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Naomi Klein - La stratégie du choc, La montée d'un capitalisme du désastre

 
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Marine
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MessagePosté le: Dim 1 Fév 2015 - 16:40    Sujet du message: Naomi Klein - La stratégie du choc, La montée d'un capitalisme du désastre Répondre en citant



Cet ouvrage (fort bien traduit) explique comment et pourquoi, depuis le début des années soixante-dix, les classes dirigeantes mondiales mènent une véritable guerre - il n'y a pas d'autre mot - contre les peuples en utilisant une stratégie du désastre. Elles tirent profit des catastrophes naturelles (vagues géantes, tremblements de terre, ouragans) ou provoquent des catastrophes humaines (conflits militaires, exploitation artificielle du " terrorisme " ) pour renforcer leur pouvoir aux dépens du domaine public et de la société civile, et imposer, par la violence et la sidération, le modèle d'une société capitaliste toujours plus réactionnaire.

Naomi Klein appelle" capitalisme du désastre " ce type d'opération consistant à lancer des raids systématiques contre la sphère publique au lendemain de cataclysmes et à traiter des derniers comme des occasions d'engranger des profits. Le capitalisme du désastre détruit aussi pour reconstruire : 30 milliards de dollars ont été investis en Irak, 13 milliards pour le tsunami, 100 milliards pour La Nouvelle-Orléans.

Naomi Klein cherche à faire oeuvre de doctrine pour le courant altermondialiste. Le libéralisme est dénoncé dans cet ouvrage, avec une mise en parallèle des procédés de torture et des discours de libéralisation économique. Les peuples seraient rééduqués par la force aux vertus du marché : le cas du coup d'état du Chili en 1973 aurait été le ballon d'essai d'une campagne générale orchestrée depuis la célèbre université de Chicago. « Expliquer la Nouvelle Orléans, dit Naomi Klein (p. 31), par l'incompétence et le système de copinage propre à W. » est insuffisant. « En réalité, les exploits de Bush ne sont que le paroxysme monstrueusement violent et créatif d'une campagne vieille de 50 ans en faveur de la liberté totale des grandes sociétés ».

L'ouvrage est composé de 7 parties. Elles suivent une progression historique depuis la formation du programme idéologique et des méthodes de lavage de cerveau dans les années 1950, jusqu'à aujourd'hui. Les étapes retenues sont le coup d'état au Chili (Partie 2), le thatchérisme (Partie 3), Tienanmen (Partie 4), la transformation de la sécurité aux Etats-Unis (Partie 5), la deuxième guerre d'Irak (Partie 6). L'argumentation est essentiellement historique : une clef de déchiffrement de l'histoire récente du monde est proposée à travers l'association des moyens d'isolement sensoriel et de la mise en place d'une économie de marché.

L'entreprise de Naomi Klein n'est pas académique. Il s'agit d'une entreprise militante qui ne distingue pas une revendication d'un moindre interventionnisme public, un abaissement d'une taxe douanière ou une privatisation : crise ou catastrophe seraient une occasion pour avancer les éléments d'un programme « libéral », terminologie vague qui regroupe aussi bien des questions portant sur les échanges internationaux que sur la protection sociale. Cette thèse de Naomi Klein soulève plusieurs questions. La première, factuelle : les conséquences institutionnelles et idéologiques des crises et des catastrophes sont-elles « libérales » ? La deuxième question est celle de l'histoire de la privatisation des guerres et des catastrophes.

La thèse de Naomi Klein nous prédit un renforcement idéologique « libéral » lors des chocs issus d'une crise ou d'une catastrophe. Or, les lendemains de catastrophe sont plutôt réglementaires et interventionnistes : la catastrophe industrielle d'AZF a renforcé la réglementation et accru de 150 le nombre des inspecteurs de sites classés, la crise financière des subprimes apporte chaque jour son lot d'interventions publiques. Naomi Klein avance qu'une plus grande passivité de l'opinion serait la conséquence d'un choc catastrophique : pourtant, les lendemains du tremblement de terre en Chine ont vu des protestations devant la mauvaise qualité des bâtiments scolaires. Les guerres, crises et grandes catastrophes sollicitent les finances publiques, en mettant entre parenthèses les éventuelles convictions libérales des gouvernants en place. Guerre ou catastrophe obligent à penser positivement l'action publique : une pensée de pure soustraction du « moins d'Etat » ne semble pas favorisée par les chocs événementiels, contrairement à la thèse avancée par Naomi Klein.

Naomi Klein propose une histoire simple de la privatisation des guerres et des catastrophes : celle d'un domaine public démantelé récemment de façon opportuniste par l'influence d'un courant idéologique issu de Milton Friedman sur les gouvernants en place. La situation des crises internationales contemporaines la plus courante est celle d'une population ayant des problèmes sanitaires et d'exposition à la violence sociale de bandes armées incontrôlées. Ces guerres privées auxquelles font face les interventions publiques internationales ne résultent pas d'une action volontaire de démantèlement d'un Etat-Providence, qui n'a jamais existé dans les régions du monde où ces conflits se déroulent. La privatisation de l'humanitaire est, quant à elle, originelle : les secours en matière de catastrophe résultent de la première organisation de la société internationale au dix-neuvième siècle qui a confié à une société de droit suisse, la Croix Rouge, le mandat international de secours aux blessés. Etats défaillants, ONGs : la privatisation des conflits et des crises ne résulte pas d'une croisade « libérale » récente.

L'ouvrage de Naomi Klein est organisé comme une fresque apocalyptique. Le mot « Apocalypse » signifie « révélation » en langue grecque : la divinité souveraine s'est choisi un élu parmi les hommes, qui communique de façon indirecte le plan divin. La relation à l'événement catastrophique emploie des procédés de majoration : la catastrophe présente n'est que l'annonce d'une plus grande encore, elle va s'inscrire dans une liste ou un récit déchiffrable par un initié, elle permet l'entrée de personnages incarnant le Bien, un héros positif, ou le Mal, à travers diverses créatures diaboliques. Chez Naomi Klein, des événements très divers, comme la guerre des Malouines, la disparition de l'Apartheid, ou le massacre de la place Tienanmen sont interprétés avec la même clef de lecture, un dessein caché de l'histoire récente, l'ouverture des pages d'un livre de Milton Friedman. Des accords internationaux récents portent sur la non-rétention d'information par les Etats par exemple en cas de démarrage d'une épidémie dans une région reculée. Des deux formes de transformation politique de l'information catastrophique, une première forme, celle du Déni, se retrouve écartée par ces accords internationaux. Il reste l'autre forme, celle de l'exagération apocalyptique, qui soulève de vraies difficultés, dont témoigne l'ouvrage de Naomi Klein. L'auteure relève des conflits d'intérêts, comme ce responsable de la politique américaine propriétaire de la firme qui commercialise un antiviral et qui a promu un grand plan de stockage de ces médicaments. Ces situations de mensonge fortement rémunérées sont justement au coeur de l'indignation de Naomi Klein. Mais l'auteure fait le choix d'utiliser ces mêmes procédés d'exagération dans une relecture partisane de l'histoire récente. Pourquoi pas ? L'auteure a une démarche militante, et ne s'en cache pas. Mais ces exagérations apocalyptiques réciproques et parallèles laissent en entier la réalité tragique des crises et des désastres. L'absence de proposition pratique dans La stratégie du choc souligne ainsi une faiblesse intrinsèque de cet ouvrage de Naomi Klein
Les membres suivants remercient Marine pour ce message :
napo (01/02/15)
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MessagePosté le: Dim 1 Fév 2015 - 16:40    Sujet du message: Publicité

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