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Traité des trois imposteurs. Moïse, Jésus-Christ, Mahomet (1777) [1789]
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Marine
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MessagePosté le: Jeu 2 Oct 2014 - 21:36    Sujet du message: Traité des trois imposteurs. Moïse, Jésus-Christ, Mahomet (1777) [1789] Répondre en citant

Quoiqu’il importe à tous les hommes de connaître la vérité, il y en a très peu cependant qui jouissent de cet avantage. Les uns sont incapables de la rechercher par eux-mêmes, les autres ne veulent pas s’en donner la peine. Il ne faut donc pas s’étonner si le monde est rempli d’opinions vaines et ridicules ; rien n’est plus capable de leur donner cours que l’ignorance ; c’est là l’unique source des fausses idées que l’on a de la Divinité, de l’Ame, des Esprits et de presque tous les autres objets qui composent la Religion. L’usage a prévalu, l’on se contente des préjugés de la naissance et l’on s’en rapporte sur les choses les plus essentielles à des personnes intéressées qui se font une loi de soutenir opiniâtrement les opinions reçues et qui n’osent les détruire de peur de se détruire eux-mêmes.

Dernière édition par Marine le Jeu 2 Oct 2014 - 23:30; édité 2 fois
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MessagePosté le: Jeu 2 Oct 2014 - 21:36    Sujet du message: Publicité

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MessagePosté le: Jeu 2 Oct 2014 - 21:39    Sujet du message: Traité des trois imposteurs. Moïse, Jésus-Christ, Mahomet (1777) [1789] Répondre en citant

Si le peuple pouvait comprendre en quel abîme l’ignorance le jette, il secouerait bientôt le joug de ses indignes conducteurs, car il est possible de laisser agir la raison sans qu’elle découvre la vérité.
Ces imposteurs l’ont si bien senti, que pour empêcher les bons effets qu’elle produirait infailliblement, ils se sont avisé de nous la peindre comme un monstre qui n’est capable d’inspirer aucun bon sentiment, et quoiqu’ils blâment en général ceux qui sont déraisonnables, il seraient cependant bien fâchés que la vérité fut écoutée. Ainsi l’on voit tomber sans cesse dans des contradictions continuelles ces ennemis jurés du bon sens ; et il est difficile de savoir ce qu’ils prétendent. S’il est vrai que la droite raison soit la seule lumière que l’homme doive suivre, er si le peuple n’est pas aussi incapable de raisonner qu’on tâche de le persuader, il faut que ceux qui cherchent à l’instruire s’appliquent à rectifier ses faux raisonnements, et à détruire ses préjugés.

Paul Henri Thiry, baron d'Holbach (1723-1789)
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MessagePosté le: Jeu 2 Oct 2014 - 21:46    Sujet du message: Traité des trois imposteurs. Moïse, Jésus-Christ, Mahomet (1777) [1789] Répondre en citant

Et ça croit en la bible ? Laughing


Pour en venir à bout, il n’est besoin ni de hautes spéculations, ni de pénétrer fort avant dans les secrets de la nature. On n’a besoin que d’un peu de bon sens pour juger que "Dieu" n’est ni colère, ni jaloux ; que la justice et la miséricorde sont des faux titres qu’on lui attribue ; et que ce que les Prophètes et les Apôtres en ont dit ne nous apprend ni sa nature, ni son essence.
En effet, à parler sans fard et à dire la chose comme elle est, ne faut-il pas convenir que ces Docteurs n’étaient ni plus habiles, ni mieux instruits que le reste des hommes ; que bien loin de là, ce qu’ils disent au sujet de "Dieu" est si grossier, qu’il faut être tout à fait peuple pour le croire ? Quoique la chose soit assez évidente d’elle-même, nous allons la rendre encore plus sensible, en examinant cette question : S’il y a quelque apparence que les Prophètes et les Apôtres aient été autrement conformés que les hommes ?

Tout le monde demeure d’accord que pour la naissance et les fonctions ordinaires de la vie, ils n’avaient rien qui les distinguât du reste des hommes ; ils étaient engendrés par des hommes, ils naissent des femmes, et ils conserveraient leur vie de la même façon que nous. Quant à l’esprit, on veut que "Dieu" animât bien plus celui des Prophètes que des autres hommes, qu’il se communiquât à eux d’une façon toute particulière : on le croit d’aussi bonne foi que si la chose était prouvée ; et sans considérer que tous les hommes se ressemblent, et qu’ils ont tous une même origine, on prétend que ces hommes ont été d’une trempe extraordinaire ; et choisis par la Divinité pour annoncer ses oracles. Mais, outre qu’ils n’avaient ni plus d’esprit que le vulgaire, ni l’entendement plus parfait, que voit-on dans leurs écrits qui nous oblige à prendre une si haute opinion d’eux ? La plus grande partie des choses qu’ils ont dites est si obscure que l’on n’y entend rien, et en si mauvais ordre qu’il est facile de s’apercevoir qu’ils ne s’entendaient pas eux-mêmes, et qu’ils n’étaient que des fourbes ignorants. Ce qui é donné lieu à l’opinion que l’on a conçue d’eux, c’est la hardiesse qu’ils ont eue de se vanter de tenir immédiatement de "Dieu" tout ce qu’ils annonçaient au peuple ; créance absurde et ridicule, puisqu’ils avouent eux-mêmes que "Dieu" ne leur parlait qu’en songe. Il n’est rien de plus naturel à l’homme que les songes, par conséquent, il faut qu’un homme soit bien effronté, bien vain et bien insensé, pour dire que "Dieu" lui parle par cette voie, et il faut que celui qui y ajoute foi, soit bien crédule et bien fol pour prendre des songes pour des oracles divins. Supposons pour un moment que "Dieu" se fit entendre à quelqu’un par des songes, par des visions, ou par telle autre voie qu’on voudra imaginer, personne n’est obligé d’en croire sur sa parole un homme sujet à l’erreur, et même au mensonge et à l’imposture ; aussi voyons-nous que dans l’ancienne Loi l’on n’avait pas, à beaucoup près, pour les Prophètes autant d’estime qu’on en a aujourd’hui. Lorsqu’on était las de leur babil, qui ne tendait souvent qu’à semer la révolte et à détourner le peuple de l’obéissance, on les faisait taire par divers supplices ; Jésus-Christ lui-même n’échappa point au juste châtiment qu’il méritait ; il n’avait pas, comme Moïse, une armée à sa suite pour défendre ses opinions 1 ; ajoutez à cela que les Prophètes étaient tellement accoutumés à se contredire les uns les autres, qu’il ne s’en trouvait pas dans quatre cents 2 un seul véritable. De plus, il est certain que le but de leur Prophéties, aussi bien que des lois des plus célèbres législateurs, était d’éterniser leur mémoire, en faisant croire aux peuples qu’ils conféraient avec "Dieu". Les plus fins politiques en ont toujours usé de la sorte, quoique cette ruse n’ai pas toujours réussi à ceux qui, à l’imitation de Moïse, n’avaient pas le moyen de pourvoir à leur sûreté.


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MessagePosté le: Jeu 2 Oct 2014 - 21:50    Sujet du message: Traité des trois imposteurs. Moïse, Jésus-Christ, Mahomet (1777) [1789] Répondre en citant

Cela posé, examinons un peu l’idée que les Prophètes ont eu de "Dieu".

S’il faut les en croire, "Dieu" est un être purement corporel ; Michée le voit assis ; Daniel, vêtu de blanc et sous la forme d’un vieillard ; Ezéchiel le voit comme un feu, voilà pour le Vieux Testament. Quant au Nouveau, les Disciples de Jésus-Christ s’imaginent le voir sous la forme d’une colombe, les Apôtres sous celle de langues de feu, et saint Paul, enfin, comme une lumière qui l’éblouit et l’aveugle. Pour ce qui est de la contradiction de leurs sentiments, Samuel , croyait que "Dieu" ne se repentait jamais de ce qu’il avait résolu ; au contraire, Jérémie nous dit que "Dieu" se repent des conseils qu’il a pris. Joël nous apprend qu’il ne se repent que du mal qu’il a fait aux hommes : Jérémie dit qu’il ne s’en repent point. La Genèse nous enseigne que l’homme est maître du péché et qu’il ne tient qu’à lui de bien faire, au lieu que Saint Paul assure que les hommes n’ont aucun empire sur la concupiscence sans une grâce de "Dieu" toute particulière, etc. telles sont les idées fausses et contradictoires que ces prétendus inspirés nous donnent de "Dieu", et que l’on veut que nous en ayons, sans considérer que ces idées nous représentent la Divinité comme un être sensible, matériel et sujet à toutes les passions humaines. Cependant on vient nous dire après cela que "Dieu" n’a rien de commun avec la matière, et qu’il est un être incompréhensible pour nous. Je souhaiterais fort savoir comment tout cela peut s’accorder, s’il est juste d’en croire des contradictions si visibles et si déraisonnables, et si l’on doit enfin s’en rapporter au témoignage d’hommes assez grossiers pour s’imaginer, nonobstant les sermons de Moïse, qu’un Veau était leur "Dieu" ! Mais sans nous arrêter aux rêveries d’un peuple élevé dans la servitude et dans l’absurdité, disons que l’ignorance a produit la croyance de toutes les impostures et les erreurs qui règnent aujourd’hui parmi nous.
.


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MessagePosté le: Jeu 2 Oct 2014 - 21:56    Sujet du message: Traité des trois imposteurs. Moïse, Jésus-Christ, Mahomet (1777) [1789] Répondre en citant

Ceux qui ignorent les causes physiques ont une crainte naturelle qui procède de l’inquiétude et du doute où ils sont s’il existe un Etre ou une puissance qui ait le pouvoir de leur nuire ou de les conserver. De là le penchant qu’ils ont à feindre des causes invisibles, qui ne sont que des Fantômes de leur imagination, qu’ils invoquent dans l’adversité et qu’ils louent dans la prospérité. Ils s’en font des Dieux à la fin et cette crainte chimérique des puissances invisibles est la source des Religions que chacun se forme à sa mode. Ceux à qui il importait que le peuple fut contenu et arrêté par de semblables rêveries ont entretenu cette semence de religion, en ont fait une loi et ont enfin réduit les peuples, par les terreurs de l’avenir, à obéir aveuglément.

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MessagePosté le: Jeu 2 Oct 2014 - 21:58    Sujet du message: Traité des trois imposteurs. Moïse, Jésus-Christ, Mahomet (1777) [1789] Répondre en citant

La source des Dieux étant trouvée, les hommes ont cru qu’ils leur ressemblaient et qu’ils faisaient comme eux toutes choses pour quelque fin. Ainsi ils disent et croient unanimement que Dieu n’a rien fait que pour l’homme, et réciproquement que n’est fait que pour Dieu. Ce préjugé est général, et lorsqu’on ré-fléchit sur l’influence qu’il a dû nécessairement avoir sur les moeurs et les opinions des hommes, on voit clairement que c’est là qu’ils ont pris occasion de se former des idées fausses du bien et du mal, du mérite et du démérite, de l’honneur et de la honte, de l’ordre et de la confusion, de la beauté et de la difformité et des autres choses semblables.

Chacun doit demeurer d’accord que tous les hommes sont dans une profonde ignorance en naissant, et que la seule chose qui leur soit naturelle, est de chercher ce qui leur est utile et profitable : de là vient : qu’on croît qu’il suffit d’être libre de sentir par soi-même qu’on peut vouloir et souhaiter sans se mettre nullement en peine des causes qui disposent à vouloir et à souhaiter, parce qu’on ne les connaît pas ; comme les hommes ne font rien que pour une fin qu’ils préfèrent à toute autre, et ils n’ont pour but que de connaître les causes finales de leurs actions, et ils imaginent qu’après cela ils n’ont plus aucun sujet de doute, et comme ils trouvent en eux-mêmes et hors d’eux plusieurs moyens de parvenir à ce qu’ils se proposent, vu qu’ils ont, par exemple, un soleil pour les éclairer, etc., ils ont conclu qu’il n’y a rien dans la nature qui ne soit fait pour eux, et dont ils ne puissent jouir et disposer ; mais comme ils savent que ce n’est point eux qui ont fait toutes ces choses, ils se sont cru bien fondés à imaginer un être suprême auteur de tout, en un mot, ils ont pensé que tout ce qui existe était l’ouvrage d’une ou de plusieurs Divinités. D’un autre côté, la nature des Dieux que les hommes ont admis leur étant inconnue, ils en ont jugé par eux-mêmes, s’imaginant qu’ils étaient susceptibles des mêmes passions qu’eux ; et comme les inclinations des hommes sont différentes, chacun a rendu à sa Divinité un culte selon son humeur, dans la vue d’attirer ses bénédictions et de la faire servir par là toute la nature à ses propres désirs.


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MessagePosté le: Jeu 2 Oct 2014 - 22:08    Sujet du message: Traité des trois imposteurs. Moïse, Jésus-Christ, Mahomet (1777) [1789] Répondre en citant

C’est de cette manière que le préjugé s’est changé en superstition ; il s’est enraciné de telle sorte, que les gens les plus grossiers se sont cru capables de pénétrer dans les causes finales, comme s’ils en avaient une entière connaissance. Ainsi, au lieu de faire voir que la nature ne fait rien en vain, ils ont cru que Dieu et la nature pensaient à la façon des hommes. L’expérience ayant fait connaître qu’un nombre infini de calamités troublent les douceurs de la vie, comme les orages, les tremblements de terre, les maladies, la faim, la soif, etc., on attribua tous ces maux à la colère céleste, on crut la Divinité irritée contre les offenses des hommes, qui n’ont pu ôter de leur tête une pareille chimère, ni se désabuser de ces préjugés par les exemples journaliers qui leur prouvent que les biens et les maux ont été de tout temps communs aux bons et aux méchants. Cette erreur vient de ce qu’il leur fut plus facile de demeurer dans leur ignorance naturelle que d’abolir un préjugé reçu depuis tant de siècles et d’établir quelque chose de vraisemblable.

Ce préjugé les a conduits à un autre, qui est de croire que les jugements de Dieu étaient incompréhensibles, et que par cette raison, la connaissance de la vérité était au-dessus des forces de l’esprit humain ; erreur où l’on serait encore, si les mathématique la physique et quelques autres sciences ne l’avaient détruite.

Il n’est pas besoin de longs discours pour montrer que la nature ne se propose aucune fin, et que toutes les causes finales e sont que des fictions humaines. Il suffit de prouver que cette doctrine ôte à Dieu les perfections qu’on lui attribue. C’est ce que nous allons faire voir.
Si Dieu agit pour une fin, soit pour lui-même, soit pour quelque autre, il désire ce qu’il n’ point, et il faudra convenir qu’il y a un temps auquel Dieu n’ayant pas l’objet pour lequel il agit, il a souhaité l’avoir ; ce qui est faire un Dieu indigent. Mais pour ne rien omettre de ce qui peut appuyer le raisonnement de ceux qui tiennent l’opinion contraire ; supposons par exemple, qu’une pierre, qui se détache d’un bâtiment, tombe sur une personne et la tue, il faut bien, disent nos ignorants, que cette pierre soit tombée à dessein pour tuer cette personne ; or, cela n’a pu arriver que parce que Dieu l’a voulu. Si on leur répond que c’est le vent qui a causé cette chute dans le temps que ce pauvre malheureux passait, ils vous demanderont d’abord, pourquoi il passait précisément dans ce moment que le vent ébranlait cette pierre. Répliquez-leur qu’il allait dîner chez un de ses amis qu’il l’en avait prié, ils voudront savoir pourquoi cet ami l’avait plutôt prié dans ce temps-là que dans un autre ; ils vous feront aussi une infinité de questions bizarres pour remonter de causes en causes et vous faire avouer que la seule volonté de Dieu, qui est l’asile des ignorants, est la cause première de la chute de cette pierre. De même, lorsqu’ils voient la structure du corps humain, ils tombent dans l’admiration ; et de ce qu’ils ignorent les causes des effets qui leur paraissent si merveilleux, ils concluent que c’est un effet surnaturel, auquel les causes qui nous sont connues ne peuvent avoir aucune part. De là vient que celui qui veut exami-ner à fond les oeuvres de la création, et pénétrer en vrai savant dans leurs causes naturelles, sans s’asservir aux préjugés formés par l’ignorance, passe pour un im-pie, ou est bientôt décrié par la malice de ceux que le vulgaire reconnaît pour les interprètes de la nature et des dieux. Ces âmes mercenaires savent très bien que l’ignorance, qui tient le peuple dans l’étonnement, est ce qui les fait subsister et qui conserve leur crédit.

Les hommes s’étant donc imbus de la ridicule opinion que tout ce qu’ils voient est fait pour eux, se sont fait un point de Religion d’appliquer tout à eux-mêmes et de juger des choses par le profit qu’ils en retirent. C’est là-dessus qu’ils ont formé des notions qui leur servent à expliquer la nature des choses, à juger du bien et du mal, de l’ordre et du désordre, du chaud et du froid, de la beauté et de la laideur, etc., qui dans le fond ne sont point ce qu’ils s’imaginent : maîtres de former ainsi leurs idées, ils se flattèrent d’être libres ; ils se crurent en droit de décider de la louange et du blâme, du bien et du mal ; ils ont appelé bien ce qui tourne à leur profit et ce qui regarde le culte divin et mal, au contraire, ce qui ne convient ni à l’un ni à l’autre et comme les ignorants ne sont capables de juger de rien, et n’ont aucune idée des choses que par le secours de l’imagination, qu’ils prennent pour le jugement, ils nous disent que l’on ne connaît rien dans la nature, et se figurent un ordre particulier dans le monde. Enfin, ils croient les choses bien ou mal ordonnées, suivant qu’ils ont de la facilité ou de la peine à les imaginer, quand le sens les leur représente ; et comme n s’arrêter volontiers à ce qui fatigue le moins le cerveau, on se persuade d’être bien fondé à préférer l’ordre à la confusion ; comme si l’ordre était autre chose qu’un pur effet de l’imagination des hommes. Ainsi, dire que Dieu a tout fait avec ordre, c’est prétendre que c’est en faveur de l’imagination humaine qu’il a créé le monde, de la manière la plus facile à être conçue par elle : ou, ce qui, au fond est la même chose, que l’on connaît avec certitude les rapports et les fins de tout ce qui existe, assertion trop absurde pour mériter d’être réfutée sérieusement.

Pour ce qui est des autres notions, ce sont de purs effets de la même imagination, qui n’ont rien de réel, et qui ne sont que des différentes affections ou modes dont cette faculté est susceptible : quand, par exemple, les mouvements que les objets impriment dans les nerf, par le moyen des yeux, sont agréables aux sens, on dit que ces objets sont beaux. Les odeurs sont bonnes ou mauvaises, les saveurs douces ou amères, ce qui se touche dur ou tendre, les sons rudes et les sons frappent ou pénètrent les sens ; c’est d’après ces idées qui se trouve des gens qui croient que Dieu se plaît à la mélodie, tandis que d’autres ont cru que les mouvements célestes étaient un concert harmonieux : ce qui marque bien que chacun se persuade que les choses sont telles qu’il se les figure, ou que le monde est purement imaginaire. Il n’est dont point étonnant qu’il se trouve à peine deux hommes d’une même opinion et qu’il y en ait même qui se fassent gloire de douter de tout : car, quoique les hommes aient un même corps et qu’ils se ressemblent tous à beaucoup d’égards, il diffèrent néanmoins à beaucoup d’autres ; de là vient que ce qui semble bon à l’un devient mauvais pour l’autre, que ce qui plaît à celui-ci déplaît à celui-là. D’où il est aisé de conclure que les sentiments ne diffèrent qu’en raison de l’organisation et de la diversité des co-existences, que le raison-nement y a peu de part et qu’enfin les notions des choses du monde ne sont qu’un pur effet de la seule imagination.

Il est donc évident que toutes les raisons dont le commun des hommes a coutume de se servir, lorsqu’il se mêle d’expliquer la nature, ne sont que des façons d’imaginer, qui ne peuvent rien moins que ce qu’il prétend ; l’on donne à ces idées des noms, comme si elles existaient ailleurs que dans un cerveau prévenu ; on devrait les appeler, non des êtres, mais des pures chimères. A l’égard des arguments fondés sur ces notions, il n’est rien de plus aisé que de les réfuter, par exemple :
S’il était vrai, nous dit-on, que l’Univers fût un écoulement et une suite nécessaire de la nature divine, d’où viendraient les imperfections et les défauts qu’on y remarque ? Cette objection se réfute sans nulle peine. On ne saurait juger de la perfection et de l’imperfection d’un être, qu’autant qu’on en connaît l’essence et la nature et c’est s’abuser étrangement que de croire qu’une chose est plus ou moins parfaite suivant qu’elle plaît ou déplaît, et qu’elle est utile ou nuisible à la nature humaine. Pour fermer la bouche à ceux qui demandent pourquoi Dieu n’a point créé tous les hommes bons et heureux, il suffit de dire que tout est nécessairement ce qu’il est, et que dans la nature, il n’y a rien d’imparfait, puisque tout découle de la nécessité des choses.


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MessagePosté le: Jeu 2 Oct 2014 - 22:13    Sujet du message: Traité des trois imposteurs. Moïse, Jésus-Christ, Mahomet (1777) [1789] Répondre en citant

Le peuple grossier et accoutumé aux flatteries des sens demande un Dieu qui ressemble aux Rois de la terre. Cette pompe, ce grand éclat qui les environne, l’éblouit de telle sorte que lui ôter l’espérance d’aller, après la mort, grossir le nombre des courtisans célestes, pour jouir avec eux des mêmes plaisirs qu’on goûte à la Cour des Rois ; c’est priver l’homme de la seule consolation qui l’empêche de se désespérer dans les misères de la vie.

On dit qu’il faut un Dieu juste et vengeur qui punisse et récompense ; on veut un Dieu susceptible de toutes les passions humaines, on lui donne des pieds, des mains, des yeux et des oreilles, et cependant on ne veut point qu’un Dieu constitué de la sorte ait rien de matériel.

On dit que l’homme est son chef-d’oeuvre et même son image, mais on ne veut pas que la copie soit semblable à l’original. Enfin, le Dieu du peuple d’aujourd’hui est sujet à bien plus de formes que le Jupiter des Païens. Ce qu’il y a de plus étrange, c’est que plus ces notions se contredisent et choquent le bon sens, plus le vulgaire les révère, parce qu’il croit opiniâtrement ce que les Prophètes en ont dit, quoique ces visionnaires ne fussent parmi les Hébreux que ce qu’étaient les augures et les devins chez les Païens.

On consulte la Bible, comme si Dieu et la nature s’y expliquaient d’une façon particulière ; quoique ce livre ne soit qu’un tissu de fragments cousus ensemble en divers temps, ramassés par diverses personnes et publiés de l’aveu des rabbins, qui ont décidé, suivant leur fantaisie, de ce qui de-vait être approuvé ou rejeté, selon qu’ils l’ont trouvé conforme ou opposé à la Loi de Moïse . Telle est la malice et la stupidité des hommes. Ils passent leur vie à chicaner et persistent à respecter un livre où il n’y a guère plus d’ordre que dans l’Alcoran de Mahomet ; un livre, dis-je, que personne n’entend, tant il est obscur et mal conçu ; un livre qui ne sert qu’à fomenter des divisions. Les Juifs et les Chrétiens aiment mieux consulter ce grimoire que d’écouter la Loi naturelle que Dieu, c’est-à-dire la Nature, en tant qu’elle est le principe de toutes choses, a écrit dans le coeur des hommes. Toutes les autres lois ne sont que des fictions humaines, et de pures illusions mises au jour, non par les Démons ou mauvais Esprits, qui n’existèrent jamais qu’en idée, mais par la politique des Princes et des Prêtres. Les premiers nt voulu par là donner plus de poids à leur autorité, et ceux-ci ont voulu s’enrichir par le débit d’une infinité de chimères qu’ils vendent cher aux ignorants.

-Ces quatre premiers Conciles sont : 1° celui de Nicée, en 325, sous Constantin et le pape Sylvestre ; 2° celui de Constantinople, en 381, sous Gratien, valentinien et Théodore et le pa-pe Damase Ier ; 3° celui d’Ephèse, en 431, sous Théodore le jeune et Valentinien, et le pape Célestin ; 4° celui de Chalcédoine, en 451, sous Valentinien et Martian, et le pape Léon Ier.
- Le talmud porte que les rabbins délibèrent s’ils ôteraient le livre des prophètes et celui de l’Ecclésiaste du nombre des Canoniques ; ils les laissèrent parce qu’il y est parlé avec éloges de Moïse et de sa Loi. Les Prophètes d’Ezéchiel auraient été retranchées du Catalogue Sacré, si un certain chanoine n’avait entrepris de les concilier avec la même Loi.


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MessagePosté le: Jeu 2 Oct 2014 - 22:14    Sujet du message: Traité des trois imposteurs. Moïse, Jésus-Christ, Mahomet (1777) [1789] Répondre en citant

Toutes les autres lois qui ont succédé à celle de Moïse, j’entends les lois des Chrétiens, ne sont appuyées que sur cette Bible dont l’original ne se trouve point, qui contient des choses surnaturelles et impossibles, qui parle de récompenses et de peines pour les actions bonnes ou mauvaises, mais qui ne sont que pour l’autre vie, de peur que la fourberie ne soit découverte, nul n’en étant jamais revenu. Ainsi, le peuple, toujours flottant entre l’espérance et la crainte, est retenu dans son devoir par l’opinion qu’il a que Dieu n’a fait les hommes que pour les rendre éternellement heureux ou malheureux. C’est là ce qui a donné lieu à une infinité de Religions.
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MessagePosté le: Jeu 2 Oct 2014 - 22:22    Sujet du message: Traité des trois imposteurs. Moïse, Jésus-Christ, Mahomet (1777) [1789] Répondre en citant

Ce que signifie ce mot RELIGION : comment et pourquoi il s’en est introduit un si grand nombre dans le monde

Avant que le mot Religion se fût introduit dans le monde, on n’était obligé qu’à suivre la loi naturelle, c’est-à-dire à se conformer à la droite raison. Ce seul instinct était le lien auquel les hommes étaient attachés ; et ce lien, tout simple qu’il est, les unissait de telle sorte que les divisions étaient rares. Mais dès que la crainte eût fait soupçonner qu’il y a des Dieux et des Puissances invisibles, ils s’élèvent des autels à ces êtres imaginaires, et, secouant le joug de la nature et de la raison, ils se lièrent par de vaines cérémonies et par un culte superstitieux aux vains fantômes de l’imagination. C’est de là que dérive le mot de Religion qui fait tant de bruit dans le monde. Les hommes ayant admis des Puissances invisibles qui avaient tout pouvoir sur eux, ils les adorèrent pour les fléchir, et, de plus, ils s’imaginèrent que la nature était un être subordonné à ces Puissances. Dès lors, ils se la figurèrent comme une masse morte, ou comme une esclave qui n’agissait que suivant l’ordre de ces Puissances. Dès que cette fausse idée eût frappé leur esprit, ils n’eurent plus que du mépris pour la nature, et du respect pour ces êtres prétendus, qu’ils nommèrent leurs Dieux. De là est venue l’ignorance où tant de peuples sont plongés, ignorance d’où les vrais savants les pourraient retirer, quelque profond qu’en soit l’abîme, si leur zèle n’était traversé par ceux qui mènent ces aveugles, et qui ne vivent qu’à la faveur de leurs impostures.
Mais quoi qu’il y ait bien peu d’apparence de réussir dans cette entreprise, il ne faut pas abandonner le parti de la vérité, quand ce serait qu’en considération de ceux qui se garantissent des symptômes de ce mal ; il faut qu’une âme généreuse dise les choses comme elles sont. La vérité, de quelque nature qu’elle sot, ne peut jamais nuire, au lieu que l’erreur, quelque innocente et quelque utile même qu’elle paraisse, doit nécessairement avoir à la longue des effets très funestes.

La crainte qui a fait les Dieux a fait aussi la Religion et, depuis que les hommes se sont mis en tête qu’il y avait des anges invisibles qui étaient cause de leur bonne ou mauvaise fortune, ils ont renoncé au bon sens et à la raison, et ils ont pris leurs chimères pour autant de divinités qui avaient soin de leur conduite. Après donc s’être forgé des Dieux, ils voulurent savoir quelle était leur nature, et s’imaginant qu’ils devaient être de la même substance que l’âme, qu’ils croient ressembler aux fantômes qui paraissent dans le miroir ou pendant le sommeil ; ils crurent que leurs Dieux étaient des substances réelle ; mais si ténues et si subtiles que, pour les distinguer des Corps, ils les appelèrent, Esprits, bien que ces corps et ces esprits ne soient, en effet, qu’une même chose, et ne diffèrent que du plus ou moins, puisqu’être Esprit ou incorporel, est une chose incompréhensible. La raison est que tout esprit a une figure qui lui est propre, et qu’il est renfermé dans quelque lieu, c’est-à-dire qu’il a des bornes, et que, par conséquent, c’est un corps, quelque subtil qu’on le suppose.

Les Ignorants (c’est-à-dire la plupart des hommes) ayant fixé de cette sorte la nature de la substance de leurs Dieux, tâchèrent aussi de pénétrer par quels moyens ces anges invisibles produisaient leurs effets ; mais n’en pouvant venir à bout, à cause de leur ignorance, ils en crurent leurs conjectures ; jugeant aveuglément de l’avenir par le passé ; comme si l’on pouvait raisonnablement conclure de ce qu’une chose est arrivée autrefois de telle et telle manière, qu’elle arrivera ou qu’elle doive arriver constamment, de la même manière ; surtout lorsque les circonstances et toutes les causes qui influent nécessairement sur les événements et actions humaines, et qui en déterminent la nature et l’actualité, sont diverses. Ils envisagèrent donc le passé et augurèrent bien ou mal pour l’avenir, suivant que la même entreprise avait autrefois bien ou mal réussi. C’est ainsi que Phormion ayant défait les Lacédémoniens dans la bataille de Naupacte, les athéniens, après sa mort, élirent un autre Général du même nom. Annibal ayant succombé sous les armes de Scipion l’Africain, à cause de ce bi-on succès, les Romains envoyèrent dans la même Province un autre Scipion contre César, ce qui ne réussit ni aux athéniens ni aux Romains. Ainsi, plusieurs nations, après deux ou trois expériences, ont attaché aux lieux, aux objets et aux noms leurs bonnes ou mauvaises fortunes ; d’autres se sont servis de certains mots qu’ils appellent des enchantements et les ont cru si efficaces qu’ils s’imaginent par leur moyen faire parler les arbres, faire un homme ou un Dieu d’un morceau de pain, et métamorphoser tout ce qui paraissait devant eux

L’empire des Puissances invisibles étant établi de la sorte, les hommes ne les révélèrent d’abord que comme leurs Souverains ; c’est-à-dire par des marques de soumission et de respect, tels que sont les présents, les prières, etc. Je dis d’abord, car la nature n’apprend point à user de Sacrifices sanglants en cette rencontre : ils n’ont été institués que pour la subsistance des Sacrificateurs et des Ministres destinés au service de ces Dieux imaginaires.


Ce germe de Religion (je veux dire de l’espérance et la crainte), fécondé par les passions et opinions diverses des hommes, a produit ce grand nombre de croyances bizarres qui sont les causes de tant de maux et de tant de révolutions qui arrivent dans les Etats.
Les honneurs et les grands revenus qu’on a attachés au Sacerdoce, ou aux Ministères des Dieux, ont flatté l’ambition et l’avarice de ces hommes rusés qui ont su profiter de la stupidité des peuples ; ceux-ci ont si bien donné dans leurs pièges qu’ils se sont fait insensiblement une habitude d’encenser le mensonge et de haïr la vérité .

Le mensonge étant établi, et les ambitieux épris de la douceur d’être élevés au-dessus de leurs semblables, ceux-ci tâchèrent de se mettre en réputation en feignant d’être les amis des Dieux invisibles que le vulgaire redoutait. Pour y mieux réussir, chacun les peignit à sa mode et prit la licence de les multiplier au point qu’on en trouvait à chaque pas.

La matière informe du monde fut appelée le Dieu Chaos. On fit de même un Dieu du Ciel, de la Terre, de la Mer, du Feu, des Vents et des Planètes. On fit le même honneur aux hommes et aux femmes ; les oiseaux, les reptiles, le crocodile, le veau, le chien, l’agneau, le serpent et le pourceau, en un mot toutes sortes d’animaux et de plantes furent adorés. Chaque fleuve, chaque fontaine porta le nom d’un Dieu, chaque maison eut le sien, chaque homme eut son génie. Enfin, tout était plein, tant dessus que dessous la terre, de Dieux, d’Esprits, d’Ombres et de Démons. Ce n’était pas encore assez de feindre des Divinités dans tous les lieux imaginables ; on eût cru offenser le temps, le jour, la nuit, la concorde, l’amour, la paix, la victoire, la contention, la rouille, l’honneur, la vertu, la fièvre et la santé ; on eût, dis-je, cru faire outrage à de telles Divinités qu’on pensait toujours prêtes à fondre sur la tête des hommes, si on ne leur eût élevé des temples et des autels. Ensuite, on s’avisa d’adorer son génie, que quelques-uns invoquèrent sous le nom de Muses ; d’autres sous le nom de Fortune, adorèrent leur propre ignorance. Ceux-ci sanctifièrent leur débauches sous le nom de Cupidon, leur colère sous celui de Furies, leurs parties sexuelles sous le nom de Priape ; en un mot, il n’y eut rien à quoi ils ne donnassent le nom d’un Dieu ou d’un Démon .

Les fondateurs des Religions, sentant bien que la base de leurs impostures était l’ignorance des peuples, s’avisèrent de les y entretenir par l’adoration des images dans lesquelles ils feignirent que les Dieux habitaient ; cela fit tomber sur leurs Prêtres une pluie d’or et des Bénéfices que l’on regarda comme des choses saintes, parce qu’elles furent destinées à l’usage des ministres sacrés et personne n’eut la témérité ni l’audace d’y prétendre, ni même d’y toucher. Pour mieux tromper le Peuple, les Prêtres se proposèrent des Prophètes, des Devins, des Inspirés capables de pénétrer dans l’avenir, ils se vantèrent d’avoir commerce avec les Dieux ; et comme il est naturel de vouloir savoir sa destinée, ces imposteurs n’eurent garde d’omettre une circonstance si avantageuse à leur dessein. Les uns s’établirent à Délos, les autres à Delphes et ailleurs, où, par des oracles ambigus, ils répondirent aux demandes qu’on leur faisait : les femmes même s’en mêlaient ; les Romains avaient recours, dans les grandes calamités, aux Livres des Sybilles. Les fous passaient pour des inspirés. Ceux qui feignaient d’avoir un commerce familier avec les morts étaient nommés Nécromanciens ; d’autres prétendaient connaître l’avenir par le vol des oiseaux ou par les entrailles des bêtes. Enfin, les yeux, les mains, le visage, un objet extraordinaire, tout leur semble d’un bon ou mauvais augure, tant il est vrai que l’ignorance reçoit telle impression qu’on veut, quand on a trouvé le secret de s’en prévaloir.

Les ambitieux, qui ont toujours été de grands maîtres dans l’art de tromper, ont suivi cette route lorsqu’ils donnèrent des lois ; et, pour obliger le Peuple de se soumettre volontairement, ils lui ont persuadé qu’ils les avaient reçues d’un Dieu ou d’une Déesse.
Quoi qu’il en soit de cette multitude de Divinités, ceux chez qui elles ont été adorées et qu’on nomme Païens, n’avaient point de système général de Religion. Chaque République, chaque Etat, chaque ville et chaque particulier avait ses rites propres et pensait de la Divinité à sa fantaisie. Mais il s’est élevé par la suite des législateurs plus fourbes que les premiers, qui ont employé des moyens plus étudiés et plus sûrs en donnant des lois, des cultes, des cérémonies propres à nourrir le fanatisme qu’ils voulaient établir.
Parmi un grand nombre, l’Asie en a vu naître trois qui se sont distingués tant par les lois et les cultes qu’ils ont institués, que par l’idée qu’ils ont donnée de la Divinité et par la manière dont ils s’y sont pris pour faire recevoir cette idée et rendre leur lois sacrées. Moïse fut le plus ancien. Jésus-Christ, venu depuis, tra-vailla sous son plan et en conservant le fond de ses lois, il abolit le reste. Mahomet, qui a paru le dernier sur la scène, a pris dans l’une et dans l’autre Religion de quoi composer la sienne et s’est ensuite déclaré l’ennemi de toutes les deux. Voyons les caractères de ces trois législateurs, examinons leur conduite, afin qu’on juge après cela lesquels sont les mieux fondés, ou ceux qui les révèrent comme des hommes divins, ou ceux qui les traitent de fourbes ou d’imposteurs.


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Marine
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MessagePosté le: Jeu 2 Oct 2014 - 22:48    Sujet du message: Traité des trois imposteurs. Moïse, Jésus-Christ, Mahomet (1777) [1789] Répondre en citant

Je passe sur les bla bla de ces faux messies...

Après de si beaux éloges, il paraît que personne ne doit être tenté de se dire l’Antéchrist, et je ne crois pas qu’on puisse trouver de meilleur secret pour éterniser une loi, quoiqu’il n’y ait rien de plus fabuleux de tout ce qu’on a débité de cet Antéchrist prétendu. Saint Paul disait, de son vivant, qu’il était déjà né, par conséquent, qu’on était à la veille de l’avènement de Jésus-Christ ; cependant, il y a plus de 1 660 ans d’écoulés depuis la prédiction de la naissance de ce formidable personnage, sans que personne en ait ouï parler. J’avoue que quelques-uns ont appliqué ces paroles à Ebiron et à Cérinthus, deux grands ennemis de Jésus-Christ, dont ils combattirent la prétendue Divinité ; mais on peut dire aussi que si cette interprétation est conforme au sens de l’Apôtre, ce qui n’est nullement croyable, ces paroles désignent dans tous les siècles une infinité d’Antéchrists, n’y ayant point de vrais savants qui croient blesser la vérité en disant que l’histoire de Jésus-Christ est une fable méprisable et que sa loi n’est qu’un tissu de rêveries que l’ignorance a mis en vogue, que l’intérêt entretient, et que la tyrannie protège.

On prétend néanmoins qu’une religion établie sur des fondements si faibles, est divine et surnaturelle, comme si on ne savait pas qu’il n’y a point de gens plus propres à donner cours aux plus absurdes opinions que les femmes et les sots ; Il n’est donc pas merveilleux que Jésus-Christ n’eût pas de savant à sa suite, il sa-vait bien que sa Loi ne pouvait s’accorder avec le bon sens ; voilà, sans doute, pourquoi il déclamait si souvent contre les sages, qu’il exclut de son Royaume, où il n’admet que les pauvres d’esprit, les simples et les imbéciles : les esprits raisonnables doivent se consoler de n’avoir rien à démêler avec les insensés.

Quant à la morale de Jésus-Christ, on n’y voit rien de divin qui la doive faire préférer aux écrits des anciens, ou plutôt tout ce qu’on y voit en est tiré ou imité. Saint Augustin avoue qu’il a trouvé dans quelques-uns de leurs récits tout le commencement de l’Evangile selon saint Jean : ajoutez à cela que l’on remarque que cet Apôtre était tellement accoutumé à piller les autres qu’il n’a point fait difficulté de dérober aux Prophètes leurs énigmes et leurs visions, pour en pour en compo-ser son Apocalypse. D’où vient, par exemple, la conformité qui se trouve entre la doctrine du Vieux ou du Nouveau Testament, et les écrits de Platon, sinon de ce que les rabbins, et ceux qui ont composé les écritures, ont pillé ce grand homme ? La naissance du monde a plus de vraisemblable dans son Timée, que dans le livre de la Genèse ; cependant on ne peut pas dire que cela vienne de ce que Platon aura lu dans son voyage d’Egypte des livres Judaïques, puisqu’au rapport de saint Augustin (21), le Roi Ptolémée ne les avait pas encore fait traduire quand ce Philosophe y voyagea.

C’est le jugement qu’en portait le pape Léon X [1513-1522], comme il paraît par ce mot si connu et si hardi dans un siècle où l’esprit philosophique avait fait encore si peu de progrès : « On sait de temps immémorial (disait-il au Cardinal Bembo) combien cette fable de Jésus-Christ, nous a été profitable ». Quantum nobis nostrique que ea de Christo fabula profuerit, satis est omnibus seculis notum


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MessagePosté le: Jeu 2 Oct 2014 - 22:50    Sujet du message: Traité des trois imposteurs. Moïse, Jésus-Christ, Mahomet (1777) [1789] Répondre en citant

La description du pays que Socrate fait à Simias dans le Phedon, a infiniment plus de grâce que le Paradis terrestre ; et la fable des Androgynes( 22) est sans comparaison mieux trouvée que tout ce que nous apprenons de la Genèse au sujet de l’extraction de l’une des côtes d’Adam pour en former la femme, etc.

Y a-t-il encore rien qui ait plus de rapport aux deux embrasements de Sodome et de Gomorrhe que celui que causa Phaëton ?
Y a-t-il rien de plus conforme que la chute de Lucifer et celle de Vulcain, ou celles des Géants abîmés par la foudre de Jupiter ?
Quelles choses se ressemblent mieux que Samson et hercule, Elie et Phaëton, Joseph et Hypolite, Nabuchodonosor et Lycaon, Tantale et le mauvais riche, la Manne des Israëlites et l’Ambroisie des Dieux ?
Saint Augustin (23) saint Cyrille et Théophilacte comparent Jonas à Hercule, surnommé Trinoctius, parce qu’il fut trois jours et trois nuits dans le ventre de la Baleine.

Le fleuve de Daniel, représenté au Chapitre VII de ses Prophéties, est une imitation visible du Pyriphlégéton, dont il est parlé au dialogue de l’immortalité de l’âme. On a tiré le péché originel de la boîte de Pandore, le Sacrifice d’Isaac et de Jephté de celui d’Iphigénie, en la place de laquelle une biche fut substituée. Ce qu’on rapporte de Loth et de sa femme est tout à fait conforme à ce que la fable nous apprend de Baucis et de Philémon ; l’histoire de Bellérophon est le fondement de celle de saint Michel et du démon qu’il vainquit ; enfin il est constant que les auteurs de l’Ecriture ont transcrit presque mot à mot les oeuvres d’Hésiode et d’Homère.

21 Confessions, Liv. 7, Chap. 9, vers 20.
22 Voyez dans le Banquet de Platon, le discours d’Aristophane.
23 Cité de Dieu, Liv. 1. Chap. 14.


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Renata


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MessagePosté le: Mer 8 Oct 2014 - 20:46    Sujet du message: Traité des trois imposteurs. Moïse, Jésus-Christ, Mahomet (1777) [1789] Répondre en citant

Bonsoir Marine,
Aux trois imposteurs précités tu peux rajouter un quatrième, Karl Marx. Je ne pense pas que Frédéric II de Hohenstaufen y verrait un inconvénient.
Les membres suivants remercient Renata pour ce message :
Marine (08/10/14)
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MessagePosté le: Jeu 9 Oct 2014 - 14:26    Sujet du message: Traité des trois imposteurs. Moïse, Jésus-Christ, Mahomet (1777) [1789] Répondre en citant

... et Freud
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«Pour examiner la vérité, il est besoin, une fois dans sa vie, de mettre toutes choses en doute autant qu’il se peut.» (René Descartes)
Je pense donc je suis ... complotiste !
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aja777


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MessagePosté le: Jeu 9 Oct 2014 - 14:36    Sujet du message: Traité des trois imposteurs. Moïse, Jésus-Christ, Mahomet (1777) [1789] Répondre en citant

Bonjour toutes et tous
Je trouve le titre de ce topique un peu déplacé,les imposteurs ne sont il pas ceux qui les utilisent ou sont sensé les représenter ?
Renata et Résurgence
Bonjour
Pour Marx et Freud  il serait peut etre interressant de savoir si il n'y avais pas une  ideologie manipulatrice derrière ?
Cordialement
_____________________________________________________________
>>>>La création est une symphonie dont nous sommes les musiciens , mais que signifie elle sans son compositeur source de toute VIE ?
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 03:06    Sujet du message: Traité des trois imposteurs. Moïse, Jésus-Christ, Mahomet (1777) [1789]

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