils prennent parti pour une cause juste, rétribuant ainsi la force que nous leur donnons. À l’opposé, les obscurs démons désirent croître en s’alimentant de la nature tortueuse des choses et, en grandissant, ils prétendent obscurcir le ciel même. Les grands pouvoirs aident également ce qui est petit, créé plein de lumière, parce que même dans les petites choses se trouve leur propre essence. Il n’est pas étrange qu’une potion, presque insaisissable à l’œil, nous abatte, si en elle se trouve le poison, et nous relève, si en elle se trouve la guérison ; c’est ce qui arrive avec la potion des actions humaines offertes aux dieux bienfaisants.
Mais quelquefois, les yeux ont pu voir, si tant est que cela puisse être vu avec les yeux du corps, le grand dieu du tout. Il apparut ainsi devant Arjuna(24) sous sa forme auguste et suprême... Avec une multitude de têtes, pleines d’yeux et de bouches, parée de vêtements resplendissants, et brandissant toutes les armes divines, se présenta la Divinité. Arjuna contempla pour quelques instants les nombreux membres du cosmos. Ce fut peut-être une explosion de couleurs si brillantes qu’elles en étaient douloureuses ; ce fut peut-être un immense rugissement qui emplit les espaces. Mais pendant ce court instant, le Seigneur se montra dans son infinie diversité allant jusqu’à se transformer en des formes inconcevables et monstrueuses. Tous les pouvoirs du monde étaient broyés dans ses mâchoires féroces, tout l’existant allait se dissoudre, en se séparant de lui-même à une vitesse inconcevable. Alors Arjuna, saisi de frayeur, parvint à penser (car ni les mots, ni les muscles ne répondaient à sa volonté). Il put invoquer :
« Montre-toi Seigneur sous une forme plus proche. Je désire te voir couronné de la tiare et armé de la masse et du disque. Reprends ta forme avec tes quatre bras et présente-toi, mon Seigneur Krishna, sous ton attrayante figure humaine, qui rend la vie à mon cœur et à mon esprit, la raison. » (25)
Le vieux livre de Skanda Purana raconte qu’un démon nommé Durg, ayant fait des sacrifices pour que Brahmâ lui soit propice, reçut de celui-ci sa bénédiction. Avec un tel pouvoir, il délogea les dieux du ciel et, les envoyant dans les forêts, il les obligea à le révérer, en inclinant la tête en sa présence. Ensuite, il abolit les cérémonies religieuses, et les dieux affaiblis par cela discutèrent d’une possible solution au piège où ils s’étaient faits attraper. Mais Ganesha (fils de Shiva et de Parvati), sage protecteur des entreprises humai­nes, remuant sa tête d’éléphant, agita ses quatre bras et suggéra qu’il était absolument nécessaire d’en avertir ses parents. Immédiatement, on désigna le roi-singe Hanuman, l’astucieux et rapide conquérant de territoires, pour qu’en arrivant à l’Himalaya, il remette la requête au couple céleste... Là, dans les hauteurs, se trouvait le couple céleste qui méditait dans une union amoureuse, en harmonie et en paix. Hanuman expliqua ses motifs. Alors, Shiva, apitoyé par les difficultés que subissaient les jeunes dieux, demanda à la délicate Parvati de se charger du problème. Tout d’abord, Parvati tranquillisa Hanuman ; puis elle envoya la Nuit, pour qu’en son nom, elle exige du démon le rétablissement de l’ordre dans les mondes. Mais Durg, submergé de fureur, ordonna de mettre le feu à la Nuit. Cependant en criant l’ordre, le souffle de sa voix brûla ses propres soldats. Une fois qu’il se fut remis, il expédia ses sbires mais la Nuit, s’échappant, chercha refuge auprès de sa protectrice. Dans la plus grande obscurité, Durg, embrasé de colère, monta sur son char de combat. Une armée de géants, de chevaux ailés, d’éléphants et d’hommes, se profila, fulgurante et rouge, sur les neiges éternelles de l’Himalaya. Dans un horrible fracas, l’audacieuse invasion foula les domaines sacrés de Parvati, mais celle-ci, dans un gracieux mouvement, brandit dans ses quatre bras les armes meurtrières des dieux. Alors, il arriva que les troupes de l’arrogant Durg tirèrent leurs flèches sur l’impassible silhouette qui, debout dans l’Himalaya, se détachait à grande distance. La pluie de flèches était si épaisse qu’elle ressemblait à un rideau de gouttes d’eau dans la forte tourmente. Mais elle fit face à l’attaque avec ses invisibles boucliers. Les agresseurs coupèrent des arbres et des monts et les lancèrent contre la déesse... jusqu’à que celle-ci réponde. Elle lança une seule de ses armes ; on entendit alors un sifflement effroyable ; les chevaux ailés hennirent lorsqu’ils furent entraînés dans l’ouragan qui suivit la lance de Parvati. Rapidement, sa pointe arracha les bras de milliers de géants tandis que quadrupèdes et cavaliers se désarticulaient dans l’épouvantable impact. La déesse renvoyait en morceaux les flèches, les pieux, les masses et les piques lancés par Durg, mettant en pièces les envahisseurs les plus proches. Alors Durg, prenant la forme d’un énorme éléphant, fonça sur Parvati, mais celle-ci enlaça les pattes de la bête et, de ses ongles de cimeterre, la coupa en morceaux. Du sang coulé émergea un abominable buffle qui, s’élançant de tout son poids, se trouva embroché sur le trident de Parvati. Fuyant et grièvement blessé, Durg prit alors sa véritable forme ; mais la déesse l’avait déjà élevé dans les airs et le brisa contre le sol ; la terre retentit alors d’une voix de tonnerre. Immédiatement, Parvati enfonça un bras dans la gueule du démon et elle en retira les viscères palpitantes. Implacable, dans une terrible étreinte, elle fit que le corps expulsât le sang à gros bouillons tandis qu’elle le buvait jusqu’à le vider. Enfin, pour que Durg ne renaisse pas, elle dévora ses restes et rassemblant les os, elle les pressa si fortement dans une main que, réduits en poussière, ils s’incendièrent. Relâchant les doigts, le vent gelé des sommets n’emporta comme souvenir qu’un minuscule tas de cendres. Elle reçut ensuite les offrandes des dieux et, pressée, retourna auprès de son bien-aimé Shiva. Ainsi, belle et tendre, elle se réfugia avec lui dans la plus douce des musiques et dans la plus délicate splendeur de l’immortalité.


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MessagePosté le: Dim 15 Fév 2015 - 11:17    Sujet du message: Mythes racines universels Répondre en citant

VII - Mythes perses

La plainte de Zarathoustra (1)
Quand Zarathoustra eut 30 ans, il abandonna sa terre et s’en alla en un lieu éloigné(2). Longtemps, il vécut là, dans sa caverne. Il ne s’alimentait que d’un fromage qui jamais ne diminuait et il buvait l’eau pure de la montagne. Durant la nuit, le feu lui parlait et il comprit ainsi l’orientation des étoiles. Durant le jour, le soleil lui parlait et il comprit ainsi la signification de la lumière(3). Mais un matin très tôt, la plainte des animaux de la terre arriva jusqu’à sa caverne... Parce que les vaches et les troupeaux ont une âme, Zarathoustra écouta cette grande âme, Kine, demander à Dieu ses bénédictions. Élevant sa lamentation, qui était comme un grand mugissement, Kine dit :
« Mon âme souffre, Ahura Mazda(4). Pour qui m’as-tu créée ? À l’image de qui m’as-tu modelée ? Accorde-moi le bien, empêche les tribus de bandits de mener le bétail à la mort. Je sens que je suis entourée par la colère, la violence, le fléau de la désolation, une audace insolente et de nature emportée. Sauve mes animaux, ô Ahura Mazda, toi qui fournis les verts pâturages ! »
Alors Zarathoustra, de l’entrée de sa caverne, regarda le jour et demanda à Ahura Mazda :
« Permets à l’Esprit Bienfaiteur de Zarathoustra de guider ceux qui travaillent la terre, pour que celle-ci donne de bons pâturages et fortifie les troupeaux, pour que les vaches donnent du lait et le lait du fromage, pour que le fromage nourrisse les hommes qui travaillent, pour que jamais plus le pillard ne ruine le village et qu’au contraire, il se convertisse en l’ami qui apprend à travailler et à partager. C’est ainsi que je veux remercier tes enseignements et la nourriture que tu m’as offerte. Je me rappelle mes questions initiales, quand en toute naïveté, je les formulais, il y a déjà bien longtemps et que toi, bienveillant, tu me répondais. Ainsi je te disais : “Qui est celui qui fit tout naître ? Qui traça les chemins du soleil, de la lune et des étoiles(5) ? Qui soutint la Terre en dessous et les nuages au-dessus pour qu’ils ne tombent pas ? Qui fit les eaux, les vents et les plantes ? Qui inspira les bonnes pensées(6) ? Qui créa le rêve et les délices ? Qui fit naître l’aube, le jour et la nuit pour qu’ils soient des aides au devoir(7) ? Qui créa Kine, sans laquelle notre vie serait misérable(8) ?»
Et avec une patience infinie, Seigneur de la Lumière, tu m’expliquas comment réagit le premier père Yima(9). Ainsi tu dis :
« Moi, Ahura Mazda, je te demande de méditer et d’apporter ma loi. » Mais Yima répondit qu’il ne pouvait ni méditer, ni enseigner, ni apporter la loi. Alors, je le chargeai de prendre soin de mes mondes pour les rendre fertiles, je lui apportai les armes de la victoire et je lui fis rectifier son pas vers la Terre Mère, qui portait en son sein les animaux et les hommes. Parce que Yima, de sa lance en or, avait rendu fertile Spenta Amaiti, la Terre mère. Dans ce monde nouveau, le bétail, les animaux et les hommes se multiplièrent(10). Et les hommes célébrèrent le vaste empire de Mithra(11), combattirent Indra(12) et ne donnèrent pas le Haoma purifié aux impurs(13) ; de même, ils comprirent que le premier péché est d’avoir des paroles méprisantes à l’égard d’un homme pur(14).
« J’ai posé les questions et à toutes, tu as répondu », dit Zarathoustra. « Puisque le père Yima ne voulut pas octroyer la sagesse, mais prit soin de tes domaines et les étendit, il est temps que je fasse ce qui correspond à ton enseignement. »
Lumière et ténèbres
Chacun des deux esprits primitifs est indépendant dans ses pensées, dans ses mots et dans ses œuvres(15). Au début, les deux esprits se réunirent pour ordonner le monde, ils destinèrent la pire vie, l’enfer, pour la méchanceté et le ciel pour le meilleur état mental(16). Chacun des deux esprits créa son royaume, l’un fit les demeures d’erreurs, l’autre fit les demeures de justice. Ahura Mazda(17) choisit ceux qui lui plurent par leur bonté, tandis que l’Esprit Mauvais personnifié choisit les démons-dieux et tous ceux qui contribuaient à souiller la vie des mortels(18). En livrant la bataille qui commença quand les daevas(19) prirent le démon pour allié, le Saint-Esprit aura gagné le royaume(20). Des deux premiers esprits du monde, le bon dit au nuisible : « Ni nos pensées, ni nos commandements, ni notre intelligence, ni nos croyances, ni nos œuvres, ni notre conscience, ni nos âmes ne sont d’accord en rien !(21) »


Les anges et le Sauveur
Fin du monde, résurrection et jugement
Mais maintenant la Lumière d’Ormuz (Ahura Mazda) et l’Obscurité de l’Esprit du Mensonge (Ahriman) luttent en chaque chose. C’est pourquoi tous les êtres ont leur partie bonne et leur partie impure. C’est pourquoi le devoir du saint (en qui prédomine la lumière) est d’illuminer les hommes, en faisant reculer l’obscurité. Mais à la fin du monde, la méchanceté fera semblant de triompher pour confondre les esprits. Les bons seront persécutés et on leur attribuera tous les défauts qui appartiennent aux pervers, alors que ceux-ci simuleront la plus grande droiture. Mais ce sera le moment où Ormuz enverra son fils Saoshyant pour sauver le monde(22). Il sera aidé par les esprits ailés de la Lumière que sont les anges et les archanges, tout comme le côté ténébreux sera assisté par les hiérarchies des démons. Tout restera aligné pour la bataille finale et alors, dans un cataclysme universel, Ormuz vaincra Ahriman. Grâce au pouvoir d’Ormuz, un monde nouveau et pur surgira. Les morts ressusciteront, revêtus d’un corps glorieux. Les anges et les archanges tendront le pont du jugement par où passeront les justes(23). Mais le pont splendide et solide commencera à se fermer au passage de celui qui fut réprouvé et il tombera. Les âmes de ceux qui moururent dans le péché se réuniront avec ceux qui servirent les mauvais gouvernants, avec ceux qui dirent de trompeuses paroles et ceux qui conservèrent une mauvaise conscience. Toutes les âmes injustes seront accueillies dans la Demeure du Mensonge(24), tout comme les âmes des justes résideront dans la Demeure des Chansons.
Voilà la récompense que Zarathoustra annonça à ceux qui sont disposés pour la cause, à ceux qui peuvent recevoir les dons de l’Esprit de Bonté qui est à l’intérieur de chaque être humain(25).


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MessagePosté le: Dim 15 Fév 2015 - 11:18    Sujet du message: Mythes racines universels Répondre en citant

VIII - Mythes gréco-romains (1)

La lutte des générations d’immortels
De l’éternel Ouranos (ciel) et de la mère Gaïa (terre) naquirent six titans qui, avec leurs sœurs titanides, engendrèrent une génération de dieux. Mais c’est avec le grand Cronos (temps), le plus jeune des titans, que tout commença à se dérouler de telle façon que ce qui suit, succède à ce qui précède. Avant lui, les temps couraient par sauts et dans toutes les directions : le passé succédait au futur et, parfois, tous les instants s’écoulaient en un faisceau concentré. En réalité, les mortels ne peuvent rien dire de ce qui fut avant le commencement des choses (c’est pour cela que certains font découler de Cronos tout ce qui peut se penser).
Les fils étaient en colère contre leurs parents, car chaque fois qu’un nouveau frère allait naître, Ouranos le maintenait dans le sein de Gaïa, sans lui laisser voir le jour. C’est pourquoi Gaïa fabriqua une faucille aiguisée et, la montrant à ses enfants, leur expliqua sa machination. Son fils Cronos accepta l’instrument que sa mère lui offrit, et avec lui elle prépara une embuscade. Quand Ouranos, désireux d’amour, s’étendit sur Gaïa, le fils sortit de l’obscurité avec résolution et coupa les organes génitaux de son père, les jetant en arrière(2).
C’est ainsi que, dans le règne de l’univers, Cronos renversa son père. Il s’unit ensuite à sa sœur Rhéa et, avec elle, il commença à engendrer des fils, mais il les dévorait à leur naissance pour éviter qu’aucun descendant n’obtienne la dignité royale et ne puisse le renverser à son tour parmi les immortels. Rhéa, ne pouvant éviter cette tuerie, demanda de l’aide à ses parents qui savaient que le destin de Cronos était d’être remplacé au pouvoir par l’un de ses fils. Ainsi seraient vengées les Erinnyes que le monstrueux Cronos avait dévorées(3) et ainsi il serait mis fin à la série des assassinats qu’il préparait de son esprit aiguisé(4).
Quand Rhéa fut sur le point d’accoucher, ses parents l’envoyèrent en Crète et là, dans la grotte d’un mont caché, elle donna le jour au grand Zeus. Une fois né, on le présenta enveloppé dans ses langes à son père Cronos qui s’apprêta alors à le dévorer... Mais il s’avéra que l’enfant qu’il dévorait était une roche, bien dissimulée, que Cronos finit par vomir, en même temps que les enfants qu’il avait engloutis auparavant. Entre temps, Zeus avait suffisamment grandi pour s’emparer de son père et le dépouiller de ses attributs. Ainsi, le glorieux Zeus commença à faire tourner le Destin qui allait le mener à gouverner les immortels. Et pour que tous se souviennent des vicissitudes de sa naissance, il cloua la roche de la tromperie dans les gorges du Parnasse(5).
La lutte inévitable surgit entre le parti de Zeus, ses frères et ses alliés, et celui de Cronos et des titans. Zeus montra sa force en descendant avec l’éclair du mont sacré Olympe, tandis que le tonnerre faisait retentir les cieux et que les éclairs tourbillonnaient, faisant tourner la flamme sacrée(6). La terre crépitait de feu, alors que les eaux de l’océan bouillonnaient et qu’une fumée ardente entourait les Titans, aveuglant tout regard par la splendeur de l’éclair(7). Ainsi se poursuivit la formidable lutte jusqu’à ce que les dieux, empoignant les Titans(8), les enchaînent et les envoient dans les profondeurs des montagnes, dans une zone humide, aux confins de l’immense terre(9).
Prométhée et le réveil des mortels
Je sauvai les mortels du déluge en chargeant Endymion et Pyrrha de la construction d’une barque et leur expliquai ensuite, lorsque le vaisseau descendit doucement sur les monts de Thessalie, comment rétablir ce qui avait été dévasté. Ami de la connaissance et de la paix, je suis sur le point d’atteindre mon objectif ; c’est pour cela que j’ai fait bénéficier les mortels de la sagesse. Souvent, il arrive que cette même science soit avilie par les rêves de domination que les dieux inspirent aux hommes pour les perdre, les ramenant aux époques obscures d’où je les avais arrachés. Mais ayons foi dans le progrès ! Et quand les partis s’affrontent, répétez avec moi ces mots amers, qui sans être vulgaires, n’en sont pas moins vrais :
« Faites la guerre, mortels imbéciles, détruisez les champs et les villes, violez les temples et les tombeaux et torturez les vaincus. En faisant cela, vous préparerez votre propre destruction ! » (10) Et que cet avertissement vous serve à quelque chose !
Comme Zeus, moi, Prométhée, suis fils de titans. Zeus n’a jamais vu d’un bon œil que je me sois maintenu à l’écart de la lutte divine. Et ce fut ainsi. Les titans avaient beau être malveillants, Zeus, dans ses desseins et son arrogance, ne valait pas mieux. Quand les olympiens s’emparèrent finalement du gouvernement du monde, ils voulurent maintenir leur pouvoir tyrannique et, dans leur cruauté, ils mutilèrent le corps et l’esprit des fragiles humains, voyant en eux de futurs ennemis. Ils les couvrirent de superstitions et d’ignominies, et jusqu’à ce jour, on respecte encore le mensonge de cette tribu d’immortels oppresseurs. Qui, sinon moi, donna la connaissance aux mortels qui, après des siècles, regardaient sans voir, et entendaient sans écouter ? Semblables aux fantômes des rêves, il n’y avait de choses qu’ils ne confondissent. Ils vivaient dans les profondeurs des cavernes et avaient peur de la lumière. Ils ne connaissaient ni la brique, ni le bois pour construire leurs refuge ; ils ne comprenaient pas non plus la succession des saisons, ni le lever et le coucher des astres. Ils faisaient tout sans entendement, jusqu’à ce que je leur enseigne à atteler les bêtes au joug, à semer et à récolter, à composer les chiffres et les lettres et à construire les chariots qui sillonnent les eaux(11). Tout arrivait aux hommes sans qu’ils puissent choisir, car il leur manquait la connaissance. Ils ne purent connaître ni la médecine, ni les métaux jusqu’à ce que, par moi, ils obtinssent tous ces arts(12). Et je laisserai certains, qui rendent encore hommage aux olympiens, raconter leur fausse histoire qui dit ainsi :
« …Quand les dieux et les mortels se battaient encore, Prométhée essaya de tromper le grand Zeus en remplaçant les riches aliments par des os et de la graisse. Face à cela, l’Olympien s’écria : « Japetonide(13), comme tu as fait là des parts bien inégales ! » Depuis lors, les tribus de mortels se souviennent de ce fait en brûlant pour les dieux, sur leurs autels, des os d’animaux enduits de graisse fumante. Mais pour éviter de nouvelles tromperies qui profiteraient à ses amis et porteraient préjudice aux olympiens, Zeus fit en sorte que les frênes n’aient pas la force suffisante de produire le feu. Mais recommençant encore une fois, l’astucieux Prométhée se moqua des desseins sacrés en volant, dans un jonc creux, le feu inextinguible qu’il remit aux mains des hommes. Zeus tonitruant s’irrita quand, de loin, il vit le feu et comprit son origine. C’est pourquoi, et aussi pour que l’on sache qu’on ne peut transgresser la volonté divine, il retint le rusé Prométhée par une chaîne qui, passant à travers une colonne, était fixée à un rocher. Ainsi, malgré sa grande sagesse(14), le Japetonide souffrit une punition méritée. En effet, attaché à la colonne, il recevait tous les jours la visite d’un aigle qui dévorait son foie, lequel se régénérait chaque nuit. »
Quoi qu’il en soit de cette fausse histoire, le fait est qu’un mortel, Héraclès, toucha avec sa flèche l’aigle dévoreur. Alors Zeus admit le fait, et se résigna à ce que je charge une partie de la chaîne et du rocher que j’avais arrachés avec l’aide du héros.
Maladroit, Zeus ne voulut pas écouter les conditions que j’avais à l’esprit pour en faire bénéficier les deux parties. C’est seulement lorsque je l’avertis au sujet de son futur qu’il vit le danger et, à contre cœur, rétribua de ma liberté le conseil dont il avait besoin. Et alors, obstiné, il pensa que, bien que libre, mon temps était bientôt terminé puisque l’immortalité ne m’avait pas été concédée. Mais, Chiron, le bon ami, et éducateur des mortels, échangea son sort avec le mien et, choisissant la descente à Hadès, il laissa l’éternité entre mes mains. Maintenant, après beaucoup de pénuries et de fatigues, stimulant toujours l’espérance, j’attire les humains pour qu’eux aussi conquièrent la liberté et leur destin immortel.


Déméter et Perséphone Mort et résurrection de la nature (15)
Je chante pour Déméter, pour elle et pour sa fille Perséphone qui fut enlevée alors qu’elle cueillait des fleurs dans les prés. Cent boutons de fleurs jaillissaient d’une même racine et au moment où elle décida de prendre ce bouquet, la terre retentit, s’ouvrit et vomit de ses entrailles le souverain Hadès porté par de noirs coursiers. Contre sa volonté, la fille fut emmenée par Hadès dans son royaume souterrain. Nul ne vit, ni n’entendit ce qui s’était passé, et Déméter durant neuf jours, cherchant sa fille, ne put goûter à l’ambroisie. Mais le Soleil qui voit tout, dit à la malheureuse mère tout ce qui était arrivé :
« Aucun mortel n’est coupable de ce qui est arrivé, seul Zeus est responsable de tout parce qu’il donna ta fille Perséphone en guise de cadeau à Hadès. Mais, ô Déesse, cesse tes pleurs, car Hadès, frère du généreux Zeus, n’est pas un gendre à mépriser. »
Enflammée de fureur, la déesse abandonna l’agora céleste et le vaste Olympe et descendit dans les villes et dans les champs des hommes, enlaidissant son aspect pour ne pas être reconnue. Mais les biens que Déméter distribua restèrent limités à cause de son état d’âme ; c’est pourquoi, rien ne germait, ni ne donnait de fruits. Alors Zeus fit appeler la déesse offensée; mais celle-ci refusa, désireuse qu’elle était de retrouver sa fille. C’est ainsi que le père des dieux envoya Hermès, aux pieds ailés, parlementer avec l’infernal Hadès, à qui il dit :
« Hadès, roi des morts, Zeus m’envoie pour que je sorte Perséphone de tes domaines, afin que sa mère puisse la revoir et calmer sa colère qui empêche la germination des semences, ce qui détruira la fragile race des mortels. »
Hadès recommanda aussitôt que Perséphone parte. Celle-ci sauta de joie ; mais il lui donna à manger un mystérieux grain de grenade afin qu’elle revienne vite vers ses ténébreux domaines. Ensuite, Hadès remit son char à Hermès et celui-ci, accompagné de Perséphone, entreprit le retour. Les retrouvailles entre la mère et la fille émurent les dieux et Zeus, qui voit au-delà, envoya chercher la mère Rhéa ; c’est ainsi que dans la rencontre celle-ci dit :
« Viens là, ma fille ! Zeus le tonitruant t’appelle pour que tu t’installes dans les familles des divinités ; il a promis de te donner les honneurs que tu désires parmi les dieux immortels ; il a acquiescé de la tête pour que, au cours de l’année, ta fille passe un tiers du temps dans l’obscurité ténébreuse et les deux autres tiers avec toi et avec les autres immortels. Il a dit que cela s’accomplirait ainsi, et il l’a ratifié d’un mouvement de tête. Va, ma fille, et obéis. Ne t’irrite pas démesurément et fais en sorte que poussent rapidement les fruits dont vivent les hommes. »
Déméter obéit, et fit sortir immédiatement les fleurs et les fruits dans toute la nature. Et elle expliqua les mystères vénérés qu’on ne doit ni négliger, ni scruter, par respect envers les dieux. Heureux parmi les hommes ceux qui ont contemplé ces mystères car les non-initiés ne parviennent pas, après leur mort, au bonheur de voir dans l’obscurité ténébreuse !
Dionysos, la folie divine
Aucun de nous ne sait rien de rien; nous ne savons même pas si nous savons ou pas, ni si nous savons que nous savons ou que nous ne savons pas; ni si, en définitive, il y a quelque chose ou s’il n’y a pas. Parce que les choses sont ce que l’on croit d’elles(16). C’est pourquoi, on doit faire bouger la raison, et ouvrir un autre horizon pour que les dieux parlent.
Je chante le bruyant Dionysos, couronné de lierre et de lauriers, fils de Zeus et de Sémélé, membre de la tribu des immortels. Dans les bois, les nymphes le suivent et il remplit les espaces obscurs avec grand fracas. Salut, ô Dionysos, celui aux nombreuses grappes ! (17)
Sémélé, doutant que son amant fut Zeus lui-même, lui demanda de se manifester dans toute sa puissance. L’olympien voulut la contenter mais l’apparition fut si grande et si terrible qu’elle mourut foudroyée. Son fils, n’étant pas encore né, fut arraché de son sein par le dieu, mais comme il lui manquait un temps suffisant de gestation, Zeus coupa sa propre cuisse et l’y greffant, il cousit ensuite la blessure. Le temps venu, son père l’extirpa vivant ; c’est pourquoi, on l’appela “Dionysos” : “jeune Zeus” ou également “le deux fois né”. Mais Héra, jalouse des amours de Zeus avec Sémélé, chercha l’enfant nouveau-né pour en finir avec lui. De sorte que Dionysos dut être emmené en Égypte et éduqué dans de profondes cavernes, et pour une plus grande sécurité, Zeus, son père, le transforma en cabri. Quand Dionysos fabriqua le vin de la vigne, il était déjà un jeune homme. C’est là que la vindicative Héra le découvrit et le rendit fou ; elle fit en sorte qu’il erre en de nombreux pays jusqu’à ce que l’asiatique Cybèle, Grande Mère de nombreux peuples, le purifie en lui rendant la raison grâce à de mystérieux procédés. Entouré de bacchantes, il fit connaître la vigne de peuple en peuple. Dans l’un d’eux, un tyran voulut détruire la plante sacrée, mais rendu fou, il coupa ses propres jambes et ses sujets l’écartelèrent alors pour éloigner la malédiction du dieu. En arrivant en Inde, il soumit les peuples par son ivresse et ses rites et revint ensuite en Grèce. Là, son culte se heurta à la résistance d’un autre gouvernant qui, en conséquence, fut mis en pièces par des femmes prises de délire et d’ivresse. Allant de lieu en lieu, il voulut arriver aux îles grecques et pour cela, il s’installa sur les plages en attendant le passage d’un quelconque navire. Ce qui arriva finalement, mais les marins eurent l’idée de le faire prisonnier pour le vendre comme esclave. C’est ainsi que l’équipage vit grandir des vignes sur tout le bateau tandis que des jets de vin jaillissaient sur le pont et que Dionysos changé en lion rugissait menaçant. Rendus fous, ils se jetèrent à la mer, transformés en dauphins qui, encore aujourd’hui, tournent autour des vaisseaux, essayant toujours d’expliquer aux navigateurs leur destin confus. Mais Dionysos poursuivit son travail missionnaire... Rencontrant la crétoise Ariane (celle qui, de son fil, parvint à déjouer les labyrinthes du Minotaure), il racheta sa peine d’amour. Le dieu continua sur son char tiré par des panthères, son front ceint de feuilles de vigne et de lierre, tenant dans sa main le thyrse divin. Chaque fois qu’il parvenait auprès d’un nouveau peuple, il instaurait son culte, et durant les nuits, au feu des torches, ses dévots enivrés dansaient au son des tambourins, des cornes et des flûtes. En extase divine, les bacchantes abattaient les prétentions de la raison et lorsque les dévots reprenaient leur bon sens, ils doutaient de ce qu’ils avaient vu avant et après. Pour cela, célébrant l’obscur Dionysos et le lumineux Apollon, à la fusion de leurs enseignements, l’âme humaine apaisa la férocité de son instinct déchaîné et la raison lointaine se pencha sur la compréhension de ses profondeurs. Et ainsi, quand la vindicative Héra reconnut le mérite de Dionysos, celui-ci put retourner à l’Olympe. Cependant, il descendit auparavant aux enfers et là, il délivra pour la vie l’ombre triste de sa mère Sémélé.


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MessagePosté le: Dim 15 Fév 2015 - 11:18    Sujet du message: Mythes racines universels Répondre en citant

IX - Mythes nordiques (1)

Yggdrasil, l’arbre du monde
Mais à la maison, puissants et affables,
Arrivèrent ensuite trois ases de cette famille ;
Sur terre ils rencontrèrent Ask et Embla
Peu vigoureux et dépourvus de chance.
Ils n’avaient alors ni âme, ni génie,
Ni vie, ni parole, ni bonne couleur ;
Odin les anima. Honir leur donna le génie,
Lódur leur donna la parole et la bonne couleur.(2)

Dans les horizons de glace, dans les froids hivers du Grand Nord, quoi de plus désirable que l’arbre, germe du feu, fourrure chaude et protectrice de la horde guerrière, corps de serpent qui nous porte à l’intérieur de l’incursion viking, outil du champ fertile, témoin de l’engagement que nous célébrons devant lui ! Nous aimons la plante et bien que le soleil soit d’or, nous sentons qu’il est végétal. C’est pourquoi nous avons toujours songé que la fin de ce monde surviendra quand le loup dévorera le soleil, quand une chape obscure se posera sur la terre, quand les plantes mourront. Nous descendons de Ask (“frêne”) et d’Embla (“orme”) deux beaux troncs tombés, qui, par la volonté des dieux, des ases formateurs, revinrent à la vie en tant qu’êtres humains.
Ases et asiniennes aiment également l’arbre ; c’est pour cela qu’ils se réunissent et délibèrent en ce lieu. Mais mieux vaut qu’en parlent ceux qui savent le faire. Gangleri demanda : « Quel est le lieu où les dieux se réunissent ? » Et Hár répondit : « Dans le frêne Yggdrasil. Là, quotidiennement, les dieux tiennent leur tribunal, et c’est de là qu’ils tracent le destin du monde. » Alors Jafnhàr ajouta :
« Les branches du grand arbre s’étendent sur tous les mondes mais ses trois racines naissent là où les ases(3) ont leur demeure, là où vivent les géants de glace(4) et là où se trouve le Nilfheim(5). Sous cette dernière racine se trouve Hvergelmir(6). Et en ce lieu, Nidhögg(7) mord la racine. Sous la racine qui va vers les géants de glace se trouve la source Mimir(8) dans laquelle on trouve la connaissance. Odin arriva jusqu’à elle et demanda qu’il lui fut permit de boire ses eaux ; mais il ne put le faire qu’en arrachant un de ses yeux pour le laisser en offrande. » (9)
Certains disent qu’Odin, grand voyageur, cherchant toujours la sagesse, alla en d’autres pays. Là, il descendit dans les profondeurs des mines et s’emparant du nain Alberico (à ce qu’ils disent), il se fit remettre le heaume qui rend invisible et l’anneau, possesseur du grand secret de l’or du Rhin, que le gnome avait dérobé à la surveillance des ondines. C’est aussi pour cela que les géants Fafnes et Otr se disputèrent avec Odin. L’un resta inanimé avec le crâne brisé et l’autre, transformé en dragon, vécut en défendant le trésor des Nibelungen, jusqu’à ce que Siegfried (notre Sigurd) le tue, s’emparant de l’anneau à l’origine de tant de maux ; maux qui se perpétuèrent et qui vinrent finalement à bout de tous ceux qui avaient été en relation avec lui. Car seule la sagesse d’Odin peut manier ces forces. Odin, lui qui consulte parfois les pendus, lui qui se lance dans toute entreprise envahi par cette “soif de savoir”, comment n’allait-il pas aller vers les nornes, boire l’eau de la connaissance ? Odin les supplia de le laisser goûter de ces eaux ; elles le lui permirent mais en échange de l’un de ses yeux. Maudites soient les trois nornes qui blessèrent le visage divin pour prendre son bien !(10) Ces trois femmes, appelées Urd(11), Verandi(12) et Skuld(13) façonnèrent les jours des hommes. Mais il y a aussi d’autres nornes qui décident de la vie des mortels, des elfes et des gnomes. Les bonnes vies sont régies par les nornes bienveillantes et les vies mauvaises par celles de lignage pervers.
Mais il y a encore beaucoup d’autres choses à évoquer : comment oublier le cheval de Balder qui accompagna le héros au bûcher lorsqu’il mourut ; ou encore le cheval d’Odin, le magnifique Sleipnir, qui, de ses huit pattes, traça les distances du monde ? Et notre mémoire se réjouit en se rappelant les cygnes qui s’abreuvaient aux sources sacrées(14).
Thor, les Walkyries et le Walhalla
Le guerrier et son ciel
De tous les ases, Thor est le plus fort. Dans son royaume se trouve la demeure la plus grande que l’on connaisse. Le dieu se déplace sur un char traîné par deux grands boucs et porte sur lui ses trois pouvoirs : le marteau Mjöllnir, qui est comme le tonnerre et que les crânes des trolls de glace et des géants des montagnes connaissent bien. Son autre pouvoir réside dans le ceinturon qui accroît sa force quand il le ceint. Et enfin le pouvoir de ses gants de fer avec lesquels il prend son marteau et grâce auxquels le manche ne lui échappe pas des mains quand il donne ses coups furibonds. La charge de Thor est terrible mais elle ne l’est pas seulement sur les champs de bataille. Quand la bataille commence, les Walkyries chevauchent et choisissent ceux qui sont destinés à mourir avec courage. Elles entraînent les héros et les font parvenir jusqu’au Walhalla(15), là où se trouvent les énormes portes et les salles construites avec des boucliers ; là sont dressées les tables et les jarres ; là, ils mangent le sanglier sacré.
À l’aube, les guerriers sautent de leurs couches, prennent leurs armes et s’élancent vers les champs de batailles. Ils se combattent et s’abattent les uns les autres en combat singulier. C’est pour les héros le meilleur amusement de la journée. Au coucher du soleil, ils reviennent au Walhalla sur leurs chevaux et ayant passé les gigantesques portes, ils s’installent dans la salle. Joignant leurs bras en une grande chaîne et comme mus par le vent du ciel ou les vagues de la mer, ils se balancent de droite et de gauche tout en chantant avec fracas. Après, ils boivent entre amis. (16)
Ragnârök, le destin des dieux (17)
L’Hiver Terrible viendra et la gelée persistante dans les vents glacés accompagnera la neige qui ne cessera pas non plus. Il y aura alors de grandes batailles motivées par l’avarice. Le frère donnera la mort au frère et les familles seront détruites, plongées dans le meurtre et dans l’inceste(18).
Dans son chant, dans son völuspa, la vieille devineresse avait prédit la rupture des chaînes du gardien de l’Enfer. Elle y annonçait la chute des dieux(19), l’écroulement du monde(20). Elle vit le loup dévorer le soleil tandis qu’un autre loup engloutissait la lune. Elle vit tomber les étoiles et entendit trembler la terre. Elle annonça la rupture des chaînes qui retenaient le loup Fenris et la destruction des limites de la terre lorsque le serpent marin, remuant les océans, s’avança sur la terre ferme.
Le vaisseau Naglfar, construit avec les ongles des morts, aura été achevé et prendra la mer, bien que les dieux auront essayé de retarder sa mise à l’eau, car l’on n’aura pas recueilli à temps assez de morts, et leurs cheveux et leurs ongles continueront de croître sans que personne ne puisse les couper. Le ciel s’ouvrira en deux et le frêne Yggdrasil tremblera. Tous les ases avec leurs brillantes armures avanceront vers le champ de bataille ; là, Odin, avec son heaume d’or avancera en luttant dans la gueule du loup Fenris ; Thor donnera la mort au grand serpent mais succombera à son tour par son venin. Vitharr cassera la mâchoire supérieure du loup et chacun des ases et chacun des monstres se tueront mutuellement. Alors Surtr, crachant le feu, brûlera le monde. (21)
Que restera-t-il alors du ciel et de la terre ? Qu’en sera-t-il des dieux ? La devineresse prédit que les images des dieux, de la terre et des gens d’avant se seront évaporées comme une hallucination, comme celle que vécut Thor au moment où il crut qu’il allait être vaincu. L’illusion d’un monde et des dieux correspondant à ce monde se sera évaporée. Alors, les hommes qui s’étaient cachés auront pour aliment la rosée du matin. La terre sera belle et verte ; elle donnera des fruits sans être ensemencée et on y trouvera des palais aériens. Tous se réuniront pour parler ensemble et se rappeler leur sagesse d’antan et ils parleront de ce qui arriva jadis, du Serpent qui entoure la Terre et du Loup Fenris. Ils trouveront également dans l’herbe ces pièces d’or avec lesquelles les ases jouaient sur leurs échiquiers. L’humanité sera prête pour l’apprentissage et c’est pourquoi, elle commencera à marcher parmi les dieux. Mais rien de plus ne doit être ajouté car rien de ceci ne s’est encore accompli.
Ainsi se ferma le cycle du dernier des Vikings. On entendit la voix de Haki tandis que son grand serpent se faufilait vers la mer. On entendit les phrases que Haki adressait à son fils tandis que la brume, en un épais manteau, s’abattait sur ses épaules. Un flamboiement rouge incendia le brouillard et le rugissement des vagues embrassa la rumeur de ses paroles. Alors Haki dit ainsi :
« Ne sois pas trompé par ces fables avec lesquelles nous avons rendu innocent le savoir que nous avons reçu. Pour l’instant, c’est au tour des gens étranges d’avancer, des gens intolérants qui effacent la mémoire d’autres peuples. Il leur plaira d’entendre que l’Yggdrasil va se flétrir parce qu’Odin a coupé une de ses branches pour en faire sa lance. Ils claqueront leur langue avec délice parce qu’Odin a perdu un œil. Ils se réjouiront parce que notre ciel tombe en un effroyable craquement et il leur semblera que cela annonce l’aube de leur temps. C’est ainsi que nous avons raconté nos histoires mais ils ne savent rien... L’Yggdrasil se dresse, immense, et la nuit il resplendit ; tout le ciel tourne autour de l’axe du Grand Nord tandis que la pointe de l’axe communique avec l’étoile fixe et que le soleil tourne, blafard, dans les horizons glacés. Ils célébreront leur jour le plus important avec notre arbre enneigé et à son sommet se trouvera l’étoile fixe ; et cette nuit-là, nous leur enverrons des cadeaux, en descendant du ciel dans un traîneau doré tiré par des rênes. Dans leurs rêves et leurs contes habiteront nos lutins, nos trolls, nos géants et nos anneaux enchantés. Nos forêts les appelleront et quand ils tourneront la tête très rapidement, ils pourront voir un elfe ; ils entendront le chant de l’ondine dans les ruisseaux murmurants et chercheront la marmite d’or que les nains ont laissée derrière l’arc-en-ciel... Mais laissons-là ! Dans nos glaciers et nos champs de neige surgit le volcan et le geyser projette sa chaleur. Ajuste la main sur le gouvernail, fils et ami ! Déjà, nous abandonnons les fjords connus. Dans les aurores boréales, les dieux dansants changent de couleur tandis que nous autres, ici-bas, chevauchons les vagues de la mer furieuse. » (22)
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MessagePosté le: Dim 15 Fév 2015 - 11:19    Sujet du message: Mythes racines universels Répondre en citant

X - Mythes américains

Popol Vuh (Livre du peuple Quiché) (1)
L’histoire perdue
Dans ce livre appelé Popol Vuh était dépeinte l’arrivée des premières peuplades qui venaient de l’autre côté de la mer(2). Là, était racontée l’histoire de l’obscurité et de la vie que l’on trouva sur ces nouvelles terres. Ceci fut le premier livre peint autrefois(3). Dans cette narration, était décrit comment se formèrent le ciel, la terre et l’enfer, et comment chacun d’eux fut divisé en quatre parties, en tendant la corde à mesurer. Avec quatre points, on forma les carrés qui furent divisés en trois : le carré du ciel, le carré de la terre et le carré du monde souterrain.
Les générations humaines : l’homme animal, l’homme d’argile, l’homme de bois et l’homme de maïs
Tandis que les formateurs travaillaient, ils pensèrent que, lorsque la clarté naîtrait, un être devait apparaître qui les invoquerait et pour ce faire, il devait savoir parler et pouvoir nommer. Et il devait manger, boire et respirer. Pour cet être futur, ils créèrent un monde adapté qui possédait terre, eau, air, plantes et animaux. Ayant terminé la création, ils dirent aux animaux : « Parlez et louez-nous ! » Mais ils ne parvinrent pas à les faire parler. Chacun de ces animaux ne faisait que crier à sa façon et le créateur et le formateur se dirent : « Nous n’avons pas réussi à ce que les animaux parlent et invoquent notre nom. Ce n’est pas bien. Vos chairs seront broyées. » Et les animaux servirent d’aliments les uns aux autres.
L’aurore approchant, ils se dirent qu’ils devaient se hâter et réaliser une autre tentative. Ils firent l’homme de boue mais celui-ci ne bougeait ni la tête, ni les membres. Au début, il parlait mais il n’avait aucun entendement. D’abord, il se durcit mais ensuite, il s’humidifia dans l’eau et ne put tenir debout. Alors ils défirent leur œuvre et discutèrent en conseil.
Ils décidèrent de faire un homme de bois et ils se mirent en action. Ils firent les hommes-poupées. Ils parlaient et se traînaient par terre. Ils eurent des enfants qui étaient des poupées de bois. Leurs mains n’avaient pas de sang et secs étaient leurs pieds. Face à l’échec des poupées, les formateurs envoyèrent une forte pluie. Un déluge se forma qui tomba du plus profond du ciel. Tous les êtres se soulevèrent contre les hommes de bois. Les animaux, grands et petits, les pierres, les assiettes, les jarres, les marmites, tous se levèrent et commencèrent à crier : « Vous nous brûliez, maintenant c’est nous qui vous brûlerons, vous nous frappiez, maintenant c’est nous qui vous frapperons ! » Ne sachant où se réfugier, les hommes de bois montèrent sur les maisons mais celles-ci les jetèrent de leur toit ; ils voulurent se cacher dans les cavernes mais celles-ci se fermèrent et les broyèrent. Ainsi furent-ils annihilés. Aujourd’hui, on dit que leurs descendants sont les singes des forêts. Ces êtres ressemblent à l’homme mais ils sont en réalité la descendance de ces poupées de bois.
Les formateurs délibérèrent et décidèrent de mettre un aliment et une boisson saine à l’intérieur de l’être humain. Pour cela, ils formèrent sa chair de maïs blanc et jaune et préparèrent des liquides dont ils firent son sang, produisant sa graisse et sa vigueur. Et comme ils avaient l’apparence d’hommes, ils finirent par le devenir. Ils furent des hommes bons et beaux. Ils étaient dotés d’intelligence. Ils voyaient et rapidement leur vision s’étendit, et ils parvinrent à voir tout ce qu’il y a dans le monde. Immédiatement, ils en rendirent grâce au créateur et au formateur. Ils dirent : « Nous parlons, nous pensons, nous sentons et nous connaissons ce qui est loin et ce qui est proche. Nous voyons également ce qui est grand et ce qui est petit, dans le ciel et sur la terre. » Mais le créateur et le formateur n’aimèrent point ce qu’ils entendirent de leurs créatures.
« Ce que disent nos créations n’est pas bien. Seraient-elles plus que des créatures ? Seraient-elles des dieux, semblables à nous ? », dirent les premiers pères. Ils tinrent ensuite conseil et débattirent sur l’avenir de leurs créatures car ils craignaient qu’au commencement de l’ère de la sortie du soleil, elles ne se multiplient point, elles ne se reproduisent point. C’est pour tout cela que les dieux discutèrent, maintes et maintes fois, jusqu’à décider de leur donner le sommeil ; ils voilèrent les yeux des humains, ne leur permettant de voir que ce qui était à courte distance. Ainsi fut supprimée la sagesse originelle de la race Quiché. Le créateur et le formateur créèrent les femmes et quand les hommes se réveillèrent de leur sommeil, leurs cœurs se remplirent de joie grâce à leurs épouses(4).


Destruction du faux Principal Guacamayo des mains du Maître Magicien et de Petit Sorcier(5)
Le soleil n’était pas encore apparu à la surface de la terre qu’il y avait déjà un dénommé Principal Guacamayo qui se vantait de son pouvoir et de ses vertus. Principal Guacamayo racontait l’histoire de ceux qui avaient péri sous les déluges d’eaux et d’une substance qui était tombée des cieux, noirâtre comme de la résine(6).
Pendant longtemps, les hommes durent parcourir des lieux inconnus, fuyant le froid et cherchant de la nourriture(7). Ils utilisaient le feu mais quand il s’éteignit, ils durent l’inventer en frottant des bois entre eux. Au commencement, ils trouvèrent la mer et marchant sur elle, au milieu d’un froid immense, ils atteignirent d’autres terres. On ne voyait ni le soleil ni la lune. Les tribus s’étaient tellement séparées tout au fil du temps que, lorsqu’un groupe en rencontrait un autre, ils ne se comprenaient déjà plus. C’était le temps où l’on cherchait le soleil qui réchauffe, les forêts et les animaux. Il n’y avait pas de maison et seules les peaux de quelques bêtes féroces servaient d’abri. Mais quand les premiers habitants arrivèrent aux terres pleines de forêts, de rivières et de volcans, Principal Guacamayo voulut faire croire que c’était lui le soleil et la richesse et que c’était à lui que les hommes devaient obéissance.
Deux dieux, deux engendrés, qui s’appelaient Maître Magicien et Petit Sorcier, découvrirent Principal Guacamayo grimpant à un arbre pour manger ses fruits. Sans qu’il soit vu, Maître Magicien s’approcha de l’arbre jusqu’à se trouver à une distance prudente. Il visa Principal Guacamayo avec sa sarbacane et au moment opportun lui tira dessus et lui planta une flèche dans la mâchoire ; le malheureux tomba de l’arbre en criant à tue-tête. Maître Magicien courut vers lui avec l’intention de le tuer mais en arrivant à lui, Principal Guacamayo le saisit violemment, le secoua jusqu’à lui arracher un bras et Principal Guacamayo s’enfuit avec. Arrivé chez lui, le chef Guacamayo mit le bras sur le feu pour que son propriétaire vienne le rechercher. De leur côté, les deux engendrés partirent à la recherche de leur grand-père, Grand Cochon de l’Aube et de leur grand-mère, Grand Tapir de l’Aube, et avec eux ils tramèrent une ruse. Transformés en deux enfants, les engendrés accompagnèrent leurs grands-parents chez Principal Guacamayo. En les voyant arriver, le chef Guacamayo était tellement exténué par la douleur de sa mâchoire qu’il s’adressa aux étrangers en leur demandant s’ils pouvaient le guérir. Ceux-ci répondirent qu’ils étaient experts en la matière et se mirent à l’œuvre en tenant fermement le visage ensanglanté du chef Guacamayo. Tandis que celui-ci gémissait, les visiteurs lui attachèrent fortement la tête, le cou, les bras et les pieds. Puis ils commencèrent à l’écorcher. Ils l’écorchèrent complètement, en lui arrachant les pierres précieuses et les métaux resplendissants dont il se vantait tant. Ainsi mourut Principal Guacamayo des mains de Maître Magicien et de Petit Sorcier, alors qu’ils venaient récupérer le bras qui fut recollé parfaitement au corps de son propriétaire. Les deux engendrés œuvrèrent de la sorte pour en finir avec la méchanceté dans le monde, exécutant ainsi la parole des esprits du ciel.
Ensuite, les engendrés se dirigèrent prestement vers l’accomplissement de la mission dont les avaient chargés les puissances du ciel, les paroles du ciel, qui sont : Maître Géant (Éclair), Trace de l’Éclair, Splendeur de l’Éclair. Ces grandes forces du ciel leur avaient également ordonné de détruire les deux descendants de Principal Guacamayo : un fils appelé Savant Poisson-Terre et un autre fils appelé Géant de la Terre. Ceux-ci ravageaient la vie et furent tués par les engendrés. Ainsi, nombreuses furent leurs œuvres, mais il leur restait à enfermer le mal dans son territoire parce qu’il était alors disséminé de toutes parts et mêlé à toutes choses.


Le jeu de balles aux enfers : descente, mort, résurrection et ascension de Maître Magicien et de Petit Sorcier
Le royaume de Xibalba est un monde souterrain où se trouvent tous les maux dont souffre l’humanité. De là sortent les maladies, les rancunes et les luttes fratricides. Ne sont entraînés là que ceux qui ont fait le mal. Cependant, avant que Maître Magicien et Petit Sorcier ne soient descendus à Xibalba, tous les humains, et pas seulement les mauvais, étaient conduits là-bas. Or, il fut un temps où les parents de Maître Magicien et Petit Sorcier, appelés Suprême Maître Magicien et Principal Maître Magicien se déplaçaient à la surface du monde. Quand ils prenaient leurs boucliers en cuir, leurs anneaux, leurs gants, leurs couronnes, leurs casques et leurs balles, ceux de Xibalba s’en offensaient beaucoup. Et quand, en jouant à la balle, ils faisaient trembler la terre, tout Xibalba se mettait en colère. Jusqu’au jour où ceux d’en bas envoyèrent leurs ambassadeurs au-devant d’eux avec la proposition de disputer un jeu de balle. Mais ceux de Xibalba les trahirent et les sacrifièrent. Et ainsi cet outrage fait au Ciel, resta sans vengeance. Or, Maître Magicien et Petit Sorcier se réjouirent car le Ciel leur demanda d’aller disputer un jeu de balle au-dessus des têtes de ceux de Xibalba. Les engendrés balayèrent le jeu de balle et préparèrent l’espace pour finalement se mettre à jouer. Alors ceux d’en bas dirent : « Ceux qui jouent sur nos têtes et qui font trembler la terre, ne sont-ils pas les fils de Suprême Maître Magicien et de Principal Maître Magicien, ne sont-ils pas les fils de ceux que nous avons sacrifiés ? » C’est ce qu’ils dirent et ils se mirent d’accord pour que l’on fasse appeler les perturbateurs. Ils envoyèrent leurs ambassadeurs aux engendrés, avec la mission de les faire comparaître. « Qu’ils viennent ici car nous voulons disputer un jeu de balle avec eux. Dans sept jours, nous jouerons. »
Ayant reçu le message, Maître Magicien et Petit Sorcier se rappelèrent la trahison que ceux de Xibalba avaient faite à Suprême Maître Magicien et Principal Maître Magicien. Alors, ils se dirigèrent vers le monde souterrain, acceptant le défi. Ils descendirent la pente rapide et traversèrent les rivières enchantées et les ravins ; ils parvinrent aux carrefours maudits et se retrouvèrent là où étaient ceux de Xibalba. Les chefs avaient mis à leur place des pantins de bois pour que personne ne voit leur véritable visage (et ils cachaient également leurs noms pour être plus efficaces). Mais les visiteurs savaient tout et dirent :
« Salut, Suprême Mort. Salut, Principal Mort. Salut, Étendu Impotent. Salut, Sang Réuni. Salut, Celui qui donne l’Abcès. Salut, Celui qui donne la Jaunisse. Salut, Bouts d’Os. Salut, Perchoir de Crânes. Salut, Épervier de Sang. Salut, Dents Sanglantes. Salut, Griffes Sanglantes. »
Ils découvrirent le visage de tous, ils les nommèrent tous, car aucun nom ne fut oublié, ce qui rendit inefficaces les tromperies de ceux de Xibalba. Les chefs, grognant, les invitèrent à s’asseoir sur un banc, mais ils refusèrent parce que c’était une pierre brûlante. Alors, ceux de Xibalba leur offrirent des chambres dans la Demeure Ténébreuse et leur donnèrent une branche de pin enflammée pour qu’ils s’éclairent et du tabac pour qu’ils fument. Après cette nuit-là, on vint les chercher pour aller jouer à la balle et les engendrés vainquirent ceux de Xibalba. Les chefs les envoyèrent alors se reposer dans la Demeure d’Obsidienne, pleine de guerriers, mais ils en sortirent sains et saufs pour un nouveau jeu de balle qu’ils gagnèrent également. On leur offrit alors un repos dans la Demeure du Froid Incalculable dans laquelle, en guise d’hommage, on ajouta une grêle dense. En sortant de là, ils passèrent par la Demeure des Jaguars d’où les bêtes féroces s’enfuirent, effrayées. Et ils passèrent ainsi par la Demeure du Feu, par celle des Chauves-souris, pour aller de nouveau jouer à la balle et conclure le jeu par la défaite de Xibalba.
Alors, les chefs ordonnèrent de rendre une pierre aussi brûlante qu’une rôtissoire et demandèrent aux engendrés de montrer leur pouvoir en se jetant sur elle. Ceux-ci le firent, se brûlèrent, grillèrent et ne restèrent que leurs os blanchis. Et ceux de Xibalba s’écrièrent alors : « Nous les avons vaincus ! » Ils broyèrent ensuite les os et allèrent les éparpiller dans la rivière. Mais, le jour suivant, les engendrés revinrent sous la forme de deux hommes très pauvres et dansèrent devant la porte de Xibalba. Amenés devant les chefs, les mendiants montrèrent de nombreux prodiges : ils enflammaient quelque chose qui ensuite se régénérait, ils détruisaient quelque chose qui ensuite se recomposait. Excités par cette magie, les chefs demandèrent : « Tuez un homme et ensuite faites-le revivre ! » Ainsi fut fait. Ensuite, ils demandèrent : « Maintenant, mettez-vous en pièces et recomposez-vous ! » Ainsi fut fait. Lorsqu’ils virent ces prodiges, Suprême Mort et Principal Mort demandèrent : « Faites la même chose avec nous, sacrifiez-nous et faites-nous revivre ! » C’est ainsi que Maître Magicien et Petit Sorcier sacrifièrent Suprême Mort et Principal Mort mais ne les firent pas revivre. Grande fut la confusion de ceux de Xibalba en voyant leurs chefs morts, éventrés et sans leur cœur. Lorsque les engendrés ouvrirent les chefs de part en part, leurs suivants s’enfuirent mais ils furent tous attrapés et coupés en deux. Tous leurs enfants furent conduits à un profond précipice, on les jeta dans l’abîme qui fut rempli. Là, restèrent les corps de ceux de Xibalba. Par les grands prodiges, par les métamorphoses des engendrés, furent vaincus ceux de Xibalba.
Les engendrés se firent connaître sous leurs véritables noms et ils proclamèrent la vengeance de leurs parents Suprême Maître Magicien et Principal Maître Magicien. Laissant l’enfer scellé, les engendrés dirent :
« La gloire de Xibalba n’est plus ; cependant nous vous laisserons dominer le Mal. Vous dominerez Ceux de la Guerre, Ceux de la Tristesse, Ceux de la Misère, mais les Fils de l’Aube ne pourront plus être attrapés, les hommes non plus ne pourront plus être pris par surprise comme cela arrivait quand Xibalba dominait le monde. »
Et ils s’adressèrent à leurs parents qui, en d’autres temps, avaient été sacrifiés à Xibalba, en disant : « Nous avons vengé votre mort et vos tourments. » Ils s’élevèrent immédiatement au milieu de la lumière jusqu’à la voûte du ciel et là, transformés l’un en soleil et l’autre en lune, ils illuminèrent la face de la terre et dissipèrent les ténèbres qui avaient régné jusqu’alors.


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MessagePosté le: Dim 15 Fév 2015 - 11:20    Sujet du message: Mythes racines universels Répondre en citant

Notes


I. Mythes suméro-akkadiens*

1. Lors de l’élaboration du mythe de Gilgamesh, nous avons tenu compte des 12 tablettes assyriennes qui sont des recueils de tablettes akkadiennes antérieures, elles-mêmes dérivées de tablettes sumériennes, comme le prouvent les plus récentes découvertes. Nous avons pris comme référence le matériel original de R. Campbell Thompson, The Epic of Gilgamesh, Oxford University Press, 1930, et de G.Contenau, L’épopée de Gilgamesh, Paris, L’Artisan du Livre, 1939. Nous avons également travaillé à partir des textes de Speiser, Bauer, Kramer, Heidel, Langdom, Schott et Ungnad. Pour finir, nous avons consulté G. Blanco, El Cantar de Gilgamesh, Buenos Aires, éd. Galerna, 1978.

2. On suppose que le poème de Gilgamesh fut composé vers la fin du troisième millénaire sur la base de matériaux beaucoup plus anciens. Nous partageons la même hypothèse en basant nos réflexions sur le développement de la céramique. En effet, à l’époque de la rédaction, on avait déjà inventé à Uruk le premier tour de poterie du monde (environ 3500 av. J.C.). L’instrument était une roue en céramique de 90 cm de diamètre et de 12 d’épaisseur que l’on faisait tourner avec la main gauche tandis qu’on travaillait la poterie avec la main droite. Etant donné le poids du volant, celui-ci continuait à tourner pendant quelques minutes, ce qui permettait de perfectionner l’œuvre avec les deux mains libres. Plus tard fut inventé (également en Mésopotamie) le tour à pied. Cependant, dans le poème, la déesse Aruru crée l’homme de boue sans autre aide que ses mains humides. Ce n’est pas un détail sans importance car on peut en déduire, grâce à la technique décrite, qu’il s’agit d’une époque antérieure à l’utilisation du tour. En comparant par exemple la création de l’homme sumérien avec la création de l’homme égyptien, il en ressort que dans cette dernière, le dieu Khnoum donne forme au corps d’argile sur le tour de poterie (instrument qui n’est apparu sur le Nil qu’à l’époque dynastique). Dans le poème sumérien, il est fait allusion à la création du héros Enkidu comme “double”, comme copie de Gilgamesh, après que “la déesse Aruru se soit concentrée sur elle-même”. Il est possible que cela fasse référence à la technique de fabrication de figures humaines en céramique, en faisant des copies du moule (“à l’intérieur de soi”) à partir d’un original confectionné au préalable. Le fait qu’Enkidu naisse velu (“le héros naît avec un corps couvert d’un poil aussi épais que l’orge des champs”) peut faire référence à la présence visible de structurants (écorces de céréales, paille, etc...) que l’on ajoutait à l’argile pour éviter qu’elle se lézarde, comme cela se fait en certains endroits avec la boue pour préparer les briques. Le texte correspond à une étape antérieure à celle de la poterie et de l’utilisation de la roue du potier. C’est pourquoi l’histoire serait antérieure à l’époque de l’Ubaid et très antérieure à l’apparition du mythe de Mardouk, qui veut créer l’homme à partir de son sang et de ses os, bien qu’il décide par la suite de le faire avec le sang de son ennemi Qingu. Dans ce cas-là, nous sommes déjà en présence de la technique de l’engobe ou de l’émail céramique dont il y a de nombreux échantillons dans la Babylone de l’époque. Au British Museum, on a même conservé une tablette où apparaît une formule d’émail, à partir de plomb et de cuivre, donnée par le maître babylonien Liballit, sans doute contemporain de la rédaction du mythe de Mardouk. On pourrait objecter que tant dans la Genèse hébraïque que dans le Popol Vuh Quiché, il n’y a pas d’allusion au tour de poterie bien que celui-ci existât au moment des rédactions respectives. En ce qui concerne la genèse, Dieu fait Adam d’argile et ensuite, Ève, de sa côte (comme dans le cas de l’homme de Mardouk, à base de sang et d’os) et il lui donne la vie avec son souffle. Il n’y a pas d’allusion au tour mais le “souffle” est suggestif car il appartient à l’époque antérieure à celle de l’utilisation de cet instrument. Introduire de l’air dans le four est antérieur au tour de poterie. C’est un procédé qui a été perfectionné avec le soufflet, permettant d’élever davantage les températures de cuisson, qui autrement ne dépassaient pas les 800 degrés puisque tout dépendait des calories du bois et ce, en fonction des résines qu’il contient et selon la région où il se trouve. On peut également dire que l’invention du four à tirage ascendant a permis quelquefois l’élévation de températures aux alentours des 1000 degrés mais l’injection d’air résulte d’une technique ultérieure. Quant au mythe Quiché, le premier homme fut fait de glaise par les dieux mais celui-ci se déformait avec le temps (étape pré-céramique de l’argile durcie) ; ensuite, les dieux firent l’homme de bois, mais cela ne fonctionna pas non plus et il disparut jusqu’à ce que finalement ils réussissent à former l’être humain de maïs. De cette façon, on peut observer que le mythe reste enraciné dans l’étape instrumentale néolithique (pierre, bois et os) préalable à la révolution céramique. D’un autre côté, en Amérique, on ne connaissait ni le tour ni la roue, c’est pourquoi il n’y a aucune allusion à cet instrument. Il est vrai que dans les trois traductions classiques du Popol Vuh (Arciniegas, Resinos et Chavez) il y a des descriptions d’instruments et d’outils céramiques qui coexistent avec le mythe de la création de l’homme mais, apparemment, ce dernier est antérieur au contexte du texte. En synthèse, en ce qui concerne la création de l’être humain par un dieu-potier, le mythe le plus ancien est le sumérien. On pourrait cependant objecter quelque affirmation par rapport à l’ancienneté de certaines céramiques en se basant sur les températures de cuisson. Mais heureusement, de nombreux problèmes de ce type ont été résolus à partir des travaux de Wedgwood sur les vases étrusques. Le pyromètre qu’a inventé ce chercheur (malgré l’imperfection de son échelle) a déjà permis de déterminer la quantité de chaleur absorbée par une argile. En connaissant la composition de l’argile et en soumettant une réplique à une cuisson contrôlée, on a pu observer sa contraction selon les paramètres établis par l’échelle. Le critère utilisé fut celui selon lequel, une plus grande chaleur correspond à une plus grande contraction, laquelle reste d’ailleurs fixe une fois le corps refroidi. Une autre méthode consiste à soumettre un morceau de l’échantillon à une température croissante jusqu’à produire la contraction. Ce moment-là détermine le point de température du réchauffement originel. Mais actuellement, la précision de l’analyse pyrométrique est telle qu’on peut arriver à déterminer des dixièmes de degré.

3. « Les fragments “Mort de Gilgamesh” et “la descente aux Enfers” proviennent de tablettes sumériennes trouvées à Nippur ; elles ont été datées de la première moitié du second millénaire avant J.C. Ils ne s’articulent pas avec la structure actuelle du poème, bien que le second se trouve traduit littéralement sur la XIIème Tablette assyrienne, la dernière de cette version. » Cantar de Gilgamesh (op. cit. p. 95). Dans la traduction de A. Schott, le texte qui apparaît faisant référence au dialogue d’Enkidu avec Gilgamesh, est le suivant : « Regarde mon corps que tu étreignais avec tendresse, la vermine le ronge comme un vieux vêtement. Oui, mon corps que tu touchais joyeusement, la pourriture l’envahit le remplissant de la poussière de la terre !... » « En as-tu vu un, mourir brûlé dans le combat ? » « Je l’ai bien vu, il était dans la nuit silencieuse, jeté sur sa couche et buvant de l’eau pure. » « En as-tu vu un qui tombait dans la bataille? » « Je l’ai bien vu, ses chers parents lui soutenaient la tête, l’épouse s’inclinait sur lui. » « En as-tu vu un dont les restes ont été jetés à la steppe ? » « Pauvre de moi ! Je l’ai bien vu lui aussi, son ombre ne trouve pas de repos sur terre ! » « En as-tu vu un dont personne ne soignait l’âme ? » « Je l’ai bien vu : il doit manger le reste de nourriture dans la marmite et le croûton dans la rue. » El pais de los sumerios, H. Schmökel,éd. Eudeba, Buenos Aires, 1984, p. 210.

4. La vision du paradis orné de joyaux est habituellement liée à la sagesse et, parfois, à la vie éternelle. Cette dernière possède ses propres gardiens qui sont souvent des serpents. Dans un mythe crétois, cité par Apolodoro, les serpents possèdent l’herbe de l’immortalité. Dans celui de Gilgamesh, le serpent vole la plante de la vie que le héros avait déjà acquise. Sur ces thèmes, on a fait des interprétations différentes qui vont du spiritualisme le plus inaccessible au positivisme le plus grossier. Voyons quelques exemples: « On jouit du Paradis céleste dans une transe schizophrénique, induite par l’ascétisme, la perturbation glandulaire ou l’usage de drogues hallucinogènes. Il n’est pas toujours possible de juger laquelle de ces causes a produit les visions mystiques comme, par exemple, d’Ézéquiel, Hénoch, Jacob Boehme, Thomas Traherne et William Blake. Mais dans le mythe, les jardins des délices parés de joyaux sont communément liés à des aliments faits d’une ambroisie interdite aux mortels et ceci indique une drogue hallucinogène réservée à un petit cercle d’adeptes, drogue qui leur provoque des sensations de gloire et de sagesse divines. La référence de Gilgamesh à la corne de cerf doit cependant être un déguisement car les anciens mystiques mangeaient la corne de cerf non pas comme un illuminant mais comme un purgatif préliminaire... Tous les jardins des délices sont à l’origine gouvernés par des déesses. Quand on passa du matriarcat au patriarcat, les dieux féminins furent usurpés par des dieux masculins... Le paradis de Gilgamesh appartenait à Siduri, déesse de la Sagesse, qui avait désigné le dieu Soleil Shamash comme son gardien ; dans des versions ultérieures de l’épopée, Shamash a avili Siduri, en la convertissant en simple tenancière de taverne. » Los mitos hebreos R. Graves et R. Patai Alianza, Madrid, 1988, p. 73. Quant à la relation entre l’immortalité, les serpents et l’acte de voler, Wilkins dans Mythologie hindoue, constate que lorsque Garuda ramenait un peu d’amrita (ambroisie) de la lune pour les nagas ou divinités-serpents, comme prix à payer pour libérer sa mère de l’esclavage, Indra essaya de le persuader de lui donner l’amrita, évitant de cette façon que les nagas parviennent à l’immortalité. Mais Garuda poursuivit son projet et livra la substance (dans un pot) aux pirates. Pendant que les nagas se baignaient, Indra la leur vola. Ceux-ci, croyant que l’ambroisie s’était répandue sur l’herbe kusa (Poa cynosuroides), la léchèrent. Les pointes effilées de l’herbe leur déchirèrent la langue ; c’est pour cela que les serpents ont leur langue fourchue.

5. Du fragment appelé “Mort de Gilgamesh”.


II. Mythes assyro-babyloniens

1. Le poème, réalisé à Babylone à partir de matériel sumérien, fut trouvé par la suite dans la bibliothèque royale d’Assourbanipal (VIIème siècle av. J.C.)

2. Les onze monstres, plus leur chef Qingu, sont les douze constellations zodiacales que Mardouk placera dans le ciel comme des statues (images fixes).

3. Dans ce cas, il s’agit de la Tablette I de l’Enuma Elish (Cuando en lo Alto), vers 147 à 157. Poema babilónico de la creación, E.L. Peinado et M.G. Cordero, éd. Nacional, Madrid, 1981, p. 98.

4. Tablette III, v. 134 à 138. Tablette IV, v. 1 à 32.

5. La plante associée à Tiamat et Qingu était peut-être d’une espèce aquatique, aux propriétés vénéneuses, qui, à petites doses, se révèle être curative (le “sang” de Qingu comme donneur de vie). Une telle idée, apparemment contradictoire, n’est pas nouvelle. Nous lisons ainsi dans Pausanias VIII, 17, 6 et suivantes, que l’eau de la Stygie avait des propriétés pernicieuses, brisant le fer, les métaux et la céramique. Inversement, ces eaux possédaient des qualités d’élixir de vie, comme dans le cas de l’invulnérabilité d’Achille, obtenue par l’immersion du héros dans ces eaux. Rappelons que dans Hésiode : « Les Dieux, en vérité, établirent un tel serment pour l’ancienne eau immortelle de la Stygie, qui passe à travers une région abrupte. » (Théogonie, v. 805)

6. Le zodiaque.

7. Le soleil.

8. L’étoile de Sirius.

9. La planète Jupiter.

10. Tablette V, v. 14 à 22.

11. Bab-El signifie “Porte de Dieu”.

12. Tablette VI, v. 5 à 10. Les iggi et les anunnaki, respectivement entités des cieux et des profondeurs de l’enfer.

13. Tablette VI, v. 11 à 16.

14. Tablette VI, v. 29 à 37. Le sacrifice de Qingu permet d’obtenir son sang. De cette façon, les dieux se trouvent lavés de leur faute et la vie peut être transmise à l’humanité. La phrase : « Cette œuvre fut incompréhensible » révèle peut-être la perplexité du poète babylonien ou le manque d’indices devant une explication non satisfaisante. Il est possible que, dans un contexte plus complet, l’explication aurait été à la portée des sumériens de qui découle ce mythe. Dans la tradition chaldéenne, Mardouk et Aruru furent les géniteurs de l’homme. Dans le poème de Gilgamesh, cette déesse créa l’homme et ensuite Enkidu le double du roi, en humidifiant ses mains et en le modelant avec de l’argile. Une autre version (transmise par le prêtre Beroso) indique que l’humanité a été modelée avec de l’argile à laquelle on mélangea le sang d’un dieu.

15. Il s’agit de la pyramide tronquée à degrés (Ziggourat), dont le sommet possédait toujours un petit temple, qui était également un lieu d’observation astronomique. Le complexe d’Esa­gila comprenait d’autres tours, des résidences et des murailles fortifiées. Les escaliers étaient fréquemment remplacés par des rampes. Dans les espaces souterrains de la pyramide se trouvaient des chambres funéraires ou rituelles, dans les­quelles “se reposait” ou “mourait” Mardouk durant les festivités de l’Année Nouvelle (Akitu). Ultérieurement, celui-ci était délivré de “la montagne de la mort” et après des cérémonies complexes, les destins de la nouvelle année étaient fixés. Le mythe de la mort et de la résurrection avait, bien sûr, été créé bien avant, à Sumer. A ce sujet, Schmökel écrit : « Nous savons aujourd’hui que les thèmes de la vie, de la mort et de la résurrection, exprimés dans le mystère de Inanna et Dumuzi, représentaient une question centrale de l’ancienne religion sumérienne... On peut se demander si la sombre description de l’au-delà, dans l’épopée de Gilgamesh, ne devrait pas être considérée comme une réaction contre des espoirs déme­surés dans ce sens. Celui qui se livrait totalement à la foi en Inanna, celle qui donne la vie, et en son aimé Dumuzi, lui qui annuellement en automne descendait aux enfers, accompagné par les lamentations des hommes, lui qui était reçu avec joie à son retour au printemps suivant, pouvait peut-être participer à ce retour et devenir lui-même un maillon dans l’éternelle chaîne de la mort et de la renaissance... Nous avons déjà vu qu’au moins dans la première dynastie de Ur, la croyance dans le roi devenu Dumuzi, provoquait des effets des plus étranges : des groupes entiers d’hommes prenaient la ciguë dans le tombeau du défunt souverain ou de la défunte prê­tresse pour accompagner ainsi leur dieu et revivre en sa compagnie. Nous laissons de côté la question concernant le degré de spontanéité de chacun ; le fait que ces hommes et ces femmes aient mis fin à leur vie sans aucune contrainte visi­ble, semble certain. » El pais de los sumerios. Obras Completas, p. 211.

16. Tablette VI, v. 95 à 98. Il semble qu’il s’agisse d’une référence au déluge.

17. Tablette VI, v. 120 à 123. “Têtes noires” est une façon de désigner les êtres humains. D’autre part, la réduction de nombreux noms de dieux à celui de Mardouk met en évidence la phase monothéiste de la religion babylonienne, après que sa divinité locale se soit diffusée sur la basse et la haute Mésopotamie, l’Asie mineure et la Méditerranée orientale. Les assyriens en feront autant avec Assour.

18. Tablette VII, v. 161 et 162. Fait référence aux paroles finales de l’Enuma Elish.


III. Mythes égyptiens


1. La forme que nous avons donnée au mythe de la création correspond à la mythologie de Memphis et ce, selon l’inscription que fit imprimer le pharaon Shabaka sur la pierre basaltique vers 700 av. J.C. Celle-ci, à son tour, est la transcription d’un papyrus considérablement plus ancien. Dans le Vieil Empire, Atoum était le dieu principal qui fut parfois rattaché à Ra, le disque solaire. Mais déjà dans le Nouvel Empire, Ra prit la place centrale, au détriment d’Atoum et d’autres dieux. La source que nous étudions montre Ptah comme étant le créateur de tout ce qui existe. Dans la mythologie égyptienne, il y a toujours des difficultés pour suivre le processus de transformation d’une entité divine. Il arrive très fréquemment qu’un dieu totalement inconnu à une époque, apparaisse timidement sur la scène historique des époques ultérieures. Ensuite, sa figure prend corps et menace parfois d’absorber toute la vie religieuse ou mythique d’une longue période. A ce sujet, le cas de l’Égypte est exemplaire, étant donné la longue période pendant laquelle se développe sa culture. Conformément à l’Aigyptiaka (mentionné par Flavius Josèphe), la première dynastie commença vers 3000 av. J.C. (époque thinite). Jusqu’à la domination perse, grecque et romaine, l’Égypte continue à être active et, par conséquent, en pleine transformation. En effet, même à l’époque des Ptolémées, la mythologie continue à développer de nouvelles formes qui, à cette époque, influencent le monde hellénique comme elle l’avait fait auparavant avec les rudiments de la culture grecque. Nous sommes donc en train de parler de 3000 ans de développement continu, et il est évident que dans une telle période, l’apparition et la transformation de mythes provoquent des confusions par excès de ceux-ci. C’est ainsi qu’une divinité peut avoir des caractéristiques différentes (et parfois même opposées) après avoir existé ainsi un millénaire ou plus.

2. Ce qui n’est pas encore né et ce qui est déjà mort coexistent dans le présent de Ptah.

3. Une légende mentionne spécifiquement Byblos. La Phénicie était une région de l’Asie antérieure sur la côte occidentale de la Syrie et qui arrivait au Mont Carmel par le Sud, entre le Liban et la Méditerranée. Ses cités principales étaient Byblos, Beyrouth, Sidon, Tyr et Acca. Durant la domination romaine s’ajoute le territoire de la Célésirie ou Phénicie du Liban, en désignant comme Phénicie Maritime, l’ancienne nation. Nous avons utilisé “Phénicie” dans le récit pour faire ressortir la même racine que “Phénix”, oiseau fabuleux qui mourait sur un bûcher puis renaissait de ses cendres. De toutes manières, nous n’ignorons pas que “Phénicie” vient du grec Phoenikia c’est-à-dire “le pays des palmiers” et que les habitants de ce lieu s’appelaient eux-mêmes les “cananéens” et non pas “phéniciens”.

4. Allusion à la préparation de la momie, selon le commentaire fait par Hérodote (Historias, II, LXXXVI et suivantes).

5. On a essayé de faire dériver le mot “pyramide” d’un terme grec qui signifie “gâteau de blé” parce que les égyptiens et les grecs donnaient cette forme à certains gâteaux (dérivés, peut-être, d’autres gâteaux qui étaient utilisés pour la pratique des cérémonies théophaniques). Certains pensent qu’il s’agissait de simples aliments ornés avec grâce. Pyramide, du grec pyramis, a la même racine que pira, pyrá et que feu, pyr. “Pira” a été utilisé pour “bûcher” sur lequel on brûlait les corps des morts ou les corps du sacrifice rituel. Dans l’ancienne langue égyptienne, on ne conserve pas le vocable qui fait exactement référence à la pyramide au sens géométrique du terme. De toute manière, le nom grec de ce corps et les études mathématiques initiales à son propos, peuvent bien provenir de l’enseignement égyptien, à en croire le récit de Platon dans le Timée, dans lequel l’auteur mentionne les premières connaissances scientifiques de son peuple, en leur donnant une origine égyptienne. Ces considérations nous ont permis de faire un jeu de mots dans lequel la pyramide en question finit par être identifiée au four du potier. Pour sa part, Hérodote (ibid. II, C et CI) raconte une histoire sur le motif de la construction des pyramides qui rejoint le thème d’Osiris. Rappelant en plus l’ancienneté du mythe de la culture céramique primitive (dans laquelle la naissance de l’homme est due au dieu-potier), nous avons pu composer de façon acceptable le paragraphe en question mais, en nous permettant une certaine licence. Quant à elles, les pyramides mésopotamiennes (ziggourats) se rapprochent également d’une conception selon laquelle ces constructions n’étaient pas seulement des temples et des lieux d’observation astronomiques, mais aussi des “montagnes sacrées” dans lesquelles on enterrait et on délivrait ensuite Mardouk. Quant aux pyramides à escaliers, couvertes ou semi-couvertes, du Mexique et d’Amérique centrale (Xochicalco, Chichèn Itzá, Cholula, Teotihuacan par exemple), nous n’avons pas d’éléments pour affirmer qu’en dehors de constructions dédiées au culte et à l’observation astronomique, elles aient eu la fonction de tombeau. En ce qui concerne leur développement historique, les pyramides d’Égypte ont évolué depuis les mastabas qui, dans la IIIème dynastie, étaient déjà liés au culte du soleil dans Héliopolis.

6. Selon ce que l’on peut observer, par exemple, dans le Papyrus of Ani. (British Museum. Num. 10.470, feuilles 3 et 4).

7. La blanche et haute couronne du Haut Nil et la couronne rouge et plate du Bas Nil, représentaient l’origine du Pharaon et son pouvoir sur ces régions. Leurs deux couronnes se combinaient parfois pour former la double couronne. A l’époque du Nouvel Empire, la couronne bleue de la guerre commença à être utilisée. On trouvait souvent autour de la couronne l’uræus, le cobra sacré, qui représentait le pouvoir sur les deux terres ; on trouvait également les plumes de l’autruche qui se combinaient avec la couronne haute. Dans le cas d’Osiris, la couronne prend un caractère sacerdotal, en guise de tiare, comme c’est le cas de la coiffure papale (mais où l’on observe la couronne à trois étages). Dans ce cas précis, on fait dériver la tiare pontificale de la mitre des évêques, mais son style est plutôt égyptien.

8. L’époussette et la houlette ou crosse apparaissent fréquemment en croix en travers de la poitrine des pharaons. Dans les représentations d’Osiris, elles remplissent la fonction sacerdotale, comme la crosse des évêques chrétiens.

9. Le ka n’était pas l’esprit mais le véhicule qui visitait le corps momifié. Il avait certaines propriétés physiques et on le représentait comme “double”. C’est ainsi qu’il apparaît aux différentes époques des Livres des morts. Quand on représentait le ka du pharaon, la coutume était de peindre ou de sculpter deux silhouettes identiques se tenant par la main.
10. Les bras égaux en croix étaient le symbole d’Anou, des chaldéo-babyloniens. La croix Ankh ou ansée était un Tau, avec un cercle et une anse, symbole du triomphe sur la mort et attribut propre à Sekhet. Cette croix fut ensuite adoptée par les chrétiens coptes.

11. Le ba était l’esprit non soumis aux vicissitudes matérielles. On avait coutume de le représenter comme un oiseau à visage humain.

12. Amenti était l’enfer, le royaume des morts.

13. Khnoum, souvent représenté avec un corps humain et une tête de bélier, était la principale divinité de la triade Éléphantine de la Haute Égypte. Cette divinité a confectionné le corps des humains avec de la boue et leur a donné forme sur le tour du potier. Celui-ci, en tournant, a pris le caractère d’une roue de la fortune qui fixait le destin des personnes dès leur naissance. Beltz, en citant E. Naville, The Temple of Deir-el-Bahri, II, tables 47-52, met ces paroles dans la bouche de Khnoum, lorsqu’il créa une des reines importantes : « Je veux t’offrir le corps d’une déesse. Tu seras parfaite comme tous les dieux et tu recevras de moi bonheur et santé et les couronnes des deux pays ; et tu seras au sommet de tous les êtres vivants en étant la reine de la Haute et de la Basse Égypte. » W. Beltz, Los mitos egipcios, Losada, Buenos Aires, 1986, p. 97 et 98.

14. Thot, dieu d’Hermopolis. On le représentait avec un corps humain et une tête d’ibis. Il fut le créateur de la culture. Il assumait également le rôle de passeur des âmes vers l’Amenti. L’équivalence avec l’Hermès grec donna lieu à la figure d’Hermès-Thot. Plus tard, vers le IIIème siècle après J.C., les néoplatoniciens et autres sectes gnostiques ont produit les Livres Hermétiques (Poimandres, La Clef, Asclèpe, La Table d’Émeraude, etc.) qu’ils attribuèrent à un légendaire Hermès Trismégiste (le “trois fois grand”) ,créateur de la science, des arts et des lois.

15. Le sycomore est une espèce de figuier au bois très durable qu’on utilisait pour la confection des sarcophages. Il est également fait allusion ici à l’arbre Djed, un tronc mort duquel jaillirent des bourgeons et qui représentait la résurrection d’Osiris.

16. La “Dame d’Occident”, nom attribué dans les incantations mortuaires à la déesse mère Hathor, qui se trouvait dans la région occidentale de la Libye où l’on situait le royaume des morts.

17. Anubis, avec un corps d’homme et une tête de chacal, était l’accusateur dans le jugement des morts. On le connaissait parfois comme “l’Embaumeur” ou “le Gardien des Tombes”. On attribuait à Anubis le fait d’avoir aidé à l’embaumement d’Osiris. Il apparaissait également comme “Celui qui est sur sa montagne”, c’est-à-dire ayant la charge de la pyramide funéraire.

18. Les amulettes (ushabtis ou “celles qui répondent”) étaient des figurines d’argile qui étaient placées dans les tombes afin d’accompagner le mort au pays d’Amenti, où elles acquéraient la taille et les caractéristiques humaines, remplaçant le défunt dans les travaux les plus ardus.

19. Horus et ses parents Osiris et Isis formaient la Trinité d’Abydos. On le représentait avec une tête de faucon et un disque solaire sur le front. Il était considéré sous son aspect solaire naissant.

20. C’était un dieu local de Copte, de Panapolis et de certaines régions désertiques. On le représentait comme Priape avec le phallus dressé. C’était une divinité régénératrice de la cour de Seth. Il fut appelé “le Taureau de sa Mère”, fils et époux d’une divinité qui présidait l’orient. Il s’est peut-être produit une permutation avec Seth puisque certaines légendes le présentent comme un taureau noir, assassinant Osiris. D’un autre côté, il peut très bien exister une étroite relation entre ce très ancien Min et le légendaire Minos de Crète, également représenté comme un taureau.

21. Apophis était un serpent monstrueux qui guettait la barque du soleil. Avec le temps, il est resté identifié à Seth, sous son aspect démoniaque. Dans un des Livres des morts, des invocations sont faites pour que la barque, qui contient le défunt, ne soit pas la proie de ce serpent.

22. Chez les dieux, la perte de la tête ne signifie pas leur mort mais plutôt le remplacement de certains attributs par d’autres. A leur tour, de nombreuses divinités peuvent être facilement identifiées grâce au fait qu’elles ont pour tête le totem du village ou du lieu d’origine.

23. Il nous a paru important de noter l’histoire d’Akhenaton sous un titre qui fait référence à “l’anti-mythe”. En réalité, il s’agit d’un autre mythe racine : celui du dieu unique qui, en tant que système de pensée, se heurte violemment à des panthéons surpeuplés. Bien que l’on ait déjà vu en Mésopotamie des énoncés monothéistes, c’est en Égypte que cette forme religieuse prend de la force avec Akhenaton (1364 à 1347 avant J.C.). La réforme d’Akhenaton dure le temps de son règne. Selon Belz, les castes sacerdotales qui octroyèrent une primauté honorifique au clergé d’Amon à Thèbes, se considéraient souvent comme le trésor et la sauvegarde des traditions nationales. Leur résistance réussie aux réformes d’Akhenaton avait non seulement un caractère religieux mais également national. Après avoir annulé les réformes de ce souverain hérétique, leur influence et leur force devinrent plus importantes que jamais. « Les temples devinrent la plus grande puissance économique du pays. Les rois de la vingtième dynastie furent des marionnettes dans les mains du suprême clergé de Thèbes dont la fonction était autrefois héréditaire » (Tokarev). À l’opposé de ce qui est arrivé au christianisme et à l’Islam qui ont progressé en s’alliant avec les nouvelles forces politiques, la religion égyptienne est revenue vers des formes autochtones. Si elle avait pu progresser, la réforme politique et religieuse d’Akhenaton aurait probablement donné naissance à une religion universelle bien antérieure à celle connue aujourd’hui. Quoi qu’il en soit, même si les traces de l’hérésie furent officiellement effacées, son influence transcenda l’Égypte.

24. Héliopolis.

25. Les traductions de l’Hymne à Aton sont nombreuses. Pour notre part, nous avons eu recours à différentes traductions et nous avons modifié des fragments en leur donnant un style similaire.



IV. Mythes hébreux


1. Genèse, 2, 9 et 2, 16-17.

2. Sur la base du livre V, “Le Paradis Perdu”, J. Milton.

3. Genèse, 3, 4-5.

4. Dans ce récit, le serpent s’intéresse à ce que l’homme acquière la science, mais il l’empêche d’atteindre l’immortalité. Ce qui donne une continuité à la logique du mythe de Gilgamesh, “celui qui savait tout” mais qui revint mourir à Uruk.

5. Genèse, 3, 22-24.

6. Annonce de la loi de Moïse.

7. Genèse, 22, 1-14.

8. « Dieu dit également à Abraham : quant à Saraï, ta femme, tu ne l’appelleras pas Saraï, mais Sarah sera son nom. Et je la bénirai et je te donnerai un enfant d’elle ; oui, je la bénirai et elle deviendra la mère des nations ; des rois de peuples descendront d’elle. Alors Abraham baissa la tête,rit, et dit en son cœur : Est-ce que c’est d’un homme de cent ans que peut naître un fils ? Et Sarah, à 90 ans, pourra-t-elle encore concevoir ? » Ibid. 17,15-18.

9. “Alors il dit : « Sans doute, je reviendrai à toi et selon le temps de la vie, il arrivera que Sarah, ta femme, aura un enfant. » Et Sarah, qui se trouvait derrière lui, écoutait à la porte de la tente. Abraham et Sarah étaient vieux, d’âge avancé ; et Sarah n’avait plus ce que les femmes ont d’habitude. Sarah se mit donc à rire en son for intérieur en se disant : « J’aurais du plaisir maintenant que je suis vieille et que mon seigneur est vieux lui aussi ? » Alors Jéhovah dit à Abraham : « Pourquoi Sarah a-t-elle ri en disant : est-ce bien vrai que je pourrai concevoir en étant déjà si vieille ? Y a-t-il quelque chose de difficile pour Dieu ? En temps voulu, je reviendrai à toi et selon le temps de la vie, Sarah aura un fils. » Alors Sarah nia, en disant : « Je n’ai pas ri car j’avais peur. »« Ce n’est pas ainsi, tu as ri », répondit Dieu”. Ibid. 18,10-16.

10. Le thème d’Abraham a été traité de manière dramatique par Kierkegaard dans Peur et tremblement. Dans un des scénarii possibles sur le thème de l’holocauste, il dit : « Il était très tôt le matin ; Abraham se leva, embrassa Sarah, la compagne de sa vieillesse, et Sarah donna un baiser à Isaac qui l’avait préservée de l’humiliation; il était son orgueil et son espoir de postérité. Ils marchèrent en silence ; le regard d’Abraham resta fixé sur le sol jusqu’au quatrième jour ; alors, levant les yeux, il vit à l’horizon les montagnes de Moriah ; et il baissa de nouveau le regard. En silence, il prépara l’holocauste et attacha Isaac ; en silence, il sortit le couteau ; il vit alors le mouton que Dieu avait pourvu. Il le sacrifia et s’en revint. À partir de ce jour-là, Abraham se fit vieux ; il ne put oublier combien Dieu avait exigé de lui. Isaac continua à grandir ; mais les yeux d’Abraham s’étaient assombris, il ne voyait déjà plus la joie » Obras Completas, Losada, Buenos Aires, 1979, p. 15. Pour notre part, au lieu d’insister sur la culpabilité comme motif de l’existence, nous avons souligné certains aspects de rétribution dans ce mythe dans lequel la plaisanterie divine est mise en relief face au rire motivé par l’incrédulité.

11. Ceci est le thème de Jacob mais Moïse aussi lutte avec Dieu. On nous dit ainsi : « Et il arriva que sur le chemin, dans une auberge, Jéhovah aille à sa rencontre et veuille le tuer. » Exode, 4, 24.

12. Israël, ce qui veut dire “Celui qui lutte avec Dieu” ou “Dieu lutte”.

13. Peniel, ce qui veut dire “Le visage de Dieu”.

14. « Les lexicographes arabes expliquent que la claudication, produite par la lésion du tendon fémoral de la cuisse, oblige la personne à marcher sur la pointe des pieds. Cette dislocation de la hanche est commune parmi les lutteurs et c’est Harpocrates qui la décrivit pour la première fois. Le déplacement de la tête du fémur allonge la jambe, pince les tendons de la cuisse et produit des spasmes dans les muscles, ce qui oblige à marcher en se déhanchant, avec le talon constamment levé, comme la claudication qu’Homère attribue au dieu Héphaïstos. La croyance dans le fait que le contact avec les djinns peut produire une façon de marcher nonchalante et comme disloquée, se rencontre chez les arabes, peut-être en souvenir de la danse claudicante que dansaient les dévots qui se croyaient possédés par les dieux, comme les prophètes de Baal sur le Mont Carmel (Rois XVIII, 26). Beth Hoglah, près de Jéricho, a peut-être reçu ce nom pour cette raison, car hajala signifie en arabe claudiquer ou sauter et, autant Jérôme qu’Eusèbe, appelaient Beth Hoglah “le lieu de la danse de l’anneau”. Les tyriens dansaient cette danse en l’honneur d’Hercule Melkart. Il est par conséquent possible que le mythe de Peniel s’explique à l’origine par une cérémonie claudicante, qui commémorait l’entrée triomphante de Jacob dans Canaan, après qu’il ait lutté avec un rival. » Los mitos hebreos, op. cit., p. 200, note 7.

15. Le thème de la claudication divine est très répandu dans la mythologie universelle. Depuis Héphaïstos, le boiteux, expulsé de l’Olympe, jusqu’aux natifs de Tereno et ceux de l’île de Vancouver. Les Ute de Whiterocks en Utah pratiquaient les “danses claudicantes”. On lit également ceci dans un texte talmudique où la danse claudicante, célébrée vers le IIème siècle après J.C., était exécutée dans le but de favoriser les pluies. Cette idée de la claudication divine apparaît également dans la Chine archaïque. Le fondateur de la dynastie Yin T’ang qui lutta contre la sécheresse et Yu le Grand, fondateur de la dynastie Chang, étaient hémiplégiques et claudiquaient. Sur ce point particulier, nous trouvons des commentaires chez Frazer, La rama dorada, 4, vol. 7, et chez C. Lévi Strauss, Mitologicas II, De la miel a la cenizas, F.C.E., Mexico, 1972, p. 383 à 386. En ce qui concerne les danses claudicantes et les claudications réalisées dans le but de produire les pluies, nous pensons que le ou les officiants du rituel, simulaient le malaise de certaines personnes, celles qui souffraient de douleurs arthritiques à l’approche des orages. Dans ce cas, il s’agit de “tromper” le ciel et au sein de cette logique : si on boite, c’est parce que la pluie arrive, ainsi elle n’a plus qu’à se produire. Dans le cas de Jacob, sa lutte et l’émergence de la claudication qui en résulte, nous font penser que même s’il s’agissait d’un rite, celui-ci n’est pas lié à la pluie mais plutôt à un changement d’état du protagoniste, changement confirmé par la transformation de son nom en celui d’Israël. Rappelons-nous que dans l’autre cas de lutte avec Jéhovah, Moïse ne devint pas boiteux mais la circoncision se produisit immédiatement ; et tout ceci arrive dans le trajet de retour d’Égypte en suivant le commandement de Dieu pour délivrer son peuple de la prison du Pharaon. C’est pourquoi, l’anecdote de la “tentative” de Jéhovah pour “tuer” Moïse reflète également un possible cérémonial de changement d’état.

16. Nous ne pouvons pas faire moins que traduire certains paragraphes de la curieuse étude de Freud à propos de Moïse et du monothéisme. Bien que ses raisonnements ne soient pas complètement validés par la certitude historique, ils sont néanmoins dignes d’être pris en compte sous certains aspects. Bien entendu, nous ne reproduirons pas ici les thèmes psychanalytiques de la thèse. Le travail de Marras, sous le titre Moisés y el monoteismo, Obras Completas, vol. XXIII, Amorrortu, Buenos Aires, 1980, essaie de démontrer dans le premier chapitre que Moïse était un égyptien. Pour ce faire, il cite un document de Sargon de Agadé (fondateur de Babylone vers 2800 av. J.C.) dans lequel apparaît la légende du sauvetage des eaux, légende qui circulait dans tout le monde culturel de la Mésopotamie et qui était donc connu par les sémites nés à Babylone ou encore, comme Abraham, nés à Ur de Chaldée. Le texte dit : « Je suis Sargon, le roi puissant, le roi d’Agadé. Ma mère était une vestale ; je n’ai pas connu mon père et le frère de mon père vivait dans la montagne. Dans ma ville d’Azupirani, située dans la vallée de l’Euphrate, ma mère, la vestale, était enceinte de moi. Elle accoucha en cachette. Elle me mit dans un panier en osier, elle boucha les trous avec de l’asphalte et m’abandonna en plein courant de la rivière, mais le courant ne me noya pas. La rivière me porta jusqu’à Akki, celui qui tire l’eau. Akki, celui qui tire l’eau, m’accueillit dans la bonté de son cœur. Akki, celui qui tire l’eau, m’éleva comme son propre fils... » Plus loin (troisième partie, p. 57 et suivantes), Freud dit : « ...La religion d’Aton fut abolie et la résidence du pharaon qualifié d’hérétique fut détruite et pillée. Vers l’an 1350 av. J.C. s’est éteinte la dix-huitième dynastie, une époque d’anarchie lui a succédé après laquelle le général Haremhab a rétabli l’ordre et gouverna jusqu’en 1315 av. J.C. La réforme d’Ikhnaton semblait être un épisode destiné à l’oubli. Jusqu’ici il s’agit de faits historiquement vérifiés ; ce qui suit est notre hypothèse. Parmi les personnes proches d’Ikhnaton se trouvait un homme qui s’appelait peut-être Thoutmès, comme beaucoup d’autres à cette époque-là ; le nom importe peu si ce n’est que son second composant devrait être “mose”. Il occupait un haut poste, c’était un partisan convaincu de la religion d’Aton, mais au contraire du roi pensif, c’était un homme énergique et passionné. Pour lui, la fin d’Ikhnaton et l’apostasie de sa religion signifiaient la fin de toutes ses expectatives... Dans la contrainte de la désillusion et de la solitude, il se tourna vers ces étrangers, il rechercha en eux le dédommagement de ses pertes. Il les choisit comme son peuple, il essaya de réaliser en eux ses idéaux. Dès qu’il fut accompagné par les gens de sa suite, il abandonna avec eux l’Égypte, il les sanctifia grâce au signe de la circoncision, il leur donna des lois, il les introduisit dans les doctrines de la religion d’Aton que les égyptiens venaient d’abolir. » Jusqu’ici, c’est Freud. En ce qui concerne la circoncision, nous savons qu’elle se pratiquait avant Moïse. Quant à sa pratique dans différents peuples, y compris le peuple égyptien, on peut le prouver historiquement sans pour cela trouver son origine exclusive chez les habitants du Nil. Moïse peut bien avoir été égyptien, cela ne nous semble pas être d’une importance particulière. Ce qui semble intéressant, c’est que l’influence culturelle égyptienne s’est faite sentir dans cette partie du peuple juif établie sur le territoire des pharaons. Les événements déclenchés par Akhenaton furent très proches de l’époque de l’Exode, et les thèses religieuses que soutenait Moïse coïncident également avec celles du réformateur égyptien. Quant à l’intérêt historique que leur porta Freud, nous devons rappeler que vers 1934 circulaient de nombreuses hypothèses sur l’origine égyptienne de Moïse, entre autres celles de Breasted et d’Edward Meyer, que notre auteur cite souvent, se faisant par-là l’écho de la discussion instaurée. Bien entendu, Freud n’est pas indifférent à ce thème des fondements religieux depuis la sortie de Totem et Tabou en 1913. Quand il conclut dans Moïse et le monothéïsme que Moïse fut assassiné par un groupe dont il était le leader, tous les antécédents de ce cas, et particuliè­rement la relation père-fils, ne peuvent être passés sous silence, du moins dans la logique psychanalytique ou dans la tradition anthropologique, représentée par J.G.Frazer, dont Freud était tributaire. Celui-ci soutenait que l’assassinat des chefs était une tendance marquée ou sournoise, mais qu’elle existait dans de nombreuses sociétés. Comme les chefs, à leur tour, le savent ou le pressentent, les gens doivent les protéger et se protéger d’eux. (“He must not only be guarded, he must also be guarded against”)

17. Exode, 3, 2-16. Voir également Exode, 6, 2-3.

18. Ibid., 12, 37-38.

19. Selon Eusèbe et Jules l’Africain, Aménophis fit construire un canal qui, prenant origine sur le Nil à la hauteur de Copte en dessous de Thèbes, arrivait par Cosser dans la Mer Rouge. Ce canal fut comblé durant l’invasion de Cambises. À son tour, Aristote commenta que Ramsès II ou Sésostris ouvrit un canal par l’isthme. Les travaux furent interrompus puis continués ensuite par Nessos, pour être achevés par Dario. Le canal débutait à Pathmos sur la Mer Rouge et se terminait sur le Nil vers Bubastite. Les Ptolémées l’améliorèrent et Strabon rapporte l’avoir vu en activité. Il fut conservé par les romains un siècle et demi après la conquête arabe. Apparemment, le canal fut comblé et reconstruit par Omar qui le rendit de nouveau navigable jusqu’en 765, date à laquelle Almanzor décida de le rendre inutilisable pour éviter que Mohamed-ben-Aboula reçoive des vivres de ses compagnons soulevés. Pour plus de détails sur l’histoire des canalisations égyptiennes, voir Rompimiento del Istmo de Suez de Cipriano S. Montesinos. En ce qui concerne le passage des israélites par un endroit sec de la Mer Rouge, tout laisse à penser qu’il existait en effet un système d’écluses dans un embranchement relié au Nil, ou bien (puisque nous manquons de données historiques sur ce point) que deux secteurs de canal étaient en travaux et à sec avant d’être unis par l’eau. Si tel était le cas, les murs de retenue permettaient d’achever les travaux de canalisation. Il est probable que l’équipement lourd de l’armée égyptienne se soit déplacé par l’un de ces murs et qu’ils aient produit un formidable éboulement. Si cette explication n’est pas très crédible, nous devons rappeler le projet de traçage indirect du Canal de Suez, selon Stephenson, Negrelli et Paulin Talabot. Selon ce plan, connu sous le nom de Linant-Bey, il s’agissait de réaliser 24 écluses faisant communiquer la Mer Rouge avec le Nil. D’autre part, lors de l’inauguration officielle du Canal de Suez, le 17 novembre 1869, de nombreux tronçons atteignaient à peine 22 mètres de largeur, et la profondeur était de 8,5 à 9 mètres. Nous ne sommes donc pas en train de parler de tronçons si gigantesques, ni d’écluses si hautes.

20. « Et ils arrivèrent à Mara mais ils ne purent boire les eaux de Mara car elles étaient amères ; c’est pour cela qu’ils lui donnèrent le nom de Mara », Exode, 15, 23
21. « Et la maison d’Israël l’appela du nom de Manne ; c’était de la graine de coriandre, c’était blanc et cela avait un goût de galette au miel. » Ibid., 16, 31. Ici “manne” veut dire “qu’est-ce que c’est ?” faisant référence à la surprise qu’éprouvèrent les israélites en mangeant les graines que leur présenta Moïse.

22. Exode, 19, 18-21.

23. Ibid., 20, 18.

24. Deutéronome, 34, 4-7.

25. Ibid., 33,10-12.




V. Mythes chinois

1. La doctrine du tao est très antérieure à Lao Tseu et à Confucius (tous deux vécurent au VIème siècle av. J.C.). Des rudiments de ces idées existaient à l’origine de la culture Hoang Ho. D’autre part, dans le I Ching* ou Livre des transformations (sans doute antérieur au Xème siècle av. J.C.), on trouve ces éléments qui constitueront ultérieurement un précédent important dans l’élaboration du Confucianisme et du Tao Te. Le I Ching est dû au légendaire Fu Jtsi ou à Vem, ancêtre de la dynastie Chou, ou à une succession d’auteurs et de correcteurs. Ce qui est sûr, c’est que son influence a été importante dans la formation de nombreuses écoles de pensée, et a aussi donné lieu à une série de techniques divinatoires et autres superstitions qui existent encore aujourd’hui.

2. Référence au Tao Te Ching.

3. Référence au chap. XI du Tao Te Ching (Lao-Tseu, Tao Te Ching, Buenos Aires, Andrómeda, 1976). Dans la traduction que fait Lin Yutang du chinois à l’anglais (et de là, à l’espagnol par A. Whitelow), « 30 côtes s’unissent entourant la nef ; de sa non-existence surgit l’utilité de la roue... »(?). Sabiduria China**, Buenos Aires, Nueva, 1945, p. 35.

4. La profondeur dans le taoïsme est considérée comme “l’infiniment petit” et la profondeur de la profondeur comme “l’infinie petitesse de ce qui est infiniment petit”.

5. Dans cette version libre, le retour au sommeil signifie la contraction ou le refroidissement des choses, après la première expansion. Selon le taoïsme, le grand tourbillon continue à s’amplifier, mais en chaque chose commence la contraction qui équilibre la grande vague universelle.

6. On a interprété le yin comme une force passive, complémentaire au yang. Mais le yang apparaît comme une force postérieure au yin. Ceci a suscité de nombreuses discussions anthropologiques dans lesquelles, en associant le yin au féminin et le yang au masculin, on a voulu montrer que l’antériorité de cette force était historique et non conceptuelle. La conclusion qui en est sortie est qu’il s’agit de la primauté féminine, à une époque de matriarcat, remplacée ensuite par le patriarcat, où le yang impose son activité, telle qu’elle nous apparaît dans l’empereur Dragon (yang) et l’impératrice Feng (yin).

7. Allusion aux mythes d’outre-tombe. Dans le fragment ci-dessous sont montrées certaines de ces croyances populaires bien qu’elles soient d’époques différentes ; tel est le cas des huit immortels qui sont apparus tout juste au XIIIème s. ap. J.C. (durant la dynastie Yüan) aux côtés de figures craintes ou vénérées du XIème au IIème s. av. J.C. (période classique de la dynastie Chou). En tous cas, il s’agit d’un travail méritant qui montre également certaines règles rituelles : « Sais-tu ce qu’ils feront de toi ? », lui demande Tcheng-Kuang en le regardant attentivement. « Ils t’écorcheront vif, ils t’arracheront les ongles, les dents et les yeux, ils déchireront ta chair en lanières et les jetteront aux vautours. Ensuite, les chiens rongeront tes os. Et quand se seront écoulés les 105 jours du solstice de yin, tes familiers ne pourront pas se rendre sur ta tombe pour t’offrir des sacrifices à la fête des morts. Les enfants de ton village lanceront leurs cerfs-volants dans les airs, illustrés avec les légendes des huit sages immortels, et ils y pendront leurs clochettes et leurs lanternes. Des millions de lanternes s’illumineront ce jour-là en Chine, mais aucune d’elles ne brillera pour toi... Tu ne brûleras ni soufre, ni feuilles d’Artémise au milieu de la cour pour expulser les démons. Ching, le grand démon qui tient le registre de la vie et de la mort, aura déjà inscrit ton nom sur la porte de l’enfer, sur le Grand Océan, sur le chemin qui conduit aux Sources Jaunes où habitent les morts... Sung-Ti, la Majesté Infernale qui habite dans la Demeure des Cordes Noires, et le Seigneur des Cinq Sens, et le redoutable Yen-lo et l’implacable Ping-Tang, seigneur des enfers, te feront parcourir une à une leurs chambres de torture dans un cercle infini de supplices. Tu n’iras pas au Paradis Kwng Sung, où la Reine Mère de l’Ouest se promène au milieu de ses pêchers et tu ne verras plus le soleil, le père Yang, beau Corbeau d’Or, parcourir le ciel sur son char de flammes. » A. Quiroga, La flor del Tao Carcamo, et suivantes, édition bilingue, Madrid, 1982, p. 13.

8. I Ching, Quindio, Colombia, éd. Tao, 1974. (Exposé de Ta Chuan, traduction de A. Martinez B.)

9. Tao Te Ching, op. cit. LXXI.



VI. Mythes indiens


1. La littérature mystique de l’Inde est, assurément, la plus étendue du monde. Par ailleurs, on y trouve des conceptions scientifiques, philosophiques et artistiques de très grand intérêt. On a fréquemment voulu ordonner de manière simpliste cette énorme production. En suivant un schéma élémentaire, nous pouvons dire que les védas (quatre au total) ont été suivis d’œuvres d’exégèse, telles que les brahmanas, les aranyakas et les upanisads. Dans leur substrat le plus ancien, les védas peuvent être situés vers le XVème s. av. J.C.; les brahmanas vers le VIème s. av. J.C. et un grand nombre des aranyakas, en général plus récents, tiennent leur ébauche d’une époque presque contemporaine aux brahmanas. Les upanisads sont les derniers écrits, lesquels, bouclant le cycle védique, prirent le nom de “vedanta”. Le cycle védique a été composé dans la langue qu’avaient apportée les envahisseurs de l’Inde, connus comme “indo-européens” ou “indo-aryens”. Cette langue devint méconnaissable au fur et à mesure du temps, jusqu’à ce que soit systématisée la forme d’expression classique que nous connaissons comme Sanscrit, forme actuellement hors d’usage, mais qui constitue quelque chose comme le grec ancien pour les occidentaux. Selon Max Müller, les védas ont été produits entre 1200 et 800 av. J.C. , les brahmanas de 800 à 600 et les autres textes de 600 à 200, mais une chose est sûre, c’est que rien dans ces textes n’indique à quelle date ils furent écrits ; en revanche, on sait que leur transmission fut de type oral pendant de nombreux siècles. En ce qui concerne la mythologie hindoue moderne, nous pouvons mentionner les deux grandes épopées (Ramayana et Mahabharata), les puranas (histoires traditionnelles au nombre de dix-huit) et les tantras (environ cinq importantes). Dans ce premier paragraphe que nous avons appelé “Le Feu, la Tourmente et l’Exaltation”, nous nous sommes limités à présenter une version libre et abrégée de quelques-uns des hymnes dédiés aux trois plus importantes divinités du Rig Veda. Des auteurs comme Yaska, sans doute une des autorités les plus anciennes dans le commentaire des védas, considèrent qu’Agni, Indra et Surya (le Soleil) constituent la trilogie fondamentale du monument littéraire qui nous occupe. Cependant, il nous semble que la supplantation du Soma dans cette trilogie répond à un changement important dans la perspective mythique des auteurs ultérieurs par rapport à l’étape védique originelle.

2. Feu, comme la figure d’Agni. Dans Agni on reconnaît différents types de feu : celui de la terre (incendie, feu domestique et de sacrifice), celui de l’air (foudre et éclair) et celui du ciel (soleil). On l’appelle habituellement “mangeur de bois” et de “graisse”, par allusion à la graisse des sacrifices qui se répand sur lui. Il naît par le frottement des deux baguettes sacrées et il n’a ni pieds, ni mains, ni tête, mais il possède en revanche de nombreuses langues et une chevelure de flammes. Sa voix est un crépitement. Plus de deux cents hymnes du Rig Veda lui sont consacrés. Il fut également adoré par la branche aryenne qui s’est déplacée vers l’Iran. Là, il prit une grande importance dans la religion antérieure à Zarathoustra, il se poursuivit après le réformateur, et même jusqu’au culte actuel des parsis (après l’assaut musulman, ceux-ci se sont maintenus en Iran au nombre réduit de 30 mille, d’autres ayant émigré à Bombay, groupe qui représente aujourd’hui la majorité de cette religion). Il semble que de nombreux attributs d’Agni finirent par être absorbés par Indra mais, dans son caractère sacrificiel, il continue à être incorporé dans la plus grande partie des divinités hindoues.

3. Tempête, comme la figure d’Indra. En toute rigueur, l’image d’Indra c’est l’éclair ; mais il apparaît ici comme le conducteur des eaux après les avoir libérées en triomphant sur Vrta, démon femelle, qui les retenait prisonnières. Vrta, peut bien avoir été un dieu des autochtones contre lesquels les aryens luttèrent durant leur invasion de l’Inde par le Penjab. Les peuplades, qui furent déplacées vers le sud, canalisaient sans doute l’eau vers leurs champs et se trouvaient ainsi dans une étape de civilisation plus avancée que celle des étrangers ; mais elles ne possédaient pas les armes en fer dont étaient équipées les hordes envahissantes. Dans le Rig Veda, les natifs sont appelés “dasyu”, il s’agit sûrement de groupes dravidiens. On a également vu en Indra le dieu qui lutte contre la sécheresse et libére les eaux bénéfiques du ciel. Près de 250 hymnes du Rig Veda (un quart du total) sont consacrés à ce dieu, ce qui montre l’importance qu’il prit à ces époques-là. Ultérieurement, il perdit de la force et bon nombre de ses attributs finirent par être absorbés par d’autres dieux.

4. Exaltation, comme la figure de Soma, dieu de l’ivresse. Cette boisson correspond à l’Haoma des aryens qui envahirent l’Iran. Jusqu’à ce jour, on discute des caractéristiques de la plante qui produit le Soma. Il est possible qu’avec le temps, la boisson ait été obtenue à partir de différents végétaux, d’où la confusion autour de ce thème. Selon W. Wilkins dans sa Mythologie hindoue, la plante en question est l’Asclépiade acide de Roxburgh. Elle pousse dans les collines du Penjab, dans le col de Bolan, aux alentours de Poona. Mais déjà aux époques où fut écrit le Vishnu Purana, les plantes toxiques étaient strictement interdites ; c’est pour cela que le Soma n’était pas exalté en tant que tel. En tous cas, il est vaguement lié ici à la lune. C’est pourquoi la piste se perd presque complètement. Selon d’autres auteurs, la plante n’est autre qu’une variété de la zigophyllacea. Il pourrait s’agir des graines du végétal connu comme “rude assyrienne” (Pegorum harmala) qui était utilisée par les mésopotamiens qui la brûlaient dans les fumigations des sacrifices : Certains n’ont pas manqué de voir dans le Soma une boisson fermentée du genre de la bière, comme celle consommée par les indo-européens. Mais la théorie la plus intéressante est partie d’A. Hofmann. Ce chercheur (découvreur du L.S.D.) affirme qu’il s’agit d’un champignon : l’amanite muscaria. Selon lui, ce qui a été une énigme ethnobotanique pendant plus de deux mille ans, a été dévoilé en 1968. Dans Les plantes des dieux (en collaboration avec R. Evans, F.C.E., Mexico, 1982)*, Hofmann explique que l’amanite est connue comme hallucinogène depuis 1730 selon l’information communiquée par un officier suédois prisonnier en Sibérie. Celui-ci raconte que les chamanes la desséchaient en lui ajoutant ensuite du lait de renne ; ils l’ingéraient et montraient les mêmes symptômes que ceux observés chez les natifs du lac Supérieur en Amérique du Nord et du Centre attachés aux mêmes pratiques. On a vérifié en laboratoire que le principe actif n’était pas la muscarine comme on le pensait. On parvint à isoler l’acide iboténique et c’est finalement le biochimiste Takamoto, qui obtint l’alcaloïde appelé “muscimole”. Dans toute cette recherche, on a découvert que la transformation se produit au cours du processus de dissection du champignon, processus durant lequel l’acide se convertit en muscimole. Une autre observation importante a également été fournie par cet officier que nous avons mentionné ci-dessus. Apparemment dans certaines tribus sibériennes, on en venait à boire l’urine des chamanes qui s’étaient intoxiqués auparavant avec le champignon, ce qui produisait des effets semblables à ceux manifestés par le chaman en transe. Les auteurs de Plantes des Dieux commentent que cela était parfaitement possible car les principes psychotropes des champignons passaient dans l’urine sans être métabolisés ou étaient éliminés en métabolites encore actifs, ce qui n’est pas très habituel pour les composés hallucinogènes des plantes. D’un autre côté, dans les Védas, il est fait mention du fait que l’urine de certains participants à la cérémonie du Soma était recueillie dans des récipients spéciaux, ce qui permet d’établir de curieuses relations. Actuellement, on connaît en Inde l’urothérapie, où l’on boit, à jeun, sa propre urine. Ce n’est pas exactement le cas décrit plus haut mais cette coutume pourrait bien avoir des racines plus lointaines, dans l’époque védique de la “médecine” du Soma. Quant à l’amanite, une fresque romane de la chapelle de Plaincourault (fin du XIIème s.) la montre comme l’arbre d’Éden, le fameux serpent s’enroulant autour de cette plante. En ce qui concerne les substances toxiques utilisées dans les cérémonies religieuses, les assyriens connaissaient déjà le cannabis au premier millénaire av. J.C. qui, bien sûr, était également utilisé au Tibet et en Inde à des fins identiques. Marco Polo en parle dans ses voyages, décrivant le cas de Al-Hasan ibn-al-Sabha, connu comme “le vieux de la montagne” qui utilisait le haschich (dont le nom dérive de “aschissim” ou “asesin” qui fut changé en “assassin”), en racontant qu’Al-Hasan soumettait un groupe de jeunes au moyen de cette plante toxique et les lançait ensuite contre ses ennemis. Il est certain que de nombreuses fumigations trouvent leur origine dans l’aspiration de la fumée de plantes hallucinogènes brûlées dans un but rituel. Étant donné la toxicité observée, il est possible qu’avec le temps, de tels végétaux furent remplacés par des résines qui sont aujourd’hui utilisées dans la pratique de nombreuses religions, c’est-à-dire : l’encens, la myrrhe et le styrax, en plus des bois aromatiques tels que le santal. On peut suivre une piste semblable dans l’origine de certains parfums qui ont disparu depuis lors. Quant à l’amplitude de l’utilisation, disons que de l’énorme quantité d’espèces végétales terrestres, seules 150 ont été employées pour leurs propriétés hallucinogènes. Parmi celles-ci, environ 20 en Orient et autour de 130 dans l’hémisphère occidental, dont une quantité importante correspond au centre et au nord de l’Amérique. À l’origine des religions universelles, on observe certains traits qui ne manquent pas de suggérer la présence de substances hallucinogènes. Le Soma, par l’abondante référence que nous en donne le Rig Veda (autour de 120 hymnes), nous est présenté comme le troisième dieu important de l’Inde à l’époque védique ; mais nous ne pouvons ignorer qu’à différentes époques et dans différents lieux, de nombreuses manifestations religieuses ont été en relation avec l’action des toxiques. Sur les anomalies de la perception et de la représentation, voir “Psychologie de l’image” (Variations de l’espace de représentation dans les états altérés de conscience, dans Contribuciones al Pensamiento, Planeta, Buenos Aires, 1990)**.

5. Rig Veda I, 1, 2 . Adaptation sur la base de la traduction de F. Villar., Liebana, éd. National, Madrid, 1975.
6. Ibid. I, 31, 2.

7. Ibid. I, 36, 14 et suivantes.

8. Ibid. I, 60, 3.

9. Ibid. I, 78, 2. Le Bouddha historique descend sans doute d’une branche de la famille de ces gautama. Dans le Rig Veda, les rahüganas sont mentionnés comme appartenant à ce groupe.

10. Ibid. II, 4, 5 et suivantes.

11. Ibid. I, 32, 1 et suivantes.

12. Ibid. III, 48, 1 et suivantes.

13. Ibid. IX, 1, 5 et suivantes.

14. Ibid. IX, 45, 3 et suivantes.

15. Ibid. IX, 48, 3 et suivantes.

16. Ibid. IX, 50, 1.

17. Ibid. IX, 57, 1 et suivantes.

18. Rig Veda X, 129, 1 et suivantes. Adaptation de la traduction anglaise de R.Griffith.

19. Sur la base de la traduction de W.Wilkins du Mahabharata. Mitologia hindu, Vision, Barcelone, 1980.

20. Allusion à l’enseignement du Bouddha (500 av. J.C.). Selon cette doctrine, l’être humain peut se libérer de la roue des réincarnations et parvenir au nirvana, sorte de dissolution du point de vue des caractéristiques sensibles qui configurent le moi. La doctrine bouddhiste (en réalité une philosophie et non une religion) s’est peu à peu convertie en une croyance religieuse donnant lieu, à son tour, à une mythologie très vaste.

21. On prononce souvent “Om” aux débuts des oraisons et des cérémonies religieuses. À l’origine, les lettres qui formaient ce mot (a u m) représentaient les védas. Avec le temps, il commença à représenter les trois déités principales du cycle puranique, à savoir : Brahmâ, Vishnu et Shiva.

22. La prière est tirée du Vishnu Purana. Quant au nom de Brahmâ, Monier Williams dit : « Seuls très peu d’hymnes des védas semblent contenir la simple conception de l’existence d’un être divin et omniprésent. Et même dans ceux-là, l’idée d’un dieu présent dans toute la nature est un peu vague et indéfinie. Dans le Purusna Sukta du Rig Veda, l’esprit unique s’appelle Purushna. Déjà le nom le plus commun dans le système ultérieur, est Brahman, neutre (nominatif, Brahmâ), dérivé de la racine brih, “s’étendre” et signifie l’unité de l’essence expansive ou la substance universellement diffuse de l’univers... Brahman est le neutre, étant le “simple être infini” (l’unique essence réelle et éternelle) qui, lorsqu’il passe à l’essence manifestée, s’appelle Brahmâ ; quand elle se développe elle-même dans le monde, on l’appelle Vishnu, et quand, de nouveau, elle se dissout en elle-même en un être unique, elle reçoit le nom de Shiva ; tous les innombrables autres dieux et demi-dieux sont également de nouvelles manifestations du neutre Brahman, qui est éternel. » Indian Wisdom, p.12, cité par Wilkins, Obras Completas, p. 106.

23. Le titre de ce paragraphe “Les formes de la beauté et de l’horreur” synthétise cette sensation contradictoire que les divinités présentent très souvent, divinités desquelles on observe la double face, bénéfique et funeste. Le premier cas qui se présente est la transformation de Krishna face au héros Arjuna. Le second est celui de la rayonnante Parvati, capable de broyer un monstre, de boire son sang et de dévorer ses restes pour ensuite revenir auprès de son bien-aimé Shiva, avec sa beauté et sa douceur habituelles. Impressionné par cet état contradictoire que lui provoque sa bien-aimée, Baudelaire finira par écrire son “Hymne à la Beauté” qui pourrait bien être dédié à ces dieux ambivalents : « ...Sors-tu du gouffre noir ou descends-tu des astres ? Le destin charmé suit tes jupons comme un chien, tu sèmes au hasard la joie et les désastres, et tu gouvernes tout, et ne réponds de rien...Tu marches sur des morts, Beauté, dont tu te moques. De tes bijoux, l’horreur n’est pas le moins charmant...Que tu viennes du ciel ou de l’enfer, qu’importe. Oh Beauté ! Monstre énorme, effrayant, ingénu. Si ton œil, ton sourire, ton pied m’ouvrent la porte, d’un infini que j’aime et n’ai jamais connu... »

24. Arjuna, un des héros de l’épopée Mahabharata.

25. Adaptation du Bhagavad Gita (“Chant XI”) dans la traduction de J. Roviralta Borell, Diana, Mexico, 1974. Le Bhagavad Gita est un épisode du Mahabharata, rédigé vers le IIIème siècle av. J.C.



VII. Mythes perses


1. Zarathoustra ou Zoroastre vécut approximativement entre 660 et 580 av. J.C. Il commença à prêcher sa doctrine dans une région lointaine de l’Iran Oriental. Du point de vue religieux, sa figure est l’une des plus importantes, car son existence personnelle fut prouvée tout autant que celle de Mahomet par exemple, ce qui n’est pas le cas de beaucoup d’autres fondateurs. Bien qu’il ait disposé d’éléments indo-iraniens et d’autres primitifs, le prophète inaugure une nouvelle religion universelle, qui aura de puissantes répercussions sur d’autres religions. Sa cosmologie et sa cosmogonie, son apocalypcisme* et ses idées concernant le salut entament un cycle religieux qui, joint à Isaïe, Malachie et Daniel (dans la Bible), aura une énorme influence dans de vastes régions d’orient et d’occident. Plus tard, le zoroastrisme, converti en culte de Mithra, progressera à nouveau, cette fois-ci en direction de l’Empire Romain. En forte concurrence avec le christianisme, le zoroastrisme aura une influence sur lui, et même si cette nouvelle religion s’imposera par l’alliance qu’elle établit avec le pouvoir politique romain, les germes du mithraïsme croîtront en son sein, jusqu’à s’exprimer comme des hérésies importantes. Cela arrivera également par la suite en Iran, où l’invasion musulmane finira par déraciner presque totalement le zoroastrisme, mais beaucoup de ses idées seront à l’origine de l’hérésie chiite, à l’intérieur de l’Islam. Au XIXème siècle, le Ba et la foi Bahaï vont constituer une nouvelle transformation de l’enseignement de Zarathoustra. Du point de vue doctrinaire, la rédaction de l’Avesta ou Zend Avesta est attribuée à Zarathoustra, mais il semblerait que le prophète n’ait écrit que le Yasna (peut-être uniquement 17 de ses hymnes ou Gathas). L’Avesta est constitué du Yasna (72 chapitres de liturgie Parsi), du Vispared (24 chapitres d’invocations), du Vendidad (encore 22 chapitres de plus), des Yashts (21 chapitres d’invocations aux anges qui constituent l’Avesta proprement sacerdotal) et du Khordah Avesta ou Petit Avesta (livre des dévotions sacerdotales et privées). Pour nos adaptations de l’Avesta, nous avons seulement utilisé les Gathas et le dénommé Vendidad-Sade. Les Gathas furent écrites en avestique, qui était la langue de l’antique Bactriane, mais les textes originaux ont déjà subi de nombreuses vicissitudes dès le passage d’Alexandre en Perse. Ce matériel est donc arrivé jusqu’à nous en langue Pehlevi avec de grandes lacunes et, assurément, des interpolations de tous types. En ce qui concerne certaines divinités ou esprits communs à leur origine, dans les branches aryennes qui bifurquèrent vers l’Inde et l’Iran, nous devons tenir compte du fait qu’ils prennent des caractères opposés, dus probablement aux guerres ou aux disputes entre les tribus primitives. Ainsi, Indra et les Devas sont dignes de dévotion dans les védas hindous, prenant un caractère funeste dans l’Avesta. Il arrive la même chose au légendaire Yima de l’Avesta. (“Djimshid, chef de peuples et de troupeaux” pour Anquetil-Duperron, selon la citation de Bergúa) qui, dans les védas apparaît comme Yama, divinité de la mort (Rig Veda 1, 38, 5). Mais le Haoma (Soma pour les Védas) et Mithra (Mitra védique) conservent en revanche des caractéristiques bénéfiques.

2. Allusion au début de “Ainsi parlait Zarathoustra”. « Lorsque Zarathoustra fut âgé de 30 ans, il abandonna sa patrie et les lacs de sa patrie et se retira dans la montagne. » F. Nietzche, Obras completas, Vol. III, Aguiles, Buenos Aires, 1961, p. 243. Il semblerait que l’intérêt de Nietzsche pour le prophète perse débuta lorsque, étant très jeune, il le vit dans ses rêves. Dans sa correspondance avec sa sœur Elizabeth et avec Lou Andréas Salomé, mis à part quelques commentaires à Peter Gast et à E. Rhode, Nietzsche décrit Zarathoustra comme une personne capable de concevoir les fondements d’une nouvelle morale et, par conséquent, être également un destructeur ou un transformateur des valeurs établies.

3. Référence au système cosmologique et cosmogonique de Zarathoustra, développé par les mages perses.

4. Kine, âme des êtres vivants et plus particulièrement du bétail. Ahura Mazda, divinité de la Lumière, également appelée Ormuz.

5. Yasna XLIV, 3. L’Avesta. Adaptation de la traduction de J. Bergua. Bergua Editions, Madrid, 1974.

6. Ibid. XLIV, 4

7. Ibid. XLIV, 5

8. Ibid. XLIV, 6

9. Deuxième Fargard, 2 et suivantes, adaptation de El Vendidad-Sade, op. cit.

10. Ibid. Deuxième Fargard, 7 et suivantes.

11. Ibid. Dix-neuvième Fargard, 52.

12. Ibid. Dixième Fargard, 17.

13. Ibid. Dix-huitième Fargard, 29 et 31.

14. Ibid. Quinzième Fargard, 5 et 6.

15. Yasna XXX, 3.

16. Ibid. XXX, 4.

17. Ibid. XXX, 5.

18. Ibid. XXX, 6.

19. Ibid. XXX, 8. Fait référence à l’alliance entre les esprits Daevas et Ahriman, dieu des Ténèbres et du Mal.

20. Ibid. XXX, 8.

21. Ibid. XLV, 2.

22. Ibid. LIII, 2.

23. Ibid. LI, 13.

24. Ibid. XLIX, 11.

25. Ibid. LI,15.


VIII. Mythes greco-romains


1. Sous ce titre, nous avons réuni une quantité de mythes auxquels participaient non seulement les grecs et les romains mais aussi d’autres mythes propres au monde crétois et mycénien qui, bien évidemment, devraient être traités à part. On notera que les sujets traités possèdent des noms grecs et en aucun cas romains, étant donné que les fils de Romulus ont absorbé les mythes les plus proéminents de la culture grecque, grâce au seul expédient consistant à changer les noms et les lieux où se déroulèrent certains évènements. Nous ne sommes pas en train de dire que la culture romaine n’est pas à l’origine de légendes ou de mythes qui lui soient propres. Nous savons que les vagues successives d’envahisseurs sur ces terres durent affronter des populations plus anciennes et celles-ci, bien entendu, avaient des formes mythiques et religieuses plus ou moins différenciées des nouveaux apports. D’autre part, l’influence culturelle grecque n’est pas le seul facteur qui ait joué sur la culture romaine ; vu que de nombreuses “histoires” dérivent des égyptiens, des phrygiens, des hittites, etc. Si nous approfondissons, il y a de nombreux noms de dieux d’origine étrangère dans la mythologie grecque elle-même. Par ailleurs, il faut distinguer entre la gamme (et souvent les transformations) des légendes et des mythes qui sont dus à la plume des mythographes antiques et le rôle que les dieux, les demi-dieux et les autres entités ont joué dans le culte personnel et collectif. En réalité, c’est ici où doit être recherchée la véritable importance des mythes qui sont plus apparentés au système de croyances qu’à la simple expression poétique, plastique et parfois philosophique. C’est le cas de Platon, créateur de “mythes” (Le Banquet, Phédon, Phèdre, la République, etc...), à travers lesquels il explique sa doctrine. Pour notre part, nous avons utilisé les textes d’Homère, de Pindare, d’Euripide, de Sophocle et d’Eschyle pour leur grande beauté expressive et, bien sûr, la Théogo­nie et Les travaux et les jours d’Hésiode qui, sans avoir l’envol poétique des oeuvres de ces auteurs, constituent de véritables pièces de recueil et de “classification”. Du point de vue historique, les mythes qui nous occupent ont circulé à travers les pays de langue grecque à partir du Xème s. av. J.C. jusqu’aux alentours du IVème siècle de l’ère actuelle. En ce sens, des oeuvres comme celles d’Hécatée, écrites au VIème s. av. J.C., auraient été d’une valeur inestimable ; mais, malheureusement, seuls des fragments douteux de ses quatre livres de Généalogies nous sont parvenus. L’œuvre de cet auteur semble cependant avoir eu une influence décisive sur Férécides qui a écrit sur les premiers mythes athéniens. Il est bien évident que les auteurs postérieurs ne sont pas à sous-estimer (et cela vaut également pour les écrivains romains), mais au fur et à mesure qu’on avance dans le temps, l’enchevêtrement des informations croît de telle façon que l’on a tendance à confondre la source originelle avec la création récente. Les êtres les plus importants mentionnés dans ce chapitre “Mythes gréco-romains” sont : Cronos = Saturne romain; Zeus = Jupiter ; Héra = Junon ; Rhéa = Cybèle ; Hermès = Mercure ; Déméter = Cérès ; Perséphone = Proserpine ; Dionysos = Bacchus et Héraclès = Hercule.

2. Adaptation de Hésiode, Théogonie, v. 154 à 181, Alianza, Madrid, 1986. Hésiode de Ascra, première moitié du VIIème s. av. J.C. (?).

3. Les Erinnyes sont trois : Tisiphone (“destruction vengeresse”*), Alecto (“répugnante, hostile”*) et Mégère (“La grincheuse”*). Selon A. Garibay, il s’agit de la personnification de l’idée de réparation de l’ordre détruit par le crime. Elles ont pour mission, entre autres, de réprimer la rébellion du jeune contre le vieux. Elles vivent dans l’Erèbe et sont antérieures à Zeus. Pour A.Bartra, ce sont les esprits du châtiment et de la vengeance du sang. Enfin, P. Grimal les considère comme nées des gouttes de sang dont s’est imprégnée la terre lors de la castration d’Ouranos. Elles furent également appelées “Euménides” et “Furies” par les romains.

4. Ibid., v. 460 à 474.

5. Ibid., v. 470 à 501.

6. Ibid., v. 686 à 692.

7. Ibid., v. 693 à 699.

8. Ibid., v. 717 à 720.

9. Ibid., v. 730 à 732.

10. Version adaptée des Troyennes, d’Euripide, fin de la scène XI selon l’adaptation de J.P. Sartre, Losada, Buenos Aires, 1967. Toute la citation entre guillemets correspond au discours de Poséidon, mais nous nous sommes permis de la mettre dans la bouche de Prométhée, étant donné que cela s’ajuste bien à son caractère et au contexte général dans lequel le Titan développe son récit. En tous cas, la surprise que produit l’introduction de la mise en garde : « Faites la guerre, mortels imbéciles, détruisez les champs et les villes ; violez les temples, les sépultures et torturez les vaincus ; en faisant ainsi vous préparez votre propre destruction ! » s’explique par la rupture du style épique et grave avec une dissonance moqueuse, propre au milieu du XXème siècle, que Sartre aime bien. Quant à Euripide, il naît à Salamine en 480 et meurt en 406 av. J.C.

11. Adaptation de Eschyle, Prometeo encadenado, Episode II, Losada, Buenos Aires, 1984. Eschyle naquit à Eleusis en 525 et mourut en 456 av. J.C.

12. Ibid., Episode II, après le premier chœur.

13. “Japetonida” (Japetonide), fils de Japet. Japet est lui-même fils d’Ouranos et de Gaïa et frère de Cronos et des autres Titans (Océanos, Coios, Hypérion, et Crios) et des titanides (Téthys, Rhéa, Thémis, Mnémosyne, Phœbé, Diénée et Théia). Les Titans et les titanides appartiennent à la première génération des dieux (appelés “dieux titans”). De la lignée de Japet et Clymène dérivent Atlas, Ménécis, Prométhée et Epiméthée ; tout comme de la lignée de Cronos et de Rhéa dérivent Hestia, Déméter, Héra, Hadès, Poséidon et Zeus. Par conséquent, Prométhée était le “cousin” de Zeus. Mais c’est la lignée de Cronos (celle dénommée des “cronides”) qui s’impose. Epiméthée, qui est le frère de Prométhée (et son contraire étant donné sa maladresse et son manque de ruse) accepte Pandore comme cadeau et Zeus se sert d’elle pour, une fois de plus, ruiner les hommes. D’Epiméthée et de Pandore naît Pyrrha, et de Prométhée et de Clymène naît Deucalion. Ces deux figures-là forment le couple qui va peupler le monde après le Déluge que Zeus envoya comme nouveau châtiment. C’est grâce à une autre intervention de Prométhée que l’être humain parvient à se sauver. En effet, Prométhée instruit Deucalion et Pyrrha pour qu’ils construisent une arche. Les survivants de la catastrophe font ensuite en sorte que les humains réapparaissent en jetant des pierres par-dessus leurs épaules alors qu’ils cheminent à travers les champs. De ces “semailles” vont naître les femmes et les hommes. Dans tout ce qui précède, la lignée des japetonides ressort comme étant à l’origine de la propagation humaine.

14. Adaptation de Théogonie, v. 535 à 570 et 615 à 628.

15. Ibid., v. 521 à 525.

16. Adaptation de Himnos homéricos, l’Iliade, II, Losada, Buenos Aires, 1982. (ll. A. Déméter)

17. Métrodore de Kio, Sur la nature, I et II.

18. Adaptation de Himnos homéricos (XXVI. À Dionysos).


IX Mythes nordiques


1. Concernant les antécédents de la littérature nordique en relation avec les mythes, F. Durand fait la révision historique suivante : « En 1643, l’évêque islandais de Skalholt découvrit un manuscrit qu’il offrit au roi du Danemark Frédéric III. Le Codex regius contenait la transcription que Snorri fit, au début du XIIIème siècle, d’un ensemble de poèmes très anciens, auxquels il donna le titre générique de Edda. Plus tard, on allait trouver le manuscrit d’un autre érudit, Saemund, où figuraient les mêmes œuvres, ce qui pourrait expliquer le pluriel : les Edda. Ces poèmes furent conçus à une époque pré-littéraire ; la majeure partie semble dater des VIIème et VIIIème siècles, mais certains philologues ont tendance à dater les poèmes les plus archaïques du VIème siècle. Il est évident que ces poèmes commencèrent à être récités en Norvège ; ils furent transmis de génération en génération jusqu’à ce que les colons les apportent sur l’île “de glace et de feu” et les scribes médiévaux les sauvèrent de l’oubli en les fixant sur le vélin. Le reste de la Scandinavie participa également à l’élaboration de cette oeuvre. Ainsi, dans les Gesta Danorum de Saxe Grammaticus, se trouve la traduction latine des poèmes que l’on peut qualifier de proto-eddiques. Le poème grandiose du Xème siècle, le Bjarkemal, qu’Olaf fit chanter devant ses hommes en formation à Stiklestad, diffère à peine de certaines strophes eddiques. » Los Vikingos, Eubeda, Buenos Aires, 1975, p. 108, 109. C’est ainsi que fut sauvée une tradition qui débuta à l’époque des migrations (entre les IIIème et IVème siècles) et qui se répandit ensuite dans tout le monde germanique. Mais la littérature mythique reste restreinte au milieu scandinave. Quand nous parlons d’ensemble de légendes ou d’écrits nordiques plus ou moins épiques, nous pouvons rencontrer des productions tant en Angleterre et en Allemagne que dans d’autres pays. Mais nous faisons ici référence à un type de littérature qui se trouve plus particulièrement en Islande. Ceci est la résultante de situations complexes dans lesquelles le facteur géographique a également joué un rôle. Depuis la découverte et la colonisation de l’Islande par les norvégiens (vers 874), jusqu’à la première génération d’islandais chrétiens (autour de 1000), de nombreux évènements interviennent dans tout le monde scandinave, que nous pouvons tout à fait faire coïncider avec le “cycle viking”. Cette époque turbulente d’expansion et de conflits continuels a son revers dans l’avancée des puissances continentales ainsi que dans celle du christianisme. Durant cette période, une précieuse documentation est éliminée ou encore perdue en Suède, en Norvège et au Danemark. En Islande, on a conservé une énorme production qui, par ailleurs, s’est poursuivie jusqu’au début du XIIIème siècle ; tel est le cas de l’Edda Majeure, dont nous avons emprunté les chants concernant les thèmes mythologiques, laissant de côté les thèmes épiques. Heureusement pour la littérature, la figure colossale de Snorri Sturluson (1179-1241) apparaît. Il compose de nombreuses sagas et récupère la mythologie nordique, en particulier avec son Gylfaginning (La trahison de Gylfi) et, dans une certaine mesure, avec son Skaldskaparmal (Discours pour la préparation des poètes). L’Edda Majeure en vers et la dénommée Edda Mineure (ou Edda en Prose, ou Edda de Snorri) constituent les sources les plus fiables de la mythologie nordique due aux islandais.

2. Edda Mayor, Völuspa 17 et 18, Alianza, Madrid, 1986.

3. Forme générique pour désigner les dieux. Quand on parle d’une déesse en particulier, on l’appelle Asinia.

4. Espace plein d’énergie. Ce lieu se remplit et s’enfonça par le poids des glaces quand celles-ci cessèrent de couler, mais par la suite, quand à certains endroits la glace et le feu volcanique s’opposèrent, la gelée blanche des glaciers se mit à fondre et à partir des gouttes commença à se former Ymir, le premier géant de glace, qui contient dans son intérieur la chaleur volcanique et un peu de l’énergie de Ginnungagap.

5. C’est le lieu de la glace du nord, par opposition à Muspel, région mythique et chaude du sud. Dans celle-ci vit un géant qui défend l’endroit en brandissant une épée de feu et qui sortira de là à la fin des temps pour mettre le feu au monde.

6. Une source.

7. Le serpent qui ronge les racines.

8. Un des Ases.

9. Adaptation de Snorri Sturluson, Gylfaginning (La trahison de Gylfi*), Textos mitológicos de las Eddas, Snorri Sturluson, XV, Miraguano, Madrid, 1987. La perte d’un œil en échange d’un bien plus important semble également renvoyer à d’autres légen­des et histoires, comme dans l’histoire suivante qui nous éclaire, de plus, sur le comportement belliqueux des vikings : « Quand il parvint à la demeure où dormait Armod, sa femme et sa fille, Egil ouvrit la porte et alla vers le lit de Armod. Il sortit son épée et de l’autre main il attrapa la barbe d’Armod et, tirant sur elle, il l’attira vers le bord du lit. Mais la femme et la fille d’Armod se levèrent en hâte et demandèrent à Egil de ne pas tuer Armod. Egil dit qu’il en ferait ainsi pour elles, mais qu’il méritait d’être tué. Alors Egil lui coupa la barbe à partir du menton ; ensuite il lui arracha l’œil avec le doigt et le laissa pendre sur la joue ; ensuite Egil et ses compagnons s’en allèrent. » Saga de Egil Skallagrimsson, Snorri Sturluson Miraguano, Madrid, 1988, p. 270 et 271.

10. Selon La canción de los Nibelungen, C. Mettra, F.C.E. Mexico, 1986, p. 29.

11. L’entité du passé. On doit prendre en considération que les nornes gravent leurs tablettes, c’est-à-dire qu’elles impriment leurs runes magiques avec lesquelles elles fixent le destin des personnes. Par conséquent, il ne s’agit pas de “fileuses” dans le style des parques romaines ou des moires grecques.

12. L’entité du présent.

13. L’entité du futur.

14. Adaptation du Gylfaginning, op. cit., XV et XVI.

15. La demeure des héros. Les walkyries choisissent les combattants vaillants qui vont mourir, mais elles décident aussi du sort des batailles. Les femmes guerrières rappellent un peu les amazones, mais leur action est un tant soit peu indirecte. Nous disposons d’une piste historique dans laquelle les femmes des primitifs germains “participaient” déjà et contribuaient parfois à décider des batailles. Il est possible que ces coutumes aient contribué ultérieurement à la mythification des walkyries vikings. Tacite (55 à 120 après J.C.) dans son œuvre Des coutumes, lieux et peuples de Germanie, nous dit : « En entrant dans la bataille, ils tiennent près d’eux ceux qui leur sont les plus chers pour qu’ils puissent entendre les hurlements des femmes et les cris des enfants : ceux-ci sont les témoins fidèles de leurs faits et gestes, ce sont eux qui les vantent et les louent le plus. Quand ils sont blessés, ils montrent leurs blessures à leurs mères et à leurs femmes et celles-ci n’ont pas peur de les compter, ni de les sucer, et au milieu des batailles, elles leur amènent des rafraîchissements et les encouragent. De telle sorte que, parfois, à ce qu’ils racontent, les femmes ont retourné des batailles presque perdues, faisant revenir les escadrons en fuite et cela grâce à la constance de leurs prières, en leur présentant leur poitrine et en leur montrant que s’ils poursuivaient dans cette voie, ils se trouveraient en captivité.À cause d’elles, ils craignaient beaucoup plus la captivité ; à tel point que l’on peut avoir une plus grande confiance envers les cités qui comptaient quelques jeunes filles nobles parmi leurs otages. Parce qu’eux-mêmes sont persuadés qu’il y a en elles quelque chose évoquant la sainteté et la prudence, ils ne dédaignent pas leurs conseils et ont une grande estime pour leurs réponses. » Inclus dans Las Historias de Cayo Cornelio Tacito, Sucesores de Hernando, Madrid, 1913, p. 335 et 336.

16. Tacite (op.cit. p. 346), faisant référence à la boisson enivrante (bière) et aux habitudes alimentaires des germains primitifs, dit : « Ils fabriquent une boisson d’orge et de blé qui prétend ressembler un peu au vin. Ceux qui vivent à proximité des rives du Rhin l’achètent. Leurs repas sont simples : pommes sauvages, gibier frais et lait caillé. Ils tuent la faim sans autre apparat, sans curiosité, ni régal ; mais ils n’ont pas la même tempérance envers la soif. Et si on leur donnait à boire autant qu’ils le voulaient, il serait plus facile de les vaincre avec le vin qu’avec les armes. » Dans les Eddas, on parle de l’hydromel qui est une boisson qui appartient aux dieux et qui ne doit pas être confondue avec la bière, même si parfois elles sont identifiées l’une à l’autre, figurativement parlant.

17. La traduction que l’on a donnée à “Ragnarök” depuis Wagner jusqu’à nos jours est le “Crépuscule des Dieux”. Cependant, il est plus correct de le traduire comme le “Destin des Dieux” et nous l’avons donc utilisé comme titre pour toute cette scène.

18. Adaptation de Snorri Sturluson, La Alucinación de Gylfi, Alianza, Buenos Aires, 1984 (dans la traduction de J.L. Borges).

19. Völuspa, 58, op. cit.

20. Ibid., 45.

21. La Alucinación de Gylfi, op. cit., 51.

22. Ce discours final de Haki remémore un peu la description de Snorri dans le Ynglingasaga, à la suite de la bataille de Fyrisvellir (durant laquelle Haki reçoit une mauvaise blessure). « ...Alors il fit amener son vaisseau, le fit charger avec les hommes morts et leurs armes et le fit mettre à flots ; il fit redresser le timon vers la mer, hisser la voile et allumer un bûcher de bois sec sur le pont. Le vent soufflait de la terre. Quand il fut mis sur le bûcher, Haki était à l’agonie ou déjà mort. Le vaisseau en flammes disparut alors à l’horizon et cette scène resta longtemps gravée dans la mémoire. » Les paroles que nous mettons dans la bouche de Haki sont le reflet de l’amertume d’un monde qui meurt. Haki n’est pas un viking qui se convertit au christianisme, bien au contraire. Il fait comprendre plutôt que l’échec face à la religion qui se déploie (celle des “personnes étranges”) n’est en réalité qu’une parenthèse au cours de laquelle de nombreuses images et de nombreux mythes nordiques envahissent le vainqueur.


X. Les Mythes américains

1. Les mythes américains sont nombreux et il en existe des productions extraordinaires comme nous pouvons le vérifier dans El libro de los libros de Chilam Balam, grand chef-d’œuvre littéraire de la culture maya du Yucatán. Pour notre part, nous avons étudié El libro de los quichés du Guatemala qui fut traduit sous différents noms : Popol Vuh. Las antiguas historias de quiché par A. Recinos (publié par F.C.E. Mexico, nous disposons de la sixième édition de 1970, bien qu’elle fût écrite en 1947) ; Popol Vuh o libro del Consejo de los Indios Quichés par M. Asturias et J. M. Gonzalez de Mendoza (publié par Losada à Buenos Aires, nous disposons de la seconde édition de 1969, bien qu’elle fût écrite en 1927) ; Pop Wuj. Poema mito-histórico Ki-ché par Adrian I. Chavez (publié par Centro Editorial Vile, Quetzaltenango, Guatemala, nous disposons de la première édition de 1981, bien qu’elle fût écrite en 1979). La traduction de Recinos se basait sur le manuscrit intitulé Arte de las Tres lenguas, composé au début du XVIIIème s. par le moine Fray Francisco Ximénez. Le document qui a servi de source est passé dans la collection Brasseur puis aux mains de A. Pinart, qui à son tour l’a vendu à E. Aller, et il est ainsi arrivé à la Bibliothèque Newberry où Recinos en fit une copie photostatique. Le travail de Arciniegas fut traduit en espagnol à partir de la version française de P. Reynaud intitulée Les dieux, les héros et les hommes de l’ancien Guatémala d’après le Livre du Conseil. Reynaud a utilisé le manuscrit de Ximénez. Enfin, la traduction de Chavez se base également sur le manuscrit de Ximénez mais il a pris la précaution de considérer les deux colonnes que le moine avait composées. Ximénez mit dans la première la transcription quiché -bien qu’espagnolisée- et dans la seconde, la traduction en espagnol. Chavez a réactualisé l’original quiché transcrit par Ximénez et c’est ce matériel-là qu’il traduisit en espagnol. En 1927 a été publiée au Guatémala une traduction réalisée par Villacorta et Rodas sur la base du texte français de Brasseur mais ce livre n’est pas arrivé jusqu’à nous. Il est arrivé la même chose avec une autre traduction de Brasseur, due à J. Arriola et publiée au Guatémala en 1972. Dans tous les cas, le document qui sert de source est celui de Ximénez. Entre 1701 et 1703, arriva dans ses mains, au patronat réel du peuple de Saint Thomas (aujourd’hui Chichicastenango), un manuscrit rédigé en langue quiché mais présenté en caractères latins. Le document datait à peu près de la moitié du XVIème s. L’original a malheureusement été égaré mais Ximénez a pris soin de le copier, bien qu’avec quelques altérations.

2. Chavez considère que cette phrase fait allusion au passage des peuplades au nord de l’Amérique à partir de l’Asie, c’est-à-dire de l’ouest pour eux.

3. Chavez affirme que les “peintures” étaient de véritables livres ou tableaux, unis sous forme pliée et non pas simplement des gravures isolées, imprimées sur de la pierre, des os ou du bois. Pour soutenir son point de vue, il cite la Relación de las cosas de Yucatan, du moine Diego de Landa, dans lequel cet auteur dit : « Nous avons trouvé chez eux un grand nombre de livres de ce genre, leurs écrits, et parce qu’il n’y avait rien qui ne renfermât autre chose que superstition et fausseté du démon, nous les avons tous brûlés, ce qui les étonna beaucoup et leur causa beaucoup de peine. »

4. Adaptation de la traduction de Resinos op. cit.

5. À partir de là et jusqu’à la fin, nous avons adapté la traduction d’Arciniègas, op. cit.

6. Chavez pense qu’il s’agit d’une sorte d’huile due à un cataclysme cosmique. Mais cela peut être dû à l’expulsion de pétrole enflammé par la rupture d’une nappe quelconque au moment de l’explosion d’un volcan.

7. Il fait allusion à un long voyage “descendant” depuis les régions très froides jusqu’à parvenir en des lieux d’établissement plus permanents.


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Marine
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MessagePosté le: Dim 15 Fév 2015 - 11:25    Sujet du message: Mythes racines universels Répondre en citant

Il faut qu'il croisse,
et que je diminue
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Theyd
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MessagePosté le: Jeu 5 Mar 2015 - 16:23    Sujet du message: Mythes racines universels Répondre en citant

Salut Marine,


cet exposé est vraiment bien fourni. Bravo et Merci beaucoup.
Toutes ces mythologies comportent sans doute des leçons qui continuent de ne pas être à la portée du dernier venu. Mythologie, histoire; ca sent la confusion. N'est ce pas?  Very Happy


Well,


perso, mon attention est toujours retenue par la mythologie greco-romaine. Cet exposé m'a permis de connaitre sa génènse qui jusque-là, m'echappait. Aussi, j'aurai vraiment aimé que cette dernière soit plus détaillée surtout venant de cette même source quand on sait que les versions se contredisent souvent...


J'aurai voulu par exemple qu'on retrouve certains grands noms tels que ceux des demi-dieux Hercule(avec ses 12 travaux) et Persée (vainqueur du craken et du tartare) entre autre qui furent quand même les hommes les plus forts du monde à leur époque si j'en crois la mythologie. 


J'espère vraiment que tu vas poster quelque chose dans ce sens quand tu auras un peu de temps.


Mais d'ici là, portes-toi bien.


Encore merci.


@ +++
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Marine
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MessagePosté le: Ven 6 Mar 2015 - 10:31    Sujet du message: Mythes racines universels Répondre en citant

Theyd lance-toi, tu devrais bien nous trouver ça sur le web !
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 01:12    Sujet du message: Mythes racines universels

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