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PEUT-ON PHILOSOPHER?

 
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Marine
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MessagePosté le: Jeu 25 Sep 2014 - 22:36    Sujet du message: PEUT-ON PHILOSOPHER? Répondre en citant

PEUT-ON PHILOSOPHER?

1-1. La philosophie au quotidien.

Le public voit souvent la philosophie comme hermétique, abstraite et très éloignée de la vie quotidienne. Pourtant il a des opinions qu'il qualifie souvent de philosophiques: Alors la philosophie lui semble difficile mais il croit qu'elle concerne notre vie. Le mot "philosophie" dérive du grec: philo = aime, sophie = sagesse. Mais l'usage donne à ce mot des emplois très divers. Quelquefois, on nomme philosophie l'attitude envers certaines activités, ex/ dans: «Je n'aime pas votre philosophie des affaires», ou dans: «Je vote pour lui parce que j'approuve sa philosophie de la politique». Ou on se dit philosophe si on juge un problème immédiat d'après le long terme et sans s'émouvoir. Ainsi, à quelqu'un déçu d'avoir manqué son train, on conseille de se montrer plus philosophe. Cela suggère qu'un philosophe ne serait pas la proie des circonstances, il vivrait les incidents avec sérénité. Alors la philosophie serait une manière d'évaluer la vie. Ainsi, deux hommes dans un bar boivent ensemble. Un d'eux lève son verre à la lumière, l'examine avec attention, puis il énonce gravement: «La vie est comme un verre de bière! Son compagnon regarde le verre, se tourne vers lui et demande: «Pourquoi la vie serait-elle comme un verre de bière? «Comment le saurais-je, répond le premier. Je ne suis pas philosophe!» Cette emploi banal des mots "philosophie" ou "philosophe" y voit une activité intellectuelle très compliquée. On imagine souvent le philosophe assis comme le Penseur de Rodin, et occupé à peser l'ultime sens d'une vie, alors que nous-mêmes n'avons que le temps et l'énergie de vivre. De temps à autre, un journal s'intéresse aux grands philosophes du temps, B.Russell ou J.P.Sartre, et suggère que leur contemplation des problèmes de la vie a donné des théories bien belles, mais peu utilisables. Néanmoins certaines émissions télévisées, ou le succès massif de certains livres comme Le Monde de Sophie, semblent montrer que le public attend quelque chose de la philosophie, qu'elle lui indique «le sens de la vie», qu'elle donne des réponses à des questions comme "d'où venons-nous, que sommes-nous, où allons-nous?". Et ce public est déçu par une réponse habituelle des philosophes, qui est que ces questions sont trop vagues pour qu'on puisse y répondre simplement, et surtout que la réponse n'est probablement pas chez le philosophe, mais en celui qui a posé la question!

1-02. Critiques de la philosophie.

Il y a donc un certain malentendu entre le public qui voudrait des réponses, et le philosophe, qui veut apprendre aux gens à trouver des réponses eux-mêmes. D'où une certaine déception réciproque, et des critiques dont la violence ne garantit pas la justesse. Ainsi ceux qui demandent à la philosophie d'être une espèce de secours moral, un substitut des religions traditionnelles, attaquent sa pauvreté émotionnelle. Comme l'a dit G.Marcel: «Lorsque le philosophe aborde des réalités de l'ordre du mystère, le mal, l'amour, la mort, elle nous donne souvent le sentiment d'être un jeu, une forme de prestidigitation intellectuelle.» Et ceux qui cherchent des vérités mathématiques ou scientifiques ne sont pas satisfaits non plus. Selon le grand physiologue C.Bernard: «La philosophie n'apprend rien et ne peut rien apprendre de nouveau par elle-même, puisqu'elle n'expérimente pas /.../ Kant, Hegel, Schelling, etc, tout cela est creux et ils n'ont pas à eux tous introduit la moindre vérité sur la terre. Il n'y a que la science qui le peut.» Mais ces critiques ne sont pas très légitimes: C'est vrai que le contenu de la philosophie n'est pas très chaleureux, mais la chaleur ne vient pas de la pensée, elle jaillit des ressources profondes de l'individu, qui engendrent aussi cette pensée, et que le philosophe peut aider à connaître, utiliser et améliorer. C'est vrai aussi que la philosophie n'engendre pas les vérités logiques et naturelles, puisqu'elles viennent du rapport de l'homme aux choses, mais la philosophie peut aider à comprendre ce rapport et faciliter la connaissance de ces vérités. D'autre part, le philosophe est lui aussi déçu de la passivité de ce public qui préfère qu'on lui "donne un poisson chaque jour plutôt que d'apprendre à pêcher", c.a.d chaque aspect du bien et du vrai plutôt que les moyens de les trouver. Il est vrai que, comme l'a dit La Mettrie: «Sur cent personnes, y en a-t-il deux pour qui l'étude et la réflexion aient des charmes? Sous quel aspect le monde intellectuel se montre-t-il aux autres hommes, qui connaissent tous les avantages de leurs sens, excepté le principal, qui est l'esprit? On n'aura pas de peine à croire qu'il ne leur paraît dans le lointain qu'un pays idéal, dont les fruits sont purement imaginaires.» Alors il arrive aux philosophes des incidents comme celui-ci: Un des auteurs de ce livre présentait son cours d'Introduction à la Philosophie. Pour donner à son public une idée du sujet, il reprit une question déjà posée par Platon il y a 23 siècles: Qu'est-ce que la Justice?. Il montra alors que cette question obligeait à poser d'autres questions, comme: Comment distingue-t-on un acte injuste d'un acte juste? Comment détermine-t-on ce qui doit être fait, ou ce qui est bien? La justice résulte-t-elle seulement des conventions légales ou a-t-elle une base plus profonde? ... En fin du cours, un étudiant objecta que cela faisait déjà beaucoup de questions, et demanda si on aurait bientôt les réponses? Le professeur répondit que l'on examinerait des réponses possibles, mais sans garantie d'exactitude. L'étudiant répliqua: «Bon, pourvu qu'on ait des réponses, et qu'il n'y ait plus à y penser!»

1-03. Limites logiques de la vérité philosophique.

Ce désir du public d'obtenir des réponses tout de suite est compréhensible, mais il ne peut pas davantage être satisfait en philosophie que le désir d'avoir des ailes. En effet toute tentative d'expliquer la pensée ou de l'exercer de manière générale doit se faire avec prudence, car il y a des écueils fondamentaux. Voyons d'abord celui du langage: Le logicien Gödel a démontré à propos de systèmes d'expressions très généraux qu'on devait limiter leur ambition: Ils ne peuvent pas être autonomes car leurs énoncés doivent concerner quelque chose qui n'est pas eux-mêmes. Ex/ Si on définit un ensemble comme une collection, ou une réunion d'objets, on invoque alors la compréhension de ces mots "collection" ou "réunion", qu'on serait bien embarrassé de définir indépendamment de "ensemble": On ne peut pas définir à l'infini, les mots doivent invoquer des réalités au-delà des mots. Il y a donc une obscurité intrinsèque des mots et des discours, qui est liée à la nature du langage: Les mots ou autres symboles qui le composent n'ont aucun sens en eux-mêmes, ce ne sont que des graphèmes ou des phonèmes dont le sens est dans leur effet sur ceux qui les interprètent. Cet effet consiste en l'invocation d'images, que l'éducation de celui qui comprend les mots lui fait associer à eux. Lorsqu'on comprend ainsi les limites du langage, on peut réduire des paradoxes connus depuis les Grecs, ex/ "Je mens toujours". En effet, le sens de "je mens" est l'évocation d'une situation où le menteur dit «il y a A», alors qu'il y a non-A. Mais dans cet énoncé, l'effet du mot "toujours" est de nous faire imaginer que le A auquel se rapporterait "je mens" est aussi le "je mens" lui-même. Alors, cette expression nous invite à une image impossible, à peu près comme l'expression "un rond carré": On peut appeler ces énoncés-pièges des non-sens, et ne plus s'en inquiéter. Plus généralement les mots, et donc les énoncés, n'ont pas de vie propre, leur valeur est dans la pensée de ceux qui les énoncent et de ceux qui les interprètent. Le langage est comme les vibrations de la membrane d'un micro ou les états des mémoires d'un ordinateur, ce ne sont que des intermédiaires dans la représentation et la transmission du sens: Alors dans cet ouvrage comme face à tout autre discours, le lecteur devra toujours donner vie aux mots par ses propres images et idées! Mais si le lecteur recrée le sens, cela ne veut pas dire qu'il le crée: L'auteur doit avoir une pensée non ambiguë, pour que ses mots permettent au lecteur un sens pas trop aléatoire. Or certains philosophes semblent laisser "ouvert" le sens de leurs écrits, ex/ ce texte de Jaspers: «Notre être apparaît dans la réalité humaine, en rapport avec deux puissances. Nous appelons leur manifestation existentielle: la Norme du Jour, et la Passion de la Nuit. La Norme du Jour ordonne notre réalité humaine; elle exige clarté, conséquence, fidélité; elle assujettit à la Raison et à l'Idée, à l'Un et à nous-mêmes; elle commande de réaliser dans le monde, d'édifier dans le temps, de parfaire la réalité humaine sur une voie infinie. Mais à la limite du jour parle quelque chose d'autre. L'avoir rejeté ne procure aucun repos. La Passion de la Nuit transperce tous les ordres. Elle précipite dans l'intemporel abîme du Néant, qui attire tout dans son tourbillon. Toute construction dans le temps, comme manifestation historique, lui apparaît comme une illusion superficielle. Pour elle, la clarté ne peut frayer en rien d'essentiel; ou plutôt, s'oubliant elle-même, c'est l'obscurité qu'elle saisit comme la ténèbre intemporelle de l'Authentique.» Si Jaspers a voulu exprimer par la "Passion de la Nuit" ce qui se refuse à toute clarté, on peut dire qu'il a réussi! Mais ce ne sera pas notre idéal philosophique: Nous voulons plutôt éviter les équivoques, et utiliser l'arbitraire du langage à exciter la pensée du lecteur dans des sens précis, par un emploi systématique des mots et des exemples.

1-04. L'introspection nécessaire.

Il survient maintenant une deuxième difficulté fondamentale à philosopher, qui est dans la nature des images que le lecteur doit attacher aux mots. En effet, on ne peut pas dire: «Voyez cet individu, il pense, il imagine, il aime, il juge, il veut» comme on dit: «Voyez cette table, elle est carrée, couverte d'une nappe blanche, etc». C'est que la pensée des autres ne se voit pas, la seule pensée que nous puissions observer est la nôtre, et nous devons donc dire: «Je me vois penser, imaginer, etc» ou: «Vois-toi penser, imaginer, etc». Autrement dit, le lecteur en philosophie doit produire le sens des mots concernant la pensée par son introspection (intro = intérieur, spect = regard), on dit aussi qu'il doit en être conscient. Or la possibilité de faire une connaissance à partir de l'introspection est niée par certains psychologues. Ainsi, le Traité de Psychologie Expérimentale de Fraisse et Piaget nous dit que: «Les déterminations des contenus de conscience échappent à la conscience elle-même, et la conscience n'est ni un miroir, ni un regard qui atteindrait la réalité intérieure, mais une fonction d'interprétation du donné, soumise à tous les aléas d'une fonction.» Le psychologue (psych = esprit, logue = discours, connaissance) est un scientifique, il a donc une expérience sérieuse de ce qu'est un fait ou une connaissance, et ses objections méritent considération: Il nous dit donc qu'il ne sait pas faire des faits avec son introspection, que ce regard intérieur est trop vague, trop fluctuant, on ne sait pas ce que c'est vraiment. C'est aussi ce qu'écrivait A.Comte: «Tout état de passion très prononcé, c.a.d précisément celui qu'il serait le plus essentiel d'examiner, est nécessairement incompatible avec l'état d'observation. L'organe observé et l'organe observateur étant, dans l'introspection, identiques, comment l'observation pourrait-elle avoir lieu?» Le psychologue demanderait donc de se limiter à une observation "extérieure", consistant en examiner l'individu qui pense comme on examine une table. Alors on ne voit pas sa pensée, mais seulement son comportement, et cela suffirait car: «Nous pouvons prédire le comportement, nous pouvons le modifier, nous pouvons le construire selon les critères du psychologue, et tout ceci sans répondre aux questions explicatives qui ont conduit à l'étude de l'homme intérieur.» Cette affirmation optimiste est de Skinner, qui a inventé des boîtes où le psychologue fait courir des rats, qui y appuient sur de petits leviers pour obtenir de la nourriture ou éviter des décharges électriques. Quant à nous, observons plutôt le psychologue, mais pas comme il observe les rats: Adoptons une attitude qui est d'ailleurs recommandée dans le Traité de Psychologie Expérimentale: «L'expérimentateur doit se préoccuper de savoir comment le sujet "voit" la situation. /.../ Il est donc important qu'il soit toujours attentif à envisager la situation non à son point de vue, mais à celui du sujet.» Eh bien, suivons ces conseils et demandons-nous comment, si nous étions le psychologue, nous pourrions énoncer des affirmations telles que: «Le rat court dans la boîte; chaque fois qu'il appuie sur le levier, une boulette de nourriture tombe; ...» ? D'abord, est-ce que nous raconterions sur le vif, comme le speaker de radio commente l'arrivée du tiercé: Les chevaux se précipitent, le speaker accélère son débit de parole, et il fait confiance à son talent pour ne pas dire de bêtises? Mais ce serait faire injure au psychologue de croire qu'il rédige ainsi ses comptes-rendus d'expériences. En effet, c'est très important de noter, ex/ si le rat a appuyé sur le levier dans l'élan de sa course, ou si au contraire il l'a longuement considéré et flairé. Or pour atteindre cette exactitude du compte-rendu, il ne suffit pas d'écrire spontanément, il faut au contraire soigneusement examiner notre souvenir de ce qui s'est passé, et scrupuleusement choisir des mots qui en rendent compte exactement. Seul un dialogue de l'observateur avec lui-même, autrement dit un effort d'introspection, lui permet cela. Entre autres, comment se passer du regard intérieur en énonçant: «chaque fois que...»? Car observer qu'il y a répétition, c'est 1)reconnaître en soi-même un souvenir de quelque chose; plus 2)juger que ce souvenir ressemble à une nouvelle impression. Alors affirmons, avec un peu de provocation, que:Pour bien décrire ce qu'on voit, il faut voir qu'on le voit. Autrement dit on doit examiner sa propre pensée si on veut penser et connaître avec exactitude. En effet, lorsque nous énonçons cette pensée, nous sommes seuls à pouvoir juger si nos discours s'accordent à nos croyances, nos connaissances et notre idée du bien. Par divers détours, beaucoup de psychologues se rendent compte de cette nécessité. Citons Piaget: «Ainsi présentée, l'activité de la conscience n'a plus rien de négligeable. Par exemple la totalité des sciences déductives (logique et mathématiques), les beaux-arts, la morale et le droit s'appuient sur les diverses formes d'implication consciente.» Mais cette concession est insuffisante: c'est toute la connaissance qui a besoin de l'introspection.

1-05. Pour une science subjective.


Cependant nous partageons la répulsion du scientifique envers certaines divagations de l'auto-analyse, ex/: «L'explosion ou la déhiscence du présent vers un avenir est l'archétype du rapport de soi à soi et dessine une intériorité ou une ipséité. Ici jaillit une lumière, ici nous n'avons plus affaire à un être qui repose en soi, mais à un être dont toute l'essence comme celle de la lumière est de faire voir.» Il nous faut alors préciser ce que sera une bonne introspection. Partons de l'exemple de la relation entre le poids et le lourd: Je tiens à bout de bras un certain poids. Je peux considérer cela de deux manières principales: 1)Je peux m'intéresser au poids par un regard extérieur et dire: il pèse 10 kg; de ce point de vue, j'atteins facilement un accord avec tout autre observateur, car les dispositifs de mesure des poids permettent à tous d'observer le même résultat chiffré, à de petites erreurs près. 2)Mais il y a un autre point de vue, au moins aussi important, bien que moins évident: Je peux considérer ce poids par la tension musculaire que j'éprouve à le tenir, et alors je dis: «C'est lourd». Cette affirmation est un produit de mon regard intérieur, elle exprime ma difficulté intime à garder le bras tendu: C'est moi qui tiens le poids, c'est moi qui peine, je le sens et je le dis. De ce point de vue intérieur, peut-être qu'un autre observateur tenant le même poids dira «C'est léger» s'il est athlétique, ou au contraire «C'est trop lourd» s'il est un peu fragile. On ne trouve plus la facilité d'accord des regards extérieurs sur le poids, il y a désaccord entre les regards intérieurs sur la lourdeur. Pourtant ce désaccord n'a rien d'irrémédiable: 1)Tous ceux qui doivent tenir un poids tendent leurs muscles. Mais comme leurs capacités musculaires sont différentes, il est compréhensible que leurs peines le soient aussi; 2)Tous ceux qui ont dû tenir des poids ont éprouvé des cas où "c'est lourd", l'un avec 3 kg, l'autre avec 30 kg, etc. Alors le produit de l'introspection exprimé par "c'est lourd" a une signification aussi universelle qu'un poids mesuré par une balance, bien que les facteurs engendrant l'appréciation introspective varient avec l'individu qui l'exprime. Alors, pourrait-on fonder une science avec ces produits de l'introspection? On sait que la science tire sa fierté et son utilité de la précision et la fiabilité de ses prédictions. Ex/ Il faut toujours la même énergie pour élever de 1 mètre le poids de 10 kg. Et plus généralement, on demande de toute connaissance qu'elle ait une permanence et répétabilité qui permette de la consigner dans des livres, de la transmettre à travers les temps et les personnes, et de l'utiliser. Comme l'a dit J.B.Watson, pour exprimer l'idéal du psychologue scientifique: «Le psychologue behavioriste s'occupe de prévoir et contrôler l'activité humaine.» Ici, le mot "contrôler" prend tout son sens si on sait que J.B.Watson a occupé des fonctions importantes à l'agence de publicité J.W.Thomson. Mais plus généralement, prévoir (pré = avant), c.a.d connaître à l'avance ce qui résultera de telles ou telles circonstances, permet de contrôler, en créant les circonstances qui engendrent le résultat souhaité comme effet: C'est ce que font les artisans ou industriels, en s'appuyant sur leurs connaissances et les données des sciences, etc. Alors, est-ce que nous pouvons connaître et prévoir à partir de l'observation introspective? Reprenons l'exemple de "c'est lourd": Si je dis à un observateur que je trouve lourd un certain poids, cet observateur ne sait pas bien si j'exprime une peine légère ou intense. Alors il ne peut pas prévoir si je tiendrais ce poids 10 secondes ou 10 minutes. Par contre, il prévoit avec certitude que si je trouve le poids léger, je peux l'élever plus vite que si je le trouve lourd. Il semble donc qu'un autre peut connaître et prévoir avec les produits de mon introspection, s'il les utilise habilement. Mais l'utilisation la plus adéquate de l'introspection diffère de l'approche scientifique ordinaire, elle est ce qu'on pourrait appeler une science subjective (subjectif = qui porte sur le sujet, autrement dit sur le moi, ou le "je" de "je pense et j'agis"): En effet, lorsque je dis «c'est lourd», l'observateur qui note «il dit que c'est lourd» est mal placé pour apprécier le sens que je donne à "lourd". Par contre, moi je suis assez bien placé pour apprécier ma peine, et alors je peux prédire mieux que l'observateur extérieur si je tiendrais 10 secondes ou 10 minutes. Donc l'observation introspective a une valeur prédictive plus précise pour ceux qui la font que pour l'observateur extérieur. Mais s'il tient compte de ces différences quantitatives, il peut encore tirer un parti qualitatif de l'observation introspective de l'observateur. C'est une petite différence avec la science ordinaire, qu'on dit universelle, bien qu'en fait seules les personnes éduquées peuvent donner un sens aux énoncés de la science. De même, seules les personnes bien éduquées pourront utiliser les énoncés de la science introspective. Mais elle peut atteindre elle aussi une haute capacité à prévoir, du moins en psychologie. En effet, ce que je décide en moi-même, ce que je prévois sur moi-même, peut se réaliser avec sûreté et précision. Ex/ Je dis: «Je serais chez vous demain à 10 heures», et je décide en moi-même: «Je ferais le nécessaire pour tenir cette promesse». Eh bien, je le fais effectivement. Ou encore, je songe: «Je me souviens d'avoir mis là tel objet», eh bien l'objet se trouve là. Ou encore, puisque la science ordinaire serait impossible sans introspection, et que cette science ordinaire permet sûreté et précision, c'est qu'il y a des aspects de l'introspection auxquels on peut se fier. De plus, en ce qui concerne la psychologie, les espoirs de prévision et de contrôle par une science introspective sont plus grands que par la science extérieure. En effet, on verra plus tard que seuls les comportements du sujet qui s'accordent avec ses intérêts sont prévisibles, de sorte que, ex/ si un industriel espère nous conditionner à acheter la lessive X plutôt que la lessive Y, il n'y arrivera pas par des moyens extérieurs, il lui faut nous convaincre que la lessive X nous convient mieux. Bref, il vaut la peine de regarder en soi-même, et comme on le lisait déjà sur le fronton du temple de Delphes: «Connais-toi toi-même...»

1-06. Moi et l'inconscient.

 Cependant, si nous voulons que notre pensée introspective ait l'efficacité d'une science, "connais-toi toi-même" se heurte à des obstacles d'autant plus notables qu'ils gênent aussi la science ordinaire, et tout l'art de penser. En effet, on ne peut nier que la pensée est le produit du cerveau, un organe soumis à l'influence de très complexes stimulations nerveuses et hormonales, et aussi à l'effet présent de tout notre passé qui y est mémorisé. Alors on doit en tenir compte si on veut prévoir la pensée comme on prévoit ex/ le mouvement des planètes. En effet, de ce point de vue mécaniste, le cerveau sécrète la pensée comme le foie sécrète du glucose, et ce produit du cerveau résulte de ces facteurs physiologiques et psychologiques. Mais quels sont-ils? D'abord, des influences et limitations manifestement physiologiques (phys = la nature, le corps): 1)Le cerveau pense à partir des messages des nerfs, donc il ne perçoit pas ce à quoi nos nerfs ne réagissent pas, ex/ les sons au delà de 20.000 hz, la plupart des radiations électromagnétiques, et autres réalités dont nous n'avons connaissance qu'indirectement. 2)Le cerveau subit de nombreuses et mal connues influences chimiques: si ma glande thyroïde se détraque, me voilà dépressif, ou même incapable de tout raisonnement; si j'absorbe de l'alcool, ou d'autres drogues, voilà mes appréciations du plaisir et de la douleur complètement modifiées, etc. 3)Lorsque nous dormons ou rêvons, le cerveau accomplit un travail obscur dont nous n'avons aucune conscience, et néanmoins nous savons bien que c'est en dormant qu'on trouve la solution de beaucoup de problèmes. L'existence de cette "pensée sans images" avait d'ailleurs tellement impressionné certains psychologues, comme Külpe ou Binet, qu'ils "jetèrent le bébé avec l'eau du bain" et crurent qu'il fallait renoncer à toute introspection. Ensuite, des influences et limitations plutôt qualifiées de psychologiques (psych = l'âme, l'esprit): Notre cerveau mémorise notre passé, qui est fait de notre milieu de vie, notre éducation, les accidents de notre vie, nos particularités physiques et mentales, nos habitudes, etc. Or des philosophes, principalement Hume, des psycho-physiologues comme Pavlov, des psychanalystes, comme Freud, et des sociologues, comme Marx, ont montré que cette mémorisation n'est pas qu'un simple enregistrement, elle modifie les pensées ultérieures: On dit que la pensée est faite d'associations d'idées, elle "prend des plis" en même temps que les connexions entre les neurones du cerveau deviennent d'autant plus conductrices qu'elles sont souvent utilisées. Alors chaque sensation, chaque image, chaque idée s'accompagne d'harmoniques, faites de ce à quoi notre passé l'a associée. Il en résulte qu'il nous arrive de refuser de voir ou de penser certaines réalités associées à des ennuis passés, ou au contraire nous aimons voir ou penser ce que nous associons à des plaisirs déjà éprouvés. Alors, dans "je pense, je sens, je me souviens, j'aime, je veux, j'imagine, ...", le sujet "je" ou Moi accomplissant ces actes est terriblement complexe et influençable. Les psychologues et psychanalystes en concluent qu'on ne peut pas faire confiance à ce que fait cet inconnu, que la pensée, la sensation, le souvenir, l'amour, la volonté, etc, tout cela devrait être examiné avec autant de suspicion que si c'étaient les actes d'un fou dangereux. Or dans le cas d'un fou, la méfiance vient de ce qu'on ne sait ce qui le fait agir. Dans le cas de la pensée normale, certains de ses facteurs sont accessibles à un examen médical ou psychologique, on parle alors d'un inconscient, accessible à cet examen extérieur, pas au Moi. D'autres facteurs sont plus accessibles à une introspection attentive, peut-être faut-il parler alors de subconscient, venant à la conscience ou à l'attention par un effort de lucidité. Mais puisque la pensée dépend de tous ces facteurs, ce n'est que si l'un d'eux a une intensité anormale qu'il engendre clairement la pensée et les actes. Ce n'est pas le cas d'ordinaire, et faute de pouvoir préciser les facteurs de la pensée et des actes, on se contente de les nommer de manière allusive et approchée:
Nous appellerons passions ces facteurs (facteur = ce qui fait, la cause) de la pensée et des actes: "Passion" exprime assez bien que notre pensée subit, ou est une conséquence de l'état du moi qui pense. De son point de vue extérieur, le psychologue parle plutôt de "mobiles", puisque ces facteurs mobilisent le Moi, nous font agir. Cependant on hésite à parler des "mobiles de nos pensées" comme on parle des "mobiles de nos actes", peut-être par soupçon que les facteurs de nos pensées diffèrent de ceux de nos actes. Les passions sont donc des mobilisations souterraines du moi, mais avec des aspects conscients, que nous appellerons des intérêts, des idéaux, des fins, ou des craintes. Or c'est un fait que nous pouvons agir selon ces aspects conscients. Autrement dit, le conscient dans nos pensées peut exprimer, accompagner, et peut-être même désigner nos mobiles: C'est alors possible d'adapter consciemment des moyens connus à nos fins souhaitées, d'agir consciemment selon ces moyens, et d'avoir ainsi une pensée efficace. S'il n'en était pas ainsi, si ce contrôle de la pensée sur nos actes en vue de nos fins était impossible, la pensée serait inefficace et toute la philosophie complètement inutile, avec le reste des connaissances. Mais ce n'est pas ainsi: L'homme peut apprendre, c.a.d modifier ses pensées et sa conduite d'après ce qui lui semble vrai, il peut aussi changer de comportement d'après ce qu'il croit bien. Donc la philosophie peut lui être utile, lorsqu'elle lui découvre son Vrai et son Bien, ses valeurs. Certains philosophes disent que la raison l'emporte alors sur les passions. Mais nous croyons plutôt que les passions pour la raison l'emportent alors sur d'autres! Néanmoins, puisque nous ignorons beaucoup des facteurs qui nous influencent puissamment, il faudra aborder les mobiles et les passions par beaucoup de points de vue différents, dans l'espoir de trouver le plus efficace. Ex/ Jean pense qu'il aime Marie, cet idéal est l'aspect conscient d'une de ses passions; mais un physiologue mesure chez Jean un taux d'hormones sexuelles élevé, c'est un aspect aussi de cette passion de Jean, et il y en a encore beaucoup d'autres. Bref, nos actes et nos pensées sont soumis à une multitude d'influences, plus ou moins puissantes, plus ou moins conscientes. Mais ce serait naïf de se laisser impressionner par la diversité des connaissances et ignorances scientifiques là-dessus. En effet, nous pouvons affirmer sans trop de provocation que toute connaissance est le produit d'une habileté à s'accommoder de l'ignorance:

1-07. Contourner l'inconnu.

Citons E. de Bonno: «L'ingénieur mécanicien peut regarder avec condescendance la blonde vaporeuse qui voit l'auto comme un machin qui marche si on tourne la clé de contact. Mais cet ingénieur lui-même utilise des machins exactement de la même manière. Est-ce qu'il sait tout ce qu'il y a à savoir sur la physico-chimie des explosions d'hydrocarbures, ou juste assez pour utiliser cette explosion comme un machin? /.../ Est-ce qu'il sait tout sur la métallurgie des engrenages de direction ou utilise seulement ceux qu'on lui fournit comme autant de machins? Aussi loin qu'on pousse la connaissance, on finit toujours par arriver à des machins. C'est qu'il est plus facile de noter un effet que d'en comprendre les sources.» En fait, la différence entre l'ingénieur et la blonde est dans ce qu'ils ont besoin de connaître de l'auto: La blonde veut seulement utiliser cette auto pour ses déplacements, l'ingénieur veut mettre au point ce qui relève de sa compétence. Mais chacun d'eux laisse sous forme de machin, c.a.d de boîte noire, de système dont on ne veut connaître que les réactions à certaines circonstances, tout ce qui ne concerne pas ses propres fins. Et il constate que cette approche sélective lui en apprend suffisamment, si elle lui donne la capacité de prévoir et contrôler dans son domaine d'intérêt. Cela est vrai non seulement dans la pratique mais aussi dans la recherche pure: Le chimiste voudrait prévoir et contrôler les combinaisons entre molécules. Il sait qu'elles sont déterminées par des interactions entre les électrons et les noyaux des atomes de ces molécules, mais ces interactions sont trop complexes pour qu'on puisse les calculer. Alors, le chimiste se contente de caractéristiques plus globales, bref des machins, comme les distances inter atomiques, les affinités chimiques, les forces de liaisons, etc, qui sont à peu près mesurables et efficaces pour la prédiction. De même pour le philosophe: La pensée ne l'intéresse pas en tant que phénomène physico-chimique, mais en tant qu'art. Le philosophe s'occupe des moyens d'améliorer l'efficacité de la pensée, pour connaître la vérité, y compris sur la physico-chimie du cerveau, ou pour choisir le bien. Alors il négligera ce qui n'est pas utilisable à cette fin, il cherchera des machins (la sensation, l'image, les associations d'idées, la passion, etc) qui peuvent mener à une pensée plus efficace.

1-08. Utilité des sciences humaines.


Ces machins dont nous avons besoin semblent plutôt se trouver du côté de l'introspection. Néanmoins, si parmi les observations de l'énorme littérature des sciences humaines, histoire, sociologie, économie, linguistique, psychanalyse, psychologie, politique, etc, il se trouve quelques idées et quelques faits simples et solides, pourquoi s'en priver? Ex/ Les expériences de Pavlov sur les associations d'idées mettent mieux en évidence que l'introspection la relation entre l'orientation temporelle ou causale de ces associations et leur origine passionnelle: On peut dresser un chien à saliver au son d'une clochette à condition de la faire tinter avant ou pendant que l'on présente de la viande au chien. Mais si le son suit la présentation de la viande, le chien n'est pas en désir de viande quand il entend la clochette, et n'associe pas le son à la viande. Plus généralement, il associe des effets "intéressants" (la viande) à des circonstances annonciatrices (la clochette), mais rien à des effets sans intérêt. Cette expérimentation souligne d'une part l'importance de la passion dans la mémorisation, et d'autre part que nous avons intérêt à associer les mêmes effets aux mêmes circonstances, même sans assurance que le même effet vient toujours des mêmes causes. Ou encore, E. de Bonno a exposé dans son Practical Thinking des expériences iconoclastes et stimulantes, où des sujets devaient expliquer un phénomène apparemment mystérieux: Un cylindre noir est posé sur une table nue, et un mécanisme caché le bascule brusquement. L'examen des réponses montre l'absence de différence extérieure entre des explications vagues, uniquement destinées à masquer l'ignorance, comme «l'effet résulte d'un dispositif qui le provoque», et celles s'appuyant sur un principe philosophique qu'on veut appliquer par une approche scientifique, comme «les mêmes circonstances doivent toujours engendrer les mêmes effets». La différence n'est pas dans les énoncés, mais dans la manière dont leur énonciateur les comprend, et ce qu'il a l'intention d'en faire ensuite. Mais ces approches extérieures des pensées et des actes sont difficiles et rendent peu fiables beaucoup d'affirmations des sciences humaines. Ex/ Une des ingénieuses expériences de Piaget sur la compréhension infantile: Un bébé de moins de 6 mois est déjà tout à fait capable de désirer un objet et d'avancer la main pour le saisir; mais si on recouvre cet objet d'une couverture, le bébé cesse d'avancer la main. Piaget en concluait qu'à cet âge le bébé ne sait pas encore que les objets existent indépendamment de la perception qu'il en a. Mais on s'est aperçu depuis qu'un bébé du même âge à qui on montre l'objet qu'il désire, puis à qui on enlève la vue de cet objet en éteignant la lumière, avance de nouveau la main dans l'obscurité. Alors une meilleure interprétation de l'expérience de Piaget peut être que le bébé de moins de 6 mois ne sait pas comment prendre un objet sous une couverture, et hésite devant elle. C'est donc difficile de deviner un processus mental d'après un comportement, et cela d'autant plus que les catégories de la pensée utilisées pour interpréter les comportements ne sont pas évidentes. Ex/ Dans l'expérience ci-dessus, il semble s'agir de la catégorie "objets", or on verra plus loin qu'elle n'a rien d'évident (et Piaget lui-même semblait la comprendre de manière insuffisamment subjective). Alors, s'il est déjà difficile d'interpréter ces situations où un expérimentateur peut utiliser son ingéniosité, que valent les analyses et interprétations dans ces sciences sociales où on ne peut même pas créer des circonstances bien délimitées et en observer les effets? Bref, face aux incertitudes des sciences humaines, il nous semble qu'on peut souvent connaître l'homme de manière plus économe et plus efficace par l'introspection et la philosophie. 
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MessagePosté le: Jeu 25 Sep 2014 - 22:36    Sujet du message: Publicité

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